Bifrost 121 : entre dossier Walton et nouvelle de Nayler

Dans le Bifrost numéro 121, on trouve un copieux dossier Jo Walton ( dont je rappelle qu'elle a eu le Prix Planète-SF en 2017 pour Mes Vrais Enfants )  sous une couverture de Florence Magnin. Le numéro s’ouvre sur l’édito du boss qui rappelle à tous quel est l’âge canonique (trente ans) du Bélial et, de facto, de la revue Bifrost. Un édito en forme de bilan (d’étape) et de mise en lumière des (pas si subtils) changements qui ont affecté le monde de l’édition entre alors et maintenant. Suivent quatre nouvelles puis toutes les rubriques habituelles, critiques des nouveautés, scientifiction, and so on. On y trouve même les lauréats du Prix des lecteurs Bifrost 2025 : en catégorie francophone Résonances , de Mina Jacobson, et en traduction Joe 33 % , de Suzanne Palmer. Bravo à eux deux et au traducteur Pierre-Paul Durastanti qui s’est chargé du Palmer. Quatre nouvelles donc. D’abord, Contraction d’Iris de Peter Watts, un texte très wattsien qui met en scène, dans un futur p...

Perihelion Summer - Greg Egan - Tiède


On peut reconnaître à Greg Egan un sens aigu du timing. Six jours seulement après la publication de la première photo jamais réalisée d'un trou noir supermassif, sort "Perihelion Summer", sa dernière novella, qui raconte l'effet sur la planète, et donc par ricochet sur nous, pauvres humains, d'une traversée du système solaire par Taraxippos, un micro trou noir.

Un trou noir, non, en fait deux, un trou noir binaire. Ce détail de l'histoire ne sert à rien, si ce n'est à ajouter une artificielle et brève incertitude sur la trajectoire exacte de l'objet et donc sur un possible cataclysme.

Ce malheur dont l'avenir est gros, nous le vivons en compagnie de Matt, un jeune ingénieur australien. Dans la première partie de la novella, Matt et quelques amis, convaincus de l’imminence des tsunamis colossaux à venir qu'amèneraient les effets de marée gigantesques causés par un passage proche, a embarqué – sous les rires de la plupart – sur un étrange esquif de sa conception, le Mandjet (du nom de la barque solaire de Ré), un engin autonome presque jusqu'à l'autarcie qui tire son énergie  du soleil et du mouvement des vagues, désalinise son eau, et produit lui-même les poissons d'élevage qui feront le gros de l'alimentation de l'équipage. Temps, angoisse, puis le verdict.

Taraxippos passe en fait un peu plus loin que prévu – 72 millions de kilomètres, plus de deux fois la distance qui sépara en 2017 la Terre de l'astéroïde 'Oumuamua. Pas d'effet de marée à craindre, la Terre est sauvée. Ou pas.
Car, fidèle à son nom, l'importun génère une attraction suffisante pour modifier légèrement la trajectoire orbitale elliptique de la Terre, la décentrant, avec donc un périhélie qui s'éloigne du soleil et un aphélie qui s'en approche. La Terre verra sa température moyenne augmenter de 15 degrés en été et baisser de 10 degrés en hiver pour ce qui est de l'hémisphère Sud – l'effet sera un peu moindre dans le Nord du fait de l'obliquité de notre planète. Mais, en raison de sa cause même, ce ne sera pas une hausse de 2,5 sur l'année, ce sera vraiment des étés 15 degrés plus chauds et des hivers 10 degrés plus froids. Un changement climatique inimaginable et soudain qui tuera à moyen terme – par ses effets sur le corps humain, les cultures, etc. – des centaines de millions de personnes, entraînera des flux de réfugiés sans précédent, et initiera les conflits internes et internationaux qui accompagnent inévitablement tout bouleversement malthusien.

Dans les parties 2 et 3, alors que le monde s’enfonce dans le chaos, Matt et son groupe conduiront un nombre de plus en plus grand de bateaux de réfugiés, agglutinés autour du Mandjet, dans un aller-retour circulaire Australie/Antarctique dont le but est de suivre le niveau des températures supportables. Ils vivront quelques tribulations et mettront progressivement en place un système de production et de troc fondé sur la confiance, l'embryon d'une culture marine nomade, peut-être la seule réaction adapté aux temps.

Depuis quelques années, Egan a tourné le dos a son approche initiale qui consistait à ne pas écrire pour/sur notre temps – Cf. Cérès et Vesta. Inquiet à juste titre du changement climatique, énervé sans doute (des passages le suggèrent ainsi que la novella susnommée) par la politique très anti-migrants de son pays, il descend dans l'arène militante. Hélas, il y perd ce qui faisait sa singularité (le trou noir n'est qu'un gimmick, et il ne suffit pas de parler lentille gravitationnelle pour que ça fasse de la Hard-SF) et devient l'un parmi d'autres à dire la même chose avec des métaphores différentes.

Si on veut être gentil avec l'auteur, on dira que "Perihelion Summer" est un cri d'alarme nécessaire sur l'imminence d'un danger auquel certains ne veulent pas croire et contre lequel beaucoup n'ont pas le courage d'agir. Si on veut s’adonner à l'intertextualité cuistre, on dira que "Perihelion Summer" est un prequel à La cité de l'orque, ou que la mort annoncée pour la plupart – et singulièrement dans une Australie qui fait avec jusqu'aux derniers instants – rappellent le très fade On the Beach.
Si on pense que « qui aime bien châtie bien », on est forcé d'admettre que le texte ne présente qu'un intérêt mineur et qu'il n'apporte rien de vraiment spectaculaire ou innovant.

Perihelion Summer, Greg Egan

L'avis de Feyd Rautha
L'avis d'Apophis

Commentaires

FeydRautha a dit…
(Pssst, gromo, périhélie et aphélie sont des noms masculins.)
Gromovar a dit…
On m'aurait menti ???
Merci, je corrige.