dimanche 14 février 2016

Verdun - Le Naour - Douaumont ist gefallen


Verdun c’est 300 jours de combat, 60 millions d’obus, 300000 morts. Une hyperbataille comme la nomme l’historien François Cochet. Elle est racontée aujourd’hui en BD sur un scénario de Jean-Yves Le Naour, l’historien spécialiste déjà à l’origine du très bon La faute au Midi.

Décembre 1915, des informations convergentes semblent indiquer que les Allemands prépareraient une offensive de grande ampleur dans la zone de Verdun, un point saillant perdu au milieu du front allemand. Pourtant informé, Joffre mettra bien du temps à prendre les mesures appropriées. Quand la bataille commencera, le 21 février, c’est une armée française loin d’être prête à l’affronter qui subira l’un des assauts les plus terrifiants de l’histoire de la guerre moderne, commencement d’une bataille dont Le Naour dit qu’elle est une « métaphore de la guerre ».

Avec ce premier tome intitulé "Avant l’orage", le lecteur est invité à sortir de la légende de la grande conflagration pour en voir la réalité. Verdun c’est bien plus qu’une bataille homérique ou qu’une boucherie sans nom (il y en eut d’autres, hélas, la Somme notamment peu après). C’est un moment de la guerre où s’expriment, justement, certains des points saillants de celle-ci.

On voit donc dans "Avant l’orage" les Allemands, sous l'impulsion de Von Falkenhayn, ramener, dès la fin de 1915, des centaines de milliers d’hommes du front de l’Est vers la France et y déplacer des centaines de pièces d’artillerie de tous calibres.

On voit comment les officiers supérieurs sur place « sentaient » une attaque sur Verdun, comment le lieutenant-colonel Driant, officier de chasseurs et député, prévint la Chambre, comment Gallieni, le ministre de la Guerre, fit suivre à Joffre, le généralissime, et comment rien ne fut fait de cette information cruciale.

On voit en effet un Joffre en roue libre tenir tête au gouvernement qu’il renvoie dans ses plates-bandes. Ne croyant pas à un assaut sur Verdun qui, s’il venait à advenir, ne serait de toute façon à ses yeux qu’une diversion, obnubilé par la préparation de son offensive d’été dans la Somme, Joffre, suffisant et borné, refuse d'admettre l’éventualité même de la chose. De fait, durant l’année précédente, le GQG, et singulièrement son chef, partisan fanatique de la « guerre à outrance », avait progressivement dégarni la zone et ses forts, hommes et matériel partant pour la Somme, vers la bataille décisive que veut Joffre.

On voit comment il n’écouta jamais les avertissements de Castelnau. Ce n’est plus tard qu’il envoya celui-ci d’abord étudier la situation tactique puis superviser les opérations au côté de Pétain, dépêché en catastrophe sur place par Joffre en raison de ses préférences défensives.

On réalise que les Français eurent une chance incroyable quand la pluie retarda l’offensive allemande (prévue le 12 février et qui ne commença de fait que le 21) de plusieurs jours, offrant l’opportunité d’envoyer à Verdun des divisions de renfort avant le déclenchement des hostilités.
Mais la chance ne suffit pas. Le 21, les Allemands avaient plus de 1200 pièces d’artillerie dans la zone contre moins de 300 pour les Français.

Les renforts étant loin, les troupes sur place durent tenir plusieurs jours pour les attendre. Sous le Trommelfeueur (1 millions d’obus tirés par les troupes du Kronprinz le premier jour de la bataille, autant le second), les troupes françaises résistèrent vaillamment, au bois des Caures notamment, et retardèrent suffisamment l’offensive, au prix de pertes immenses, pour que les renforts puissent arriver. Même si le fort de Douaumont tomba le 25, Pétain eut donc le temps de prendre le commandement de la zone, de réorganiser la défense de la ville, et d’organiser, pour l’approvisionnement et la relève,  une noria de matériel et d’hommes cheminant le long de la Voie sacrée vers et hors Verdun depuis Bar le Duc.

L’affaire devint symbolique donc politique. Il fallait tenir Verdun. 70 des 95 divisions françaises s'y emploieront. Mais ceci est une autre affaire, pour le prochain tome.

L’album est intéressant et donne de la chair et du sens à ce qui n’est souvent qu’un nom. On regrettera une narration un peu rapide au point de départ sans doute trop tardif (l’effet du médium ?) qui ne permet pas de développer pleinement ce qui conduisit à Verdun. Pourquoi ne pas avoir raconté août 1915 ? Pourquoi ne pas avoir étoffé plus le personnage capital de Castelnau ? Pourquoi ne pas avoir expliqué que la tête de mort sur l’uniforme du Kronprinz n’en faisait pas un proto-SS ? Pourquoi pas plus de détails sur les forts ? D’autant que Le Naour trouve le temps de raconter la maladie de Pétain dans les premiers jours de la bataille. Tant pis. C’est sans doute néanmoins suffisant si ça peut donner envie d’aller plus avant et de lire des ouvrages historique sur la question, d’autant qu’on oubliera vite le dessin de cet album.

Verdun t1, Avant l’orage, Le Naour, Marko, Holgado

4 commentaires:

Sandrine a dit…

Ces historiens qui savent passer d'un support à l'autre avec tant de maîtrise, c'est du bonheur... Le Naour a aussi commis en BD "Le soldat inconnu vivant" dont le dessin de Lirussi est loin d'être oubliable.

Gromovar a dit…

En effet, faut que je me le procure.

Efelle a dit…

Donc tu ne la conseilles pas (d'autant plus que c'est le tome 1 d'une série) ?
Merci pour le récit très détaillé de l'affaire en tout cas. Ca va plus loin que le cours d'histoire au collège.

Gromovar a dit…

Pas prioritaire en effet. Et, de rien :)