Fistful of Antimatter - Rich Larson

Fistful of Antimatter , de Rich Larson, une référence sans doute au A Fistful of Dollars de Sergio Leone pour ce western spatial situé sur la planète Qopa. Fistful of Antimatter est lisible dans Clarkesworld 240 . Entre nouvelle longue et courte novella, Larson emmène son lecteur sur une planète coloniale peuplée d’humains aussi inégaux que ceux de la planète Terre. Dans les pas de Nuja, bandite, voleuse, mère de sept enfants (dont trois ont grandis dans un exowomb) qui constituent sa bande, Larson nous entraîne dans le désert désolé d’une planète qui ressemble furieusement au Far West, pour des aventures hautes en couleurs. Au menu : « attaque de diligences », gardes armés à déjouer, ville prospère vers laquelle convergent de vulnérables moyens de transport omnibus qui passent d’outpost en outpost, banque remplie comme une caverne d’Ali Baba devenant, de fait, la cible de tous les malandrins des environs. Ajoutons-y un Homme Décapité au corps de polycartilage, pourvu d’une boul...

Saccage - Quentin Leclerc - L'Apocalypse de Saint-Quentin


Quelle horrible couverture ! Comment la main d’un voyant d'intelligence normale peut-elle être attirée vers cette couverture ? Mystère.
Ferme les yeux, lecteur, ou crève-les, whichever is easier.
Prends l’ouvrage, ouvre-le, commence à lire. Et là, tu as envie de le reposer. Y a-t-il une histoire ? Y a-t-il un contexte que tu peux comprendre ? Pas sûr.
Retiens ta main, lecteur, ou coupe-là. Qu’importe. Bientôt tu seras dans le rythme, dans la musicalité, tu t’abimeras.

Y a-t-il une histoire ? Un mouvement plutôt. Vers les temps derniers, l’anéantissement. Quelques guides se racontent et racontent au lecteur - tels des Dennis Hopper sous acide expliquant le cœur des ténèbres. C’est l’anéantissement qui est raconté, le der des ders et la synthèse de tous ceux qui précédent. Un monde en déliquescence totale, peuplé d’êtres sans individualité et sans nom dont ne reste que la fonction, qu’un nombre restreint de fonctions, soldats, miliciens, chasseurs, hôtesses, industriels, carcasses, déserteurs, paysans, ouvriers, et surtout les civils, victimes inévitables de tous les autres. On est dans l’avant post-exotisme peut-être. Mais aussi dans les failed states, dans la région des grands lacs, dans les trains en partance pour les camps de la mort, dans les villes bombardées où se terrent les civils, dans les marges frontalières où les réfugiés fuient et meurent.

Pour survivre, on tue, on dévore, on cannibalise. On marche sur les cadavres - sur les visages aussi, dans un hommage à Orwell. On recycle les morts – entre Huxley et Harrison. Mais aussi, parfois, on se suicide, parfois c’est juste le choix évident.

Décrivant en ombres chinoises un monde rongé par l’inégalité, la cacophonie insensée, la guerre, la pollution qui ravage la biosphère, l’extermination de masse volontaire ou incidente, Leclerc, qui partage avec Lautréamont un sens de la formule déprimante (et un requin), emporte le lecteur dans un cauchemar qui évoque autant les images d’actualité/d’archive que le monde détruit de Delicatessen ou celui infiniment gris d’Eraserhead. Le rythme pris, on y plonge jusqu’à s’y perdre, à la suite de protagonistes en sursis ou d’enfants-singes que les malheurs du monde ont produits et qui vivent dans ses interstices, croyant, comme le croient sans doute les esclaves de Charles Taylor ou ceux de Joseph Kony, que celui-ci finira par leur revenir.

"Saccage" est un livre à lire, puis à garder de chevet, comme un bréviaire, pour en relire régulièrement des passages, fulgurances concises du désespoir, aphorismes noirs chargés d’un monde de sens.

Tout à ma bonté naturelle, je vous en offre deux parmi ceux que je relis avec délectation :

«  Quand mon grand-père est mort, elle lui a rendu hommage en se faisant sauter la tête avec son fusil. Ainsi elle n’a plus été triste. »

« Hier, Lars s’est ouvert les veines avec les dents déchaussées de sa femme. Ca lui a pris plusieurs heures. »

Mais que cette couverture est laide !

Saccage, Quentin Leclerc

Commentaires

Tout cela est d'un joyeux optimisme :-D
Gromovar a dit…
Ya du soleil et des nanas, darladirladada !
J'avais noté ce livre dans mes envies depuis un moment.

Ton billet me conforte dans cette idée, ça a l'air très bon !
Gromovar a dit…
C'est très bon.
Weirdaholic a dit…
J'ai lu ce roman avec du retard sur sa date de parution, mais je suis d'accord avec toi, c'est très bon (et moi aussi, j'y ai vu une référence à Dennis Hopper ^_^).

Quant à la couverture... Son esthétique ressemble à celle de certains albums pour enfants ; je pense en effet qu'un tableau de Goya, par exemple, aurait mieux convenu.
Gromovar a dit…
Mieux vaut tard que jamais. Il n'est jamais trop tard pour un bon livre.