Brombal - Phillips - Tout ce qui meurt et agonise

L’apocalypse zombie a eu lieu, elle a emporté presque toute l’humanité. Mais dans la petite ville américaine de Caverton, Jack Chandler, un fermier, s’est découvert immunisé ; seul de sa petite communauté, il a survécu au fléau. Seul survivant certes, mais pas solitaire. En effet, autour de Jack et avec lui, « vivent » son mari Luke, leur fille Daisy, qu’il adore, et aussi tous les habitants de la petite ville. Ces morts-vivants, par pure mémoire musculaire, rejouent chaque jour sa dernière journée, sans agressivité car, nourris par Jack, ils n’éprouvent plus le besoin de mordre ni d’attaquer. Jack, le seul qui n’est pas trépassé, est leur fermier – un religieux dirait leur berger. Il prend soin d’eux, les nourrit, veille à entretenir les cultures et le bétail grâce auxquels lui-même survit. Mais voilà qu’arrive dans la ville un groupe d’humains, pleins de violence et d’idées définitives sur les places respectives des hommes et des zombies. Tout part alors en vrille. Tout ce q...

Killing Joke - Moore - Bolland - Antipointilliste


Juste quelques mots sur la version Urban de "Killing Joke".

"Killing Joke" est une confrontation entre Batman et son arch-ennemi le Joker. On y voit le psychotique vilain s’enfuir de l'asile d'Arkham, attaquer Barbara Gordon et la blesser si sévèrement qu'il la condamne à la chaise roulante, avant de l'agresser sexuellement (l'utilisant comme objet, ou femme dans le frigo – d'où l'inévitable polémique féministe trouvable sur le Net) dans le but de torturer psychologiquement son père, le commissaire Gordon, en lui projetant les images de l'agression pour lui faire perdre la raison. On y voit – au fil de quelques flashbacks – une origine possible du Joker. On y voit – peut-être – Batman éliminer le Joker à la fin. Doute exégétique qui n'intéressera vraiment que les Batmanophiles.

Considéré par beaucoup comme un chef d’œuvre, élément essentiel de la mythologie Batman subséquente, le comic scénarisé par Alan Moore – et régulièrement renié par lui – est un objet étrange dont les qualités nombreuses – d'autant plus visibles dans la version recolorisée par le dessinateur Brian Bolland – n'effacent pas le défaut central.

Recolorisé, refroidi en terme de palette pour coller mieux à l'ambiance du récit, le travail extrêmement précis de Boland est mis en valeur par les nouvelles couleurs à la hauteur de la qualité de son trait. Le retravail des flashbacks en noir et blanc piqueté de taches colorées (rouge) est saisissant de pertinence en donnant un aspect « Film noir » à une histoire qui l'est.

Couleur appropriée, finesse du dessin, précision des expressions des visages et des corps, chaque scène est un petit bijou. Chaque court fragment d'histoire captive le lecteur. Le très vif découpage de Moore est adressé à merveille par l'expressivité du dessin de Bolland (par ailleurs à l'origine du projet). Une page tournée après l'autre, on prend dans la face – grimaçante – la surprise de l'assassinat du forain, la violence de l'agression à domicile des Gordon, l'humiliation du commissaire, et surtout l’enfermement réticent mais volontaire du futur Joker dans la mauvaise affaire qui changera son destin – dans une scène courte et superbe où on peut faire un parallèle entre le décorticage des crevettes et celui du naïf comédien désargenté, crustacé et comique raté pris chacun dans une nasse qui les perdra.

Mais, comme le dit Moore lui-même, il n'y a pas de grande révélation sur l'humanité à tirer de ce récit. Et, de fait, à la fermeture, on se dit que c'était bien court, et que, si on avait vibré fort et souvent, chaque émotion avait raisonné seule, isolée des autres, se suffisant à elle-même. Il manquait un lien, une méta-idée, une vision. Et, de fait, dans cet antipointillisme, par-delà la virtuosité réelle du traitement des unités scéniques de base, le tout est un peu vain. Much ado about nothing.
Si Alan Moore lui-même l'écrit, qui suis-je pour le contredire ?

Pour Batmanolâtres, exégètes, ou complétistes.

Killing Joke, Moore, Bolland

Commentaires

Xapur a dit…
Je crois que ce qui a marqué les esprits, c'est la cruauté du Joker et aussi le trouble lié à la rigolade finale entre lui et Batman, qui laisse envisager une sorte de complicité inadaptée au contexte.
Mais l'ayant lu bien après sa sortie, je l'ai aussi toujours trouvé surcoté.
Quant à Moore, c'est une habitude pour lui de renier ses œuvres dès qu'elles deviennent populaires ;)
Gromovar a dit…
Oui, surcoté, c'est le mot.