An Eye for Property - Tanya Fordwalker

« Le jeu n’en vaut pas la chandelle… mais empêcher qu’elle s’éteigne » R. E. Howard Dans un futur proche, la société Splice of Life offre à tout client proche de la mort et décidé à payer une forte somme (le Passenger) du temps de vie supplémentaire dans le corps d’un jeune bien vivant (le Driver) , qui lui servira de corps d’emprunt un certain temps par semaine ou par jour ; une version hi-tech des cavales de Damballa. Une puce insérée dans le cerveau du Driver contient la personnalité scannée du Passenger. A des jours et heures contractuellement décidés, la personnalité du Passenger est activée puis prend le contrôle du corps de son Driver dont la conscience s’éteint dans l’intervalle. A la fin de la période contractuellement convenue, la conscience du Passenger se remet en sommeil et c’est le Driver qui revient aux commandes. Mais que se passerait-il si quelque chose buguait dans la puce ? An Eye For Property est une nouvelle de Tanya Fordwalker lisible sur le site React...

Saccage - Quentin Leclerc - L'Apocalypse de Saint-Quentin


Quelle horrible couverture ! Comment la main d’un voyant d'intelligence normale peut-elle être attirée vers cette couverture ? Mystère.
Ferme les yeux, lecteur, ou crève-les, whichever is easier.
Prends l’ouvrage, ouvre-le, commence à lire. Et là, tu as envie de le reposer. Y a-t-il une histoire ? Y a-t-il un contexte que tu peux comprendre ? Pas sûr.
Retiens ta main, lecteur, ou coupe-là. Qu’importe. Bientôt tu seras dans le rythme, dans la musicalité, tu t’abimeras.

Y a-t-il une histoire ? Un mouvement plutôt. Vers les temps derniers, l’anéantissement. Quelques guides se racontent et racontent au lecteur - tels des Dennis Hopper sous acide expliquant le cœur des ténèbres. C’est l’anéantissement qui est raconté, le der des ders et la synthèse de tous ceux qui précédent. Un monde en déliquescence totale, peuplé d’êtres sans individualité et sans nom dont ne reste que la fonction, qu’un nombre restreint de fonctions, soldats, miliciens, chasseurs, hôtesses, industriels, carcasses, déserteurs, paysans, ouvriers, et surtout les civils, victimes inévitables de tous les autres. On est dans l’avant post-exotisme peut-être. Mais aussi dans les failed states, dans la région des grands lacs, dans les trains en partance pour les camps de la mort, dans les villes bombardées où se terrent les civils, dans les marges frontalières où les réfugiés fuient et meurent.

Pour survivre, on tue, on dévore, on cannibalise. On marche sur les cadavres - sur les visages aussi, dans un hommage à Orwell. On recycle les morts – entre Huxley et Harrison. Mais aussi, parfois, on se suicide, parfois c’est juste le choix évident.

Décrivant en ombres chinoises un monde rongé par l’inégalité, la cacophonie insensée, la guerre, la pollution qui ravage la biosphère, l’extermination de masse volontaire ou incidente, Leclerc, qui partage avec Lautréamont un sens de la formule déprimante (et un requin), emporte le lecteur dans un cauchemar qui évoque autant les images d’actualité/d’archive que le monde détruit de Delicatessen ou celui infiniment gris d’Eraserhead. Le rythme pris, on y plonge jusqu’à s’y perdre, à la suite de protagonistes en sursis ou d’enfants-singes que les malheurs du monde ont produits et qui vivent dans ses interstices, croyant, comme le croient sans doute les esclaves de Charles Taylor ou ceux de Joseph Kony, que celui-ci finira par leur revenir.

"Saccage" est un livre à lire, puis à garder de chevet, comme un bréviaire, pour en relire régulièrement des passages, fulgurances concises du désespoir, aphorismes noirs chargés d’un monde de sens.

Tout à ma bonté naturelle, je vous en offre deux parmi ceux que je relis avec délectation :

«  Quand mon grand-père est mort, elle lui a rendu hommage en se faisant sauter la tête avec son fusil. Ainsi elle n’a plus été triste. »

« Hier, Lars s’est ouvert les veines avec les dents déchaussées de sa femme. Ca lui a pris plusieurs heures. »

Mais que cette couverture est laide !

Saccage, Quentin Leclerc

Commentaires

Tout cela est d'un joyeux optimisme :-D
Gromovar a dit…
Ya du soleil et des nanas, darladirladada !
J'avais noté ce livre dans mes envies depuis un moment.

Ton billet me conforte dans cette idée, ça a l'air très bon !
Gromovar a dit…
C'est très bon.
Weirdaholic a dit…
J'ai lu ce roman avec du retard sur sa date de parution, mais je suis d'accord avec toi, c'est très bon (et moi aussi, j'y ai vu une référence à Dennis Hopper ^_^).

Quant à la couverture... Son esthétique ressemble à celle de certains albums pour enfants ; je pense en effet qu'un tableau de Goya, par exemple, aurait mieux convenu.
Gromovar a dit…
Mieux vaut tard que jamais. Il n'est jamais trop tard pour un bon livre.