Brombal - Phillips - Tout ce qui meurt et agonise

L’apocalypse zombie a eu lieu, elle a emporté presque toute l’humanité. Mais dans la petite ville américaine de Caverton, Jack Chandler, un fermier, s’est découvert immunisé ; seul de sa petite communauté, il a survécu au fléau. Seul survivant certes, mais pas solitaire. En effet, autour de Jack et avec lui, « vivent » son mari Luke, leur fille Daisy, qu’il adore, et aussi tous les habitants de la petite ville. Ces morts-vivants, par pure mémoire musculaire, rejouent chaque jour sa dernière journée, sans agressivité car, nourris par Jack, ils n’éprouvent plus le besoin de mordre ni d’attaquer. Jack, le seul qui n’est pas trépassé, est leur fermier – un religieux dirait leur berger. Il prend soin d’eux, les nourrit, veille à entretenir les cultures et le bétail grâce auxquels lui-même survit. Mais voilà qu’arrive dans la ville un groupe d’humains, pleins de violence et d’idées définitives sur les places respectives des hommes et des zombies. Tout part alors en vrille. Tout ce q...

Saccage - Quentin Leclerc - L'Apocalypse de Saint-Quentin


Quelle horrible couverture ! Comment la main d’un voyant d'intelligence normale peut-elle être attirée vers cette couverture ? Mystère.
Ferme les yeux, lecteur, ou crève-les, whichever is easier.
Prends l’ouvrage, ouvre-le, commence à lire. Et là, tu as envie de le reposer. Y a-t-il une histoire ? Y a-t-il un contexte que tu peux comprendre ? Pas sûr.
Retiens ta main, lecteur, ou coupe-là. Qu’importe. Bientôt tu seras dans le rythme, dans la musicalité, tu t’abimeras.

Y a-t-il une histoire ? Un mouvement plutôt. Vers les temps derniers, l’anéantissement. Quelques guides se racontent et racontent au lecteur - tels des Dennis Hopper sous acide expliquant le cœur des ténèbres. C’est l’anéantissement qui est raconté, le der des ders et la synthèse de tous ceux qui précédent. Un monde en déliquescence totale, peuplé d’êtres sans individualité et sans nom dont ne reste que la fonction, qu’un nombre restreint de fonctions, soldats, miliciens, chasseurs, hôtesses, industriels, carcasses, déserteurs, paysans, ouvriers, et surtout les civils, victimes inévitables de tous les autres. On est dans l’avant post-exotisme peut-être. Mais aussi dans les failed states, dans la région des grands lacs, dans les trains en partance pour les camps de la mort, dans les villes bombardées où se terrent les civils, dans les marges frontalières où les réfugiés fuient et meurent.

Pour survivre, on tue, on dévore, on cannibalise. On marche sur les cadavres - sur les visages aussi, dans un hommage à Orwell. On recycle les morts – entre Huxley et Harrison. Mais aussi, parfois, on se suicide, parfois c’est juste le choix évident.

Décrivant en ombres chinoises un monde rongé par l’inégalité, la cacophonie insensée, la guerre, la pollution qui ravage la biosphère, l’extermination de masse volontaire ou incidente, Leclerc, qui partage avec Lautréamont un sens de la formule déprimante (et un requin), emporte le lecteur dans un cauchemar qui évoque autant les images d’actualité/d’archive que le monde détruit de Delicatessen ou celui infiniment gris d’Eraserhead. Le rythme pris, on y plonge jusqu’à s’y perdre, à la suite de protagonistes en sursis ou d’enfants-singes que les malheurs du monde ont produits et qui vivent dans ses interstices, croyant, comme le croient sans doute les esclaves de Charles Taylor ou ceux de Joseph Kony, que celui-ci finira par leur revenir.

"Saccage" est un livre à lire, puis à garder de chevet, comme un bréviaire, pour en relire régulièrement des passages, fulgurances concises du désespoir, aphorismes noirs chargés d’un monde de sens.

Tout à ma bonté naturelle, je vous en offre deux parmi ceux que je relis avec délectation :

«  Quand mon grand-père est mort, elle lui a rendu hommage en se faisant sauter la tête avec son fusil. Ainsi elle n’a plus été triste. »

« Hier, Lars s’est ouvert les veines avec les dents déchaussées de sa femme. Ca lui a pris plusieurs heures. »

Mais que cette couverture est laide !

Saccage, Quentin Leclerc

Commentaires

Tout cela est d'un joyeux optimisme :-D
Gromovar a dit…
Ya du soleil et des nanas, darladirladada !
J'avais noté ce livre dans mes envies depuis un moment.

Ton billet me conforte dans cette idée, ça a l'air très bon !
Gromovar a dit…
C'est très bon.
Weirdaholic a dit…
J'ai lu ce roman avec du retard sur sa date de parution, mais je suis d'accord avec toi, c'est très bon (et moi aussi, j'y ai vu une référence à Dennis Hopper ^_^).

Quant à la couverture... Son esthétique ressemble à celle de certains albums pour enfants ; je pense en effet qu'un tableau de Goya, par exemple, aurait mieux convenu.
Gromovar a dit…
Mieux vaut tard que jamais. Il n'est jamais trop tard pour un bon livre.