dimanche 4 août 2019

Jentayu 10 L'avenir


Jentayu – du nom de l'oiseau mythologique hindou – est un éditeur français qui s'est donné pour objet de faire connaître en France les « Voix d'Asie » dans leur diversité.
Un site, deux à quatre livres de tous types par an, et une revue bisannuelle dont le dernier numéro – le 10 – est consacré à L'avenir.
Or, The Future is my Business Model. Alors, allons-y voir. Plongeons dans une Asie contemporaine qui dit ce qui lui paraît nécessaire.

Sous une très jolie couverture de Hsu Hui-lan, on trouve un peu plus de 200 pages de nouvelles, extraits, poèmes, et même des cyanotypes (de Harikrishna Katragadda). L'avenir y est souvent inquiétant, entre catastrophe écologique, épuisement des ressources, et humanité devenue incertaine. Il est plus noir que rose ; difficile de le voir autrement.

En feuilletant la revue, tout intéresse, car tout est nouveau, dans la forme comme dans le ton. Là-bas et ici les problèmes sont globalement les mêmes, mais les prismes pour les voir et les langues pour les dire différent.

Brève revue des nouvelles (en notant que des suppléments nombreux au rédactionnel papier sont présents sur le site) :

Notre avenir, de Chart Korbjitti, est une courte histoire dont les héros sont des enfants et les armes avec lesquelles ils jouent. Tu sais, lecteur, que je suis allergique aux enfants. Donc.
Mais toi, tu apprécieras peut-être cette histoire qui dit l'amour des enfants pour les armes, la mort, la destruction. Et par extension ce que ça te montrera de l'espèce humaine. On dit toujours des enfants qu'ils sont l'avenir, mais l'avenir n'est pas forcément beau.

La ville de verre, de Chang Hui-ching, dit une vie future sous dôme. Mouais.

Steaks en série, de la singapourienne Vina Jie-Min Prasad, est un petit bijou ironique qui amuse et inquiète avec l'histoire de deux jeunes femmes hautes en couleurs qui impriment de la viande de contrebande et naviguent en eaux troubles. Punk, percutant, entre polar hongkongais et film de Tarentino mâtiné de food printer.

Le laisseriez-vous boire le vent ?, de la malaisienne Saras Manikam, est une émouvante imploration qui dit l'amour et l'effroi prospectif que suscitent chez des parents un enfant lourdement handicapé. Un texte profondément personnel.

La Terre sous nos pieds, de Pan Haitian, tente le décalage humoristique mais est malheureusement bien trop prévisible.

Je viens de l'horizon, de Hang Achariya, est assez anecdotique.

La voie de la liberté, de la chinoise Tang Fei, est une brillante histoire post-apocalyptique dans laquelle la claustration comme moyen de survie finit, les décennies passant, par empêcher toute évolution et tout retour vers le reste de l'humanité. La famille comme bulle protectrice et comme mur qui isole. Un texte qui peut se lire à plusieurs niveaux – politiques notamment – et qui est écrit de fort belle manière. Il y a une vraie plume ici. A suivre.

Archipel, de l'indien Anil Menon, est une bonne histoire transhumaniste d'implants cérébraux, de consciences partagées, de communautés sensorielles. Elle montre le sentiment de supériorité qu'on peut éprouver quand on en est, mais aussi et surtout l'amour qu'on peut éprouver même pour celui qui  n'a pas sauté le pas de l’augmentation, l'amour donc dans sa part incompréhensible et primordiale.

Le cobra, du turkmène Ak Welsapar, est un extrait de roman. Hélas ! Faudra se procurer le reste.
Farce communistotalitaire hilarante, on y voit les premiers temps frénétiques du nouveau pouvoir en place, entre mort subite et simultanée de tous les habitants de l'Impasse du Communisme et installation du Conseil Populaire qui validera les décisions de Monsieur le Camarade Président (« Monsieur, parce qu'il de bon ton de s'occidentaliser, Camarade, parce qu'il s'agit d'un ex-dirigeant communiste, Président, parce qu'il se pare de tous les atours d'une démocratie »). On s'y croirait chez Kusturica.
Ak Welsapar vit en exil, ça n'étonnera pas.

IT84, de Zhang Xinxin, ne convainc pas, en raison d'une écriture pataude. Et puis Orwell, franchement, y'en a marre !

Enfin, La marche nocturne du dragon-cheval, de la chinoise Xia Jia, traduit par l'ami Gwennaël Gaffric, est un joli texte post-humaniste et poétique qui dit l'amitié entre le légendaire Dragon-cheval et une petite chauve-souris. La beauté de l'écriture de Xia Jia, déjà vue dans d'autres textes, s'y exprime encore une fois ici.
C'est un texte écrit spécialement pour Nantes et ses machines ; il y est fait explicitement référence.

En résumé, tout est à voir car tout étonne. Quelques auteurs sont imho à suivre plus particulièrement, Vina Jie-Min Prasad, Tang Fei, Anil Menon, Ak Welsapar, Xia Jia.

Jentayu 10, L'avenir

3 commentaires:

Lhisbei a dit…

"C'est un texte écrit spécialement pour Nantes et ses machines ; il y est fait explicitement référence."

La couv, c'est Long Ma le cheval dragon de la compagnie de la Machine http://www.lamachine.fr/spectacles/long-ma-jing-shen/
Calais l'avait accueilli (en 2016 si ma mémoire est bonne) : il s'agissait d'un récit qui le faisait affronter une araignée géante.

Gromovar a dit…

Merci.

Gromovar a dit…

"Sur ce rivage se trouve son lieu de naissance, cette petite île tranquille de Nantes..."