No time to waste : Docteur Fatalis - Brubaker

Un zeste de Diablo , un soupçon de Docteur Strange , un fumet de Ghost Rider , le tout nappé d'un invraisemblance rarement égalée. L'origin story de Docteur Fatalis par Brubaker n'est guère brillante. Voir un tzigane en roulotte développer des machines complexes qui nécessitent forcément des matériaux rares et chers ainsi que de l'appareillage de précision est profondément absurde. Cela empêche d'entrer dans une histoire qui impose une trop forte suspension d'incrédulité (et pourtant, je suis plutôt bien doté de ce côté-là) . Voir un personnage aussi irrémédiablement mauvais grandir sans jamais la moindre nuance, c'est peu excitant sur le plan dramatique. La messe est dite dès la première page et ce n'est pas le twist final inutile qui sauve l'ensemble de l'ennui. Docteur Fatalis, Brubaker, Raimondi

L'effet Churten - Ursula Le Guin - Harmonie et paix intérieure


"L'effet Churten" est un recueil de nouvelles d'Ursula « Hugo, Nebula, Locus, World Fantasy, Grandmaster of SF, National Book Foundation Medal for Distinguished Contribution to American Letters » Le Guin. Il rassemble trois nouvelles simultanées/consécutives centrées sur l'effet Churten, un phénomène physique largement indescriptible qui rend possible le déplacement instantané à travers l'univers entier.

Je ne tenterai pas ici de décrire l'Ekumen, communauté/mosaïque de peuples et de mondes trouvant son origine dans le monde perdu de Hain. Qu'on sache que l'exploration et l’observation de systèmes sociaux différenciés en sont l'alpha et l'oméga, à travers l'action d'envoyés, les Mobiles de l'Ekumen. « Mosaïque », l'Ekumen n'est pas un empire car le voyage FTL n'y est pas possible, ce qui engendre un déficit temps relativiste très important ; en revanche, la communication instantanée existe à travers un dispositif appelé Ansible.
Mais avec le Churten, tout change. Le voyage instantané devient une possibilité, sous contraintes.

L'histoire des Shobbies raconte le premier voyage Churten d'un équipage de dix personnes. On y voit clairement les problèmes posés par cette nouvelle technique. L'harmonie étant indispensable à la réussite du voyage, il est indispensable de beaucoup communiquer pour synchroniser les perceptions des voyageurs afin de créer une réalité partagée qui deviendra celle de leur voyage. Sinon, ce n'est que chaos.

La danse de Ganam est plus longue. Elle décrit le voyage de quatre personnes seulement – qui ont pris soin de s'harmoniser – vers Ganam. On y constate comment une différence de perception entre les voyageurs en conduit certains à mécomprendre la société dans laquelle ils sont arrivés, avec des conséquences dramatiques pour l'un d'entre eux. Il ne suffit pas de se déplacer jusque chez l'autre pour réaliser un détour anthropologique, encore faut-il ne pas plaquer sur lui ses propres catégories analytiques.

Enfin arrive le gros morceau et le texte majeur, Le Pêcheur de la mer intérieure. Beau, émouvant, superbement écrit, il raconte l'histoire d'un des chercheurs qui mettent au point le Churten, un homme qui abandonne une vie paisible et pastorale pour poursuivre un rêve de découverte et de savoir. On y observe une société de mariages-quartes qui équilibrent passion et raison. On y voit un homme avoir une seconde chance et la saisir.

Pour ceux qui ne connaissent pas Le Guin, c'est une bonne introduction. Ceux qui la connaissent retrouveront ici son intérêt pour l'humain et ses modes d’organisation. Ils retrouveront aussi son style riche, imagé, et poétique, dès qu'il s'agit de décrire un monde ou des hommes. Ils retrouveront enfin ce que j'aime moins chez elle, à savoir ces passages parfois pontifiants et verbeux qui sont comme des grumeaux dans une belle crème.

Le bilan est néanmoins très positif, même si je ne peux que conseiller de se tourner ensuite vers le cycle de Terremer où la poésie de l'auteur s'exprime magnifiquement.

L'effet Churten, Ursula Le Guin

Commentaires

Vert a dit…
Je les avais lu dans un ancien recueil (qui s'intitulait Pêcheur de la mer intérieure justement, titre plus vendeur à mon goût), j'en garde un bon souvenir (quoique confus). La troisième est la plus touchante et la plus aisée à suivre de mémoire.
Gromovar a dit…
Assez d'accord pour le titre. Et aussi pour la trois (y compris pour ce qui est d'être plus aisée à suivre).
Xapur a dit…
Je viens de le finir. La troisième histoire est en effet, et de loin, la meilleure et justifie l'achat de ce petit recueil.