Brombal - Phillips - Tout ce qui meurt et agonise

L’apocalypse zombie a eu lieu, elle a emporté presque toute l’humanité. Mais dans la petite ville américaine de Caverton, Jack Chandler, un fermier, s’est découvert immunisé ; seul de sa petite communauté, il a survécu au fléau. Seul survivant certes, mais pas solitaire. En effet, autour de Jack et avec lui, « vivent » son mari Luke, leur fille Daisy, qu’il adore, et aussi tous les habitants de la petite ville. Ces morts-vivants, par pure mémoire musculaire, rejouent chaque jour sa dernière journée, sans agressivité car, nourris par Jack, ils n’éprouvent plus le besoin de mordre ni d’attaquer. Jack, le seul qui n’est pas trépassé, est leur fermier – un religieux dirait leur berger. Il prend soin d’eux, les nourrit, veille à entretenir les cultures et le bétail grâce auxquels lui-même survit. Mais voilà qu’arrive dans la ville un groupe d’humains, pleins de violence et d’idées définitives sur les places respectives des hommes et des zombies. Tout part alors en vrille. Tout ce q...

Pas un pas en arrière


"Stalingrad Khronika", de Bourgeron et Ricard, vient de sortir dans une version Intégrale qui rassemble les deux tomes sous une même couverture. Bonne initiative de l’éditeur.
Et, de mon point de vue de lecteur, "Stalingrad Khronika" fut à la fois un plaisir de lecture teinté d'une légère déception.

Plaisir de lecture car Khronika entraine le lecteur dans une histoire trépidante, qui ne cesse jamais de rebondir au rythme des combats qui agitent et détruisent la ville soviétique de Stalingrad. Point de fixation et lieu du retournement de la guerre à l’Est, Stalingrad, effroyable bataille urbaine qui se termina parfois en duels de snipers fut un calvaire, non seulement pour les deux armées antagonistes mais également pour les civils qui vivaient dans la ville. Premier revers véritable de l’armée nazie en URSS, la bataille de Stalingrad fut l’emblème visible et glorieux de la Grande Guerre Patriotique ; on imagine donc bien son importance pour un Staline au faîte de son pouvoir dictatorial. Staline trouvait ici l’ennemi extérieur crédible, dont a besoin tout pouvoir totalitaire, pour justifier d’amplifier encore le système de répression contre un ennemi intérieur, qui n’existait que dans son esprit malade, et intensifier dans le même mouvement le culte de la personnalité autour du chef héroïque qui sauve la Patrie.
Et nous y voilà ! Car "Stalingrad Khronika" raconte l’histoire, parfois ubuesque, d’une petite équipe de cinéma envoyée à Stalingrad, par la volonté du dictateur même, pour tourner un film à la gloire de la résistance soviétique. Le lecteur y verra le mal de la guerre et la mal du totalitarisme mêlés. Double hiérarchie de l’armée et des services spéciaux, unités de francs tireurs constituées de criminels en roue libre faisant appliquer le mot d’ordre stalinien « Pas un pas en arrière » sans oublier de piller les cadavres et de tuer les soldats amis trop zélés, groupe de cinéastes constitué d’un « échantillon » signifiant : commissaire politique qui doit réussir sa mission de filmage, fut-ce au prix de sa vie, cinéaste raté mais bien en cour, cinéaste de talent sorti spécialement du camp de travail où l’avait envoyé les manigances de l’autre, et jeune soldat soviétique confit d’amour pour le Petit Père des Peuples. Et la peur lancinante du NKVD et de ses agents infiltrés. La guerre donne à chacun l’opportunité de révéler le pire de ce qu’il a en lui (c’est toujours vrai), mais dans le cas de la Russie stalinienne, le système totalitaire et l’exigence absolue de satisfaire tous les caprices du dictateur avait déjà bien préparé le terrain et donné à chacun l’occasion de polir ses compétences en servilité, veulerie, cruauté, et manigance.

La BD est, sur ces points qui étaient ceux de l’auteur, une réussite, en montrant fort justement la folie de la guerre et les tréfonds de l’âme humaine sur un ton caustique. De plus, le dessin, centré sur les hommes et laissant la ville en ruine dans un arrière-plan brumeux, focalise le récit sur la mission cinématographique folle. Le traitement graphique est donc parfaitement adapté au scénario.

Je n’ai pu m’empêcher de ressentir une légère déception car on ne voit pas grand chose de la bataille ou de ses enjeux. Ce n’était pas le point, c’est évident, mais je crains qu’un lecteur peu au fait de l’Histoire ne perde une partie du sens de ce qui se jouait à cet endroit et à ce moment, et que le récit en soit affadi au risque d’être seulement appréhendé comme l’une de ces innombrables histoires militaires qui fleurissent en BD au lieu d’être l’occasion de revisiter un moment important de l’Histoire contemporaine.

Stalingrad Khronika, Intégrale, Bourgeron, Ricard

Commentaires

Escrocgriffe a dit…
Thème original, qui fait froid dans le dos : c'est vraiment d'actualité avec la guerre des images en Syrie…
Gromovar a dit…
Les images, malheureusement le nerf de la guerre.