Arrowsmith - Busiek - Pacheco

1915, la guerre déchire l’Europe; ses protagonistes l’ignorent mais elle est partie pour durer longtemps. A moins que… A moins que, dans l’Europe uchronique créée par Kurt Busiek et Carlos Pacheco, les choses ne tournent autrement. Si ça ne tenait qu’à Fletcher Arrowsmith, en tout cas, elle serait plus courte. Mais il faudrait déjà que le jeune homme, fils du forgeron d’Herbertsville (Connecticut, Etats-Unis de Colombie) , puisse intégrer l’Unité d’Elite Aérienne, ce corps de fous volants qui patrouillent avec leurs dragonnets au-dessus des tranchées de Gallia et affrontent dans des duels épiques et toujours sanglants leurs ennemis des Empires Centraux. A la lecture de ce qui précède, tu auras compris, lecteur, que le monde d’Arrowsmith est uchronique. 1100 ans après la Paix de Charlemagne, le monde est fait de nations qui ne ressemblent qu’en partie à celles que tu connais. De plus il est baigné, et là l’uchronie se double de fantasy, dans une magie absente du nôtre et habité, au coté

14-18 Verdun - Le colosse d'ébène - Aux pieds d'argile


"Le colosse d'ébène" est le cinquième tome de la série fleuve 14-18 de Corbeyran et Le Roux. Il est le premier à être un peu décevant.

Février 1916. La bataille de Verdun vient de commencer. Les combattants suivis depuis le tome 1 sont toujours au front et, malchance pour eux, précisément à Verdun. Pris dans des ordres contradictoires, ils sont envoyés à la défense de Douamont, qu'ils évacueront durant l'assaut allemand, juste avant sa capture. Arsène, blessé, laissé en arrière, et qui aurait dû y mourir, est ramené in extremis derrière les lignes par Mamadou, un tirailleur sénégalais qu'il avait pourtant insulté en bon raciste colonial qu'il est.

Deux choses sont bien faites dans ce tome.

D'abord, au début, la lecture de la lettre d'Arsène à Nini, qu'elle lit alors qu'elle vaque à ces activités que les femmes ont récupérées faute d'hommes, permet d'établir un parallèle clair entre les sacrifices des uns et des autres et de montrer que, même si la vie de femmes à l'arrière n'était pas directement menacée, elle était néanmoins profondément bouleversée.

Ensuite, la diversité des réactions des poilus à la présence des tirailleurs sénégalais révèle, même si ce n'est guère original, la perception qu'avait le Français de base du colonialisme et le regard qu'il portait sur les colonisés. On y voit donc le racisme essentialiste d'Arsène, plein de la mission civilisatrice de la France, les objections claires de quelques-uns de ses amis à son discours, et l'indifférence de la plupart.
On voit même - est-ce volontaire ? si oui, c'est bien pensé - la mauvaise humeur d'un des troufions qui se plaint du fait que certains de ses amis prennent la défense de Mamadou alors que personne ne "monte au créneau" pour le défendre lui, alors qu'il a "faim", "froid", des "poux", et des "engelures". On croirait entendre un discours de petit blanc partisan de Trump ou du FN.

Le reste est trop conventionnel pour être passionnant. La bataille de Verdun, décidément, est difficile à montrer, même si ici elle n'est guère plus qu'un décor, de toute façon. Et le mécanisme de tourmenteur humilié par la générosité du tourmenté est un artifice scénaristique facile. Il y a pourtant tant à développer sur ces pauvres diables d'Africains qu'on envoya se faire tuer en France, voire qu'on fit s'entretuer chez eux même, dans une guerre qui ne les concernaient en rien. On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments, c'est une tarte à la crème et c'est pourtant vrai.

Ca reste très joliment dessiné, et, concernant l'histoire, on attend mieux pour la suite.

14-18 t5, Le colosse d'ébène, Corbeyran, Le Roux

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