mardi 14 août 2018

The Lamentation of their Women - Kai Ashante Wilson - Headshot !


Je n'avais jamais rien lu de Kai Ashante Wilson. Il est surtout connu pour sa fantasy, et la fantasy, moi...(sauf en ce qui concerne Syffe).

Et voilà que je tombe, chez Tor, sur cette pépite d'urban fantasy intitulée "The Lamentation of their Women".

Là, ami lecteur, je dois te hurler très fort un Urban Fantasy Warning.
L'urban de Wilson, ce n'est pas celle de Gaiman ou de Shadowrun. Ce n'est pas non plus celle des elfes, de l'absinthe, des trolls barmen, des mages de tripot, des becs de gaz, et de toute une imagerie absurde recyclée jusqu'à l’écœurement dans une production aussi pléthorique que de piètre qualité.
Ce qu'écrit Wilson est de l'urban fantasy car ça se passe en ville (à NY singulièrement) et que s'y produisent des événements qui sont clairement de nature fantastique. Mais les héros de Wilson sont deux niggas new-yorkais, une femme et un homme du sous-prolétariat noir de la ville ; et c'est dans un rampage meurtrier qu'ils se lancent après avoir trouvé chez une tante décédée deux armes maléfiques habitées par le diable lui-même.

"The Lamentation of their Women", c'est Do the Right Thing, Tueurs-Nés (j'ai une préférence personnelle pour Kalifornia), La dernière maison sur la gauche, rassemblés en quelques pages. Il m'a fait aussi penser à Elric (j'y reviendrai), et ai-je oublié de dire que le titre est tiré de Conan ?

Do the Right Thing : les personnages, deux noirs new-yorkais pauvres (Afro-américaine et Dominicain, une vrai distinction à NY), des niggas in the hood ; les situations, débrouille omniprésente, intrusion des travailleurs sociaux, conversations de filles, sexualité exacerbée (et explicite), mépris social à bas bruit, séparatisme social ; le langage, ici Wilson (qui a écrit un article sur la façon d'écrire en dialecte et sur « l'African American Vernacular English—one of the dialects of lowest, if not the lowest prestige, in the US ») fait un travail superbe qui est sans doute l'intérêt majeur du texte (et peut le rendre difficile à lire si on n'est pas familier du style) : Wilson utilise tout du long l'argot nigga, une langue faite d'anglais non syntaxé, rarement conjugué, et à la prononciation qu'on dirait machouillée. Et il le fait à merveille.

Exemple :
“Well, lemme get dressed and we’ll head out.” He let her go and sat up.
“Wait,” she said. “Hol’ up.” She hooked her thumbs under her panties and leggings. “Eat me out a little fowego?” She rolled em to her knees.

Ou encore :
“Eight outta them sixty-three we kilt weren’t even white,” Anhell complained. “How come they ain’t let nunna them widows on TV?”
...
“But look at her makeup,” Anhell said. “How she tryna mess that up? Nope. Watch, not one tear.”
“Bet you some bomb head we getting some tears from her.” And you know she had to be damn sure, because she hated giving head! “Now, shush, so I can hear.”

Tueurs-Nés et La dernière maison sur la gauche : pour l'aspect bain de sang et revenge story. Ici c'est de vengeance raciale qu'il s'agit, les deux tueurs se lançant dans une frénésie d’assassinats de flics blancs pour « voir des veuves et des mères blanches pleurer à la télé » et ainsi égaliser le score avec les veuves et les mères noires pleurant leur fils tués par la police. Ici le diable est en Amérique par l'intermédiaire des armes magiques des tueurs mais c'est aussi le diable de la violence raciste d'une partie de la police US qui est pointée ici (innovation dans le texte, le angry black man qui inquiète tant les policiers US est, ici de fait, une angry black woman, et on se souviendra que le terme Pig qu'utilise Wilson fut écrit en lettres de sang près du corps de Sharon Tate par les tueurs de ce Charles Manson qui espérait déclencher une guerre raciale ouverte).
Note : on voit dans le discours d'une des veuves blanches la tension monter vers ce qui pourrait devenir, justement, une guerre raciale ouverte.

Elric : pour les armes magiques, l'absorption des victimes, la soif de sang des armes qui s'animent quand elles trouvent que la moisson d'âmes n'est pas suffisante (sur les armes maléfiques on peut lire aussi The Sixth Gun).

Conan : quand un esclave (explicite/implicite) affirme que le meilleur dans la vie est « d'écraser ses ennemis, les voir mourir sous ses yeux, et entendre les lamentation de leurs femmes ».

Le tout est violent, rapide, sexuel, captivant. C'est sur un roller-coaster lancé à 1000 à l'heure que Wilson propulse le lecteur. Il en sort pantelant.
Si on a le malheur d'être affligé du privilège blanc, on peut être gêné par le systématisme aveugle et revendiqué de la vengeance des deux jeunes, mais on doit alors se souvenir que c'est le diable qui, ici, est aux commandes, et que le Malin n'aime rien tant que la souffrance et le chaos.

The Lamentation of their Women, Kai Ashante Wilson

2 commentaires:

Baroona a dit…

Et Gromovar se mit à l'urban fantasy, comme quoi tout arrive. =P
C'est intraduisible, non ?

Gromovar a dit…

Héhé.

Pas très simple à traduite en rendant toutes les nuances et le ton de voix à mon avis.