Membre fantôme - Brian Evenson - Retour de Bifrost 119

En 2003, Brian Evenson frappait un grand coup littéraire avec sa novella The Brotherhood of Mutilation . Six ans plus tard, il donnait de ce texte une version longue avec le roman Last Days (sorti en français sous le titre La Confrérie des mutilés) . On y suivait les traces de Kline, un détective amputé du bras à la suite d'une affaire qui avait mal tourné, engagé pour trouver le coupable du meurtre du fondateur d'une secte inconnue jusqu'alors : La Confrérie des mutilés. D'investigations en interrogatoires (soumis à des contraintes aussi absurdes qu'invincibles) , Kline finissait par découvrir l'identité du meurtrier. Surtout, il se trouvait contraint de plonger dans un univers délirant et fanatique, un monde dans lequel les croyants amputent volontairement des parties de leur corps – le plus de parties étant le mieux, signe de foi et donc d'influence supérieures. Le monde clos des mutilés est religieux, paranoïaque, violent, organisé suivant une logique a...

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Un vieux détective retiré et reconverti en éleveur d’abeille, l’année 1944, un petit juif muet porteur d’un perroquet qui récite des séries de chiffres en allemand, des personnages troubles, un mauvais garçon fils d’un couple au bout du rouleau. Le tout écrit par Michaël Chabon l’auteur du très bon et uchronique Club des policiers Yiddish. A priori, cette grosse centaine de pages sentait bon. Mais, comment dit-on ? On ne juge pas un livre à sa couverture.

"The Final Solution" est à la fois la réponse définitive qu’il faudrait trouver à un mystère et aussi un grand secret à dévoiler. Le grand secret est si incroyable, si humainement incroyable, que même le plus grand esprit déductif d’Europe s’y cassera les dents et ne parviendra pas à le percer ; il ne résoudra que le prosaïque mystère. Un meurtre, pas les six millions d’autres.

Si cette grosse centaine de pages avait tout pour plaire, comment a-t-il donc échoué ?

Trop de points de vue (même celui du perroquet) pour trop peu de pages. Un personnage de Détective Conseil retiré dans l’apiculture, vieilli, fatigué, perclus de rhumatisme, atteint d’instants de décrochage intellectuel, qui au final n’est jamais accrocheur (je n’ai pas dit aimable, Sherlock Holmes ne l’est jamais) et résout son affaire presque par hasard. Et surtout, une volonté de faire absurde ou parodique, illustrée notamment par de très longues périphrases, et qui prouve, par son échec, que tout le monde ne peut s’improviser Monty Python. Qu’on me comprenne, je n’ai rien contre les images ou les métaphores, bien au contraire, quand elles servent à enrichir ou embellir ce qui est dit, pas quand elles détournent l’attention du point central, au fil d’un détour de production qui semble viser l’humour mais dont on peut se demander s'il ne sert pas surtout à « faire « écrivain ».

Pour conclure, "The Final Solution" est tout ce que l'excellent Fatherland de Robert Harris n’est pas. Ce n’était certes pas le bût, mais s’opposent ici, sur des thématiques proches, un très bon roman à un qui rate son objectif.
Et sur nazisme, enquête, et Angleterre, la victoire revient au très piquant Farthing de Jo Walton.

The Final Solution, Michaël Chabon

Commentaires

A.C. de Haenne a dit…
Quoi ? Un Chabon mauvais ? C'est possible ?

A.C.
Gromovar a dit…
Étonnamment, oui.