Something is Killing the Children t1, Tynion IV, Dell’Edera, Muerto

Juste quelques mots (et cette fois vraiment pas plus) sur le TPB 1 du Something is Killing the Children de l’énorme James Tynion IV, illustré par Dell’Edera et Muerto. Commençons par donner le résumé éditeur : Lorsque les enfants de la petite ville d'Archer's Peak se mettent à disparaître les uns après les autres - certains sans laisser la moindre trace, d'autres dans des circonstances extrêmement violentes - la peur, la colère et la suspicion envahissent l'entourage des victimes et laissent la police locale dans le plus grand désarroi. Aussi, quand le jeune James, seul témoin oculaire du massacre de ses trois camarades, sort de son mutisme pour parler de créatures terrifiantes vivant dans la pénombre, le coupable semble tout trouvé. Son seul espoir viendra d'une étrange inconnue, Erica Slaughter, tueuse de monstres capable de voir l'impensable, ce que l'inconscient des adultes a depuis longtemps préférer occulter. Something is Killing the Children est l’

Folding Beijing - Hao Jingfang - Inversion de la courbe


"Folding Beijing" est une novelette de Hao Jingfang, lauréate du Hugo 2016 de la meilleure novelette. Après Liu Cixin l’an dernier, lui aussi traduit par Ken Liu, c’est cette fois une femme chinoise qui obtient un Hugo ; signe d’ouverture et signe tout court.

Futur. La ville de Beijing est divisée en trois, spatialement et temporellement. Les 5 millions de privilégiés de Space One disposent de la ville un jour sur deux. Les 25 millions de Space Two et les 50 millions de Space Three en disposent l’autre jour ; 16 heures de jour pour les Two et 8 heures de nuit pour Three. D’une zone temporelle à la suivante, les bâtiments se replient et s’enterrent, avec leurs occupants en sommeil induit jusqu’au cycle suivant. Lors du passage d’1 à 2 la ville se retourne comme une pièce qui passe de pile à face, la ségrégation est spatiale ; de 2 à 3 en revanche seuls les bâtiments changent, ce qui impose de partager le temps. On comprend bien où il vaut mieux vivre ; on comprend aussi que le passage d’un espace à l’autre soit très strictement réglementé.

C’est dans cette ville qui a poussé au pinacle la ségrégation sociale que vit et travaille, au centre de traitements des déchets, le cinquantenaire Lao Dao. Pauvre comme ses 50 millions de voisins de Space Three, Lao Dao saute un repas par jour pour pouvoir payer l’école à la petite fille qu’il a recueillie. Alors quand le hasard lui fait rencontrer un jeune amoureux de 2 qui lui propose une forte somme pour porter un message à sa bien aimée en 1, Lao Dao n’hésite pas, en dépit du danger.

En 1, Lao Dao voit pour la première fois le soleil sur sa ville, découvre un mode de vie, un espace, et une aisance matérielle inimaginables chez lui, apprend que la distance sociale fait les amours impossibles, et comprend que la fragmentation de la ville est moins une réponse à la surpopulation qu’une tentative pragmatique à la chinoise de régler la question du chômage dans un monde où la productivité croit plus vite que la demande. Il finira par rentrer dans son monde, plus riche et moins ignorant.

On peut voir un texte politique ou social dans cette charmante nouvelle. On peut y voir l’indifférente supériorité des privilégiés – la scène de l’interruption provoquée du retournement est éclairante – pour qui les pauvres de 3 ne sont guère plus que des fourmis industrieuses qu’on protège autant qu’on les laisse dans un inconfort bien suffisant pour elles.
On peut aussi la lire comme un conte des Mille et Une Nuits. On y trouve un pauvre généreux et bon qui fait un voyage vers un pays merveilleux où son ingéniosité l’enrichit, un couple d’amants dissimulé à la vue d’un mari puissant, deux vieillards qui apportent aide et connaissance, une acceptation de l’ordre des choses qui sont ce qu’elles sont sans qu’il soit utile d’en discuter. Dans les deux cas, c’est une très jolie histoire.

Folding Beijing, Hao Jingfang

Commentaires

Anonyme a dit…
Tiberix : The City and the City ?
Gromovar a dit…
Pas de simultanéité. On peut y penser mais c'est vraiment différent.