Farmhand - Rob Guillory


Lecture VO mais la VF existe chez Delcourt.

"Farmhand" est la nouvelle série comics de Rob 'Chew' Guillory. On y retrouve le style graphique cartoony caractéristique de l'auteur ; un graphisme joli, coloré, rempli de petits détails, qui lorgne vers l'humour. Mais, comme dans Chew, le style léger ne sert qu'à dissimuler une histoire effrayante et terrible.

"Farmhand", c'est l'histoire de la famille Jenkins. Ils n'étaient que des fermiers banaux de la petite ville de Freetown, Louisiane, jusqu'à ce que, il y a des années de ça, Jed soit possédé par une « vision ».
Le dessin que Jed en tira s'avéra être la structure génétique d'un type nouveau de cellules souches. A partir de ce « plan », et en collaboration avec la scientifique Monica Thorne, Jed développa alors une biotechnologie inédite : des plantes OGM porteuses d'organes ou de membres humains, entiers ou partiels. Il suffit alors de cueillir l'organe voulu pour réaliser une greffe, toujours compatible et s'adaptant automatiquement aux caractéristiques physiques du receveur. On est quelque part entre science et magie mais qu'importe, la technique fonctionne et a déjà aidé des centaines de personnes, faisant par la même occasion de Jed un homme riche, à la tête d'une entreprise florissante en dépit de la méfiance de certains qui ne voient pas toutes ces manipulations génétiques d'un bon œil.

Jusqu'au jour où tout dérape.
Alors même que Zek, son fils, au chômage, revient en ville pour une réconciliation et un nouveau départ après des années de fâcherie silencieuse.
Que le maire Randall Lafayette, soutien historique et indéfectible de Jed, risque de perdre les élections.
Et que le pasteur local, vieil ami de Jed, avertit depuis le premier jour sur une origine diabolique de la « vision ».

Dans "Farmhand", le lecteur de Chew retrouvera tout ce qui faisait le stress et le charme étrange de la précédente série dessinée par Guillory. Ici, il fait tout, scénario et dessin, et c'est pour le meilleur.

L'histoire ubuesque flashy et délirante du début laisse progressivement la place à l'effroi alors qu'un arrière-plan sinistre remonte à la surface. Secrets industriels, secrets de famille, mystère de la rupture entre Jed et Monica, non-dits entourant le décès – maintenant ancien – de la femme de Jed, la mère de Zek.
Les couleurs chatoyantes deviennent de plus en plus inquiétantes, les gentilles et amusantes plantes-nez ou plantes-doigts du début semblent n'être que la vitrine montrable d'une réalité bien plus terrifiante cachée dans l'arrière boutique.

C'est, comme dans Chew, une enquête qui tire l'histoire, plusieurs enquêtes même, toutes liées par la question « D'ou vient la vision de Jed, et dans que but lui fut-elle envoyée ? ».

C'est, pour Guillory, l'occasion d'interroger la question des OGM, de leurs risques éventuels, de leur dissémination possible en dépit de tous les gènes Terminator du monde. Plus généralement, et des humains étant impliqués comme receveurs, c'est la question de la manipulation du vivant jusqu'à l'humain qui est abordée ici – on se rappellera que Peter Watts disait que les premières manipulations génétiques humaines seraient vraisemblablement victimes de bugs comme n'importe quel programme informatique.

Sur le plan de l'intime, l’interrogation scientifique de "Farmhand" se double d'une histoire de réconciliation familiale délicate en situation de stress et de résilience après deuil et séparation.

Sans oublier un complot, qui se dévoile au fil des pages.

Guillory traite son récit avec l’humour décalé qui est sa marque de fabrique, il trouve quelques astuces de scénario permettant de fournir tout le background au lecteur d'une manière qui semble parfaitement naturelle, il se cite parfois pour les fans, enfin, il  dose révélations et nouvelles questions au fil d'une progression joliment maîtrisée.

C'est proche de Chew, certes : Andréa, la sœur de Zek, ressemble beaucoup à Toni Chu, la sœur de Tony ; le trouble qui tire le récit se loge dans le vivant ; l'origine du trouble est externe et inconnue.
Mais qu'importe ? Le tout est fort bien réalisé, et on se replonge avec plaisir dans l'univers mental si particulier de Rob Guillory.
En attendant la suite.

Farmhand t1 et 2, Reap what was sown, Thorne in the flesh, Rob Guillory

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