La Muraille de Chine - Franz Kafka

Ressortie du recueil La Muraille de Chine de Franz Kafka aux Forges de Vulcain. Traduit par Stéphane Rilling qui postface et nanti d’une intéressant préface d’Éric Pessan, le recueil est articulé autour de La Construction de la muraille de Chine , une nouvelle de longueur moyenne, et de textes beaucoup plus courts, tous écrits entre 1917 et 1922 alors que l’empire austro-hongrois s’effondrait, que l’antisémitisme montait, parallèlement au sionisme, et que l’intérêt pour le Chine, immense et en partie incompréhensible, était fort. Passé Le chasseur Gracchus , un premier texte dont l’intérêt narratif m’a largement échappé, Kafka construit ici par fragments (certaines nouvelles ne font que deux ou trois pages) la vision d’un monde qui échappe largement à la compréhension humaine et dans lequel l’absurde (on le dit toujours) mais aussi l’arbitraire (on le dit parfois moins) est la norme. Le monde de Kafka est immense, comme la Chine. Immense au point que l’homme normal n’en voit jamais

Killing Joke - Moore - Bolland - Antipointilliste


Juste quelques mots sur la version Urban de "Killing Joke".

"Killing Joke" est une confrontation entre Batman et son arch-ennemi le Joker. On y voit le psychotique vilain s’enfuir de l'asile d'Arkham, attaquer Barbara Gordon et la blesser si sévèrement qu'il la condamne à la chaise roulante, avant de l'agresser sexuellement (l'utilisant comme objet, ou femme dans le frigo – d'où l'inévitable polémique féministe trouvable sur le Net) dans le but de torturer psychologiquement son père, le commissaire Gordon, en lui projetant les images de l'agression pour lui faire perdre la raison. On y voit – au fil de quelques flashbacks – une origine possible du Joker. On y voit – peut-être – Batman éliminer le Joker à la fin. Doute exégétique qui n'intéressera vraiment que les Batmanophiles.

Considéré par beaucoup comme un chef d’œuvre, élément essentiel de la mythologie Batman subséquente, le comic scénarisé par Alan Moore – et régulièrement renié par lui – est un objet étrange dont les qualités nombreuses – d'autant plus visibles dans la version recolorisée par le dessinateur Brian Bolland – n'effacent pas le défaut central.

Recolorisé, refroidi en terme de palette pour coller mieux à l'ambiance du récit, le travail extrêmement précis de Boland est mis en valeur par les nouvelles couleurs à la hauteur de la qualité de son trait. Le retravail des flashbacks en noir et blanc piqueté de taches colorées (rouge) est saisissant de pertinence en donnant un aspect « Film noir » à une histoire qui l'est.

Couleur appropriée, finesse du dessin, précision des expressions des visages et des corps, chaque scène est un petit bijou. Chaque court fragment d'histoire captive le lecteur. Le très vif découpage de Moore est adressé à merveille par l'expressivité du dessin de Bolland (par ailleurs à l'origine du projet). Une page tournée après l'autre, on prend dans la face – grimaçante – la surprise de l'assassinat du forain, la violence de l'agression à domicile des Gordon, l'humiliation du commissaire, et surtout l’enfermement réticent mais volontaire du futur Joker dans la mauvaise affaire qui changera son destin – dans une scène courte et superbe où on peut faire un parallèle entre le décorticage des crevettes et celui du naïf comédien désargenté, crustacé et comique raté pris chacun dans une nasse qui les perdra.

Mais, comme le dit Moore lui-même, il n'y a pas de grande révélation sur l'humanité à tirer de ce récit. Et, de fait, à la fermeture, on se dit que c'était bien court, et que, si on avait vibré fort et souvent, chaque émotion avait raisonné seule, isolée des autres, se suffisant à elle-même. Il manquait un lien, une méta-idée, une vision. Et, de fait, dans cet antipointillisme, par-delà la virtuosité réelle du traitement des unités scéniques de base, le tout est un peu vain. Much ado about nothing.
Si Alan Moore lui-même l'écrit, qui suis-je pour le contredire ?

Pour Batmanolâtres, exégètes, ou complétistes.

Killing Joke, Moore, Bolland

Commentaires

Xapur a dit…
Je crois que ce qui a marqué les esprits, c'est la cruauté du Joker et aussi le trouble lié à la rigolade finale entre lui et Batman, qui laisse envisager une sorte de complicité inadaptée au contexte.
Mais l'ayant lu bien après sa sortie, je l'ai aussi toujours trouvé surcoté.
Quant à Moore, c'est une habitude pour lui de renier ses œuvres dès qu'elles deviennent populaires ;)
Gromovar a dit…
Oui, surcoté, c'est le mot.