Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

Pas un pas en arrière


"Stalingrad Khronika", de Bourgeron et Ricard, vient de sortir dans une version Intégrale qui rassemble les deux tomes sous une même couverture. Bonne initiative de l’éditeur.
Et, de mon point de vue de lecteur, "Stalingrad Khronika" fut à la fois un plaisir de lecture teinté d'une légère déception.

Plaisir de lecture car Khronika entraine le lecteur dans une histoire trépidante, qui ne cesse jamais de rebondir au rythme des combats qui agitent et détruisent la ville soviétique de Stalingrad. Point de fixation et lieu du retournement de la guerre à l’Est, Stalingrad, effroyable bataille urbaine qui se termina parfois en duels de snipers fut un calvaire, non seulement pour les deux armées antagonistes mais également pour les civils qui vivaient dans la ville. Premier revers véritable de l’armée nazie en URSS, la bataille de Stalingrad fut l’emblème visible et glorieux de la Grande Guerre Patriotique ; on imagine donc bien son importance pour un Staline au faîte de son pouvoir dictatorial. Staline trouvait ici l’ennemi extérieur crédible, dont a besoin tout pouvoir totalitaire, pour justifier d’amplifier encore le système de répression contre un ennemi intérieur, qui n’existait que dans son esprit malade, et intensifier dans le même mouvement le culte de la personnalité autour du chef héroïque qui sauve la Patrie.
Et nous y voilà ! Car "Stalingrad Khronika" raconte l’histoire, parfois ubuesque, d’une petite équipe de cinéma envoyée à Stalingrad, par la volonté du dictateur même, pour tourner un film à la gloire de la résistance soviétique. Le lecteur y verra le mal de la guerre et la mal du totalitarisme mêlés. Double hiérarchie de l’armée et des services spéciaux, unités de francs tireurs constituées de criminels en roue libre faisant appliquer le mot d’ordre stalinien « Pas un pas en arrière » sans oublier de piller les cadavres et de tuer les soldats amis trop zélés, groupe de cinéastes constitué d’un « échantillon » signifiant : commissaire politique qui doit réussir sa mission de filmage, fut-ce au prix de sa vie, cinéaste raté mais bien en cour, cinéaste de talent sorti spécialement du camp de travail où l’avait envoyé les manigances de l’autre, et jeune soldat soviétique confit d’amour pour le Petit Père des Peuples. Et la peur lancinante du NKVD et de ses agents infiltrés. La guerre donne à chacun l’opportunité de révéler le pire de ce qu’il a en lui (c’est toujours vrai), mais dans le cas de la Russie stalinienne, le système totalitaire et l’exigence absolue de satisfaire tous les caprices du dictateur avait déjà bien préparé le terrain et donné à chacun l’occasion de polir ses compétences en servilité, veulerie, cruauté, et manigance.

La BD est, sur ces points qui étaient ceux de l’auteur, une réussite, en montrant fort justement la folie de la guerre et les tréfonds de l’âme humaine sur un ton caustique. De plus, le dessin, centré sur les hommes et laissant la ville en ruine dans un arrière-plan brumeux, focalise le récit sur la mission cinématographique folle. Le traitement graphique est donc parfaitement adapté au scénario.

Je n’ai pu m’empêcher de ressentir une légère déception car on ne voit pas grand chose de la bataille ou de ses enjeux. Ce n’était pas le point, c’est évident, mais je crains qu’un lecteur peu au fait de l’Histoire ne perde une partie du sens de ce qui se jouait à cet endroit et à ce moment, et que le récit en soit affadi au risque d’être seulement appréhendé comme l’une de ces innombrables histoires militaires qui fleurissent en BD au lieu d’être l’occasion de revisiter un moment important de l’Histoire contemporaine.

Stalingrad Khronika, Intégrale, Bourgeron, Ricard

Commentaires

Escrocgriffe a dit…
Thème original, qui fait froid dans le dos : c'est vraiment d'actualité avec la guerre des images en Syrie…
Gromovar a dit…
Les images, malheureusement le nerf de la guerre.