Un léger bruit dans le moteur - Gaet's - Munoz

Un léger bruit dans le moteur , de Gaet’s et Jonathan Munoz, est un album one-shot, adaptation du roman éponyme de Jean-Luc Luciani. Il a obtenu le Prix SNCF du Polar en 2013 . Il ressort aujourd’hui chez Petit à petit . Un léger bruit dans le moteur se passe intégralement dans un minuscule village complètement coupé de l’extérieur. Personne ne s’y arrête jamais, personne n’y vit qui n’y était pas déjà depuis longtemps. Les seuls contacts du lieu avec le reste du monde sont assurés par le facteur qui apporte à intervalles réguliers les pensions qui permettent à la plupart des quelques habitants de survivre, et par l’épicière qui achète à l’extérieur les produits qu’elle « revend ensuite trois fois plus cher » , dixit. Dans ce village sans nom, guère plus qu’un hameau, il y a un enfant, sans nom lui aussi. Il a une dizaine d’années. C’est lui qui raconte, ou plutôt qui se raconte. L’enfant sans nom est orphelin de mère, morte en couches, il a un père qui vit des aides sociale,...

Doctor Star and the Kingdom of Lost Tomorrows - Lemire - Fiumara


"Doctor Star and the Kingdom of Lost Tomorrows" est le dernier spin-off en date de la série Black Hammer de Jeff Lemire. Et c'est encore une fois brillant.

"Doctor Star and the Kingdom of Lost Tomorrows" est l'histoire tragique de James Robinson, un héros du Golden Age. Chercheur obsessionnel, Jim Robinson obtient, en plein guerre, un financement du Pentagone pour avancer ses recherches sur la Para-Zone, une dimension énergétique hors espace qu'il pense pouvoir atteindre. Travail, travail, travail, puis succès. Robinson « touche » la Para-Zone et en tire un pouvoir cosmique qu'il contient dans un artefact, une sorte de torche, qu'il brandit fièrement pour faire régner la justice.
Robinson devient Doctor Star, un héros qui va s'impliquer dans la guerre au sein d'une équipe qui rappelle vaguement la Société de Justice d'Amérique (avec même un Hawkman local).
La guerre finie, Robinson continue son œuvre héroïque jusqu'à un tournant fatal. Parti aidé une race extra-terrestre, il se trouve plongé dans une situation qui va changer sa vie pour toujours et, peu ou prou détruire sa famille. Aujourd'hui, bien des années après, Robinson tente de retisser le lien brisé avec son fils unique. Reprendre langue, s'expliquer, s'excuser ; il y a urgence, son fils est mourant.

Avec "Doctor Star and the Kingdom of Lost Tomorrows", Lemire raconte encore une histoire de paternité brisée. Dans Sherlock Frankenstein and the Legion of Evil, l'auteur disait la souffrance de la fille de Black Hammer après la disparition de son père, ici, dans une histoire à la Rip van Winkle, il redit le malheur de l'absence. L'indifférence aveugle de Robinson s'exprime partout dans les pages du comic – deux scènes très caractéristiques : deux héros de la SJA ne veulent pas aller faire la guerre en Allemagne car ils ont deux enfants, Robinson pousse pour y aller en dépit de son enfant ; Robinson oppose une cassante fin de non-recevoir à la demande de son fils de participer à ses aventures spatiales.

Ce que dit l'auteur, c'est qu'il est pire de perdre l'amour que de ne l'avoir jamais connu, ce qu'il évoque, c'est le prix payé par les familles aux obsessions professionnelles ou (dans ce cas) héroïques. C'est beau, poignant, jusqu'aux dernières pages vraiment déchirantes.
Le royaume des lendemains perdus est celui où on peut, comme dans le Christmas Carol de Dickens, sans réussir à  redresser tous les torts peut-être, au moins faire pénitence et espérer l'absolution, celui aussi où, comme dans les Vestiges du Jour, on réalise qu'on est passé à côté de sa vie.

Cette superbe histoire humaine est aussi, comme dans toute cette série, un hommage amoureux aux comics, avec un Doctor Star qui est un Starman revisité (Jim Robinson est d'ailleurs le nom du scénariste qui relança la série dans les 90's) et qui se trouve, à son corps défendant, à la tête d'un genre de Green Lantern Corps.
Très joliment dessinée, cette histoire est à lire absolument si on aime le genre comics, et, suis-je tenté de dire, même si on ne l'aime pas.

Doctor Star and the Kingdom of Lost Tomorrows, Lemire, Fiumara

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