Cauchon - Dorison - Delahaye - Parnotte

Le 23 mai 1430, après un an de campagne militaire victorieuse, Jeanne d’Arc est capturée par les Bourguignons, alliés des Anglais, lors d’une sortie hasardeuse au siège de Compiègne. Vendue aux Anglais par Jean de Luxembourg pour la somme de 10000 livres tournois, elle est conduite à Rouen afin d’y être jugée pour hérésie, entre autres chefs d’accusation dont le très scandaleux « port d’habits d’homme ». C’est l’évêque Pierre Cauchon qui a négocié cet achat pour le compte des Anglais, contre l’Inquisition qui voulait la juger elle-même. C’est Pierre Cauchon aussi qui présidera son procès, à Rouen, entre février et mai 1431 ; il s’agira, lors de ces audiences, de démontrer que l’inspiration de celle qu’on nommait « La pucelle » ne venait pas de Dieu et des saints mais bien plutôt du diable. C’est cette histoire que racontent Xavier Dorison, Louis-David Delahaye et Joël Parnotte dans l’imposant album Cauchon… ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc . A la lecture du mag...

Noir Prestige


Avec "Blackstone", dont deux tomes sont déjà sortis, Corbeyran s’offre une nouvelle virée du côté de la magie véritable, après le Malvoulant ou Double Gauche par exemple.

Fin du 19ème siècle. Trois prestidigitateurs sans grand talent tirent le diable par le queue dans les rues de Paris. De spectacles bidons en petites arnaques, ils vivotent. Lassés, Nelson et Jenny décident de tenter leur chance à Londres en laissant Jean-Jacques à Paris. Lors d’une représentation dans un boui-boui londonien, un tour se déroule atrocement mal. Un enfant disparaît ; les deux prestidigitateurs doivent fuir pour sauver leur vie. Reste une étrange pierre noire d’origine inconnue qui semble vraiment chargée de vraie magie. Le lecteur suit alors les destins divergents des trois illusionnistes et de leur « victime », entre prison, succès, enquête, et mystère.

Le scénario de Corbeyran repose, et je trouve toujours ça dommage, sur plusieurs rencontres fortuites. Je lui laisse pour l’instant le bénéfice du doute car il y a bien plus à cette histoire que compréhensible à l’issue du tome 2, il est donc possible que des forces occultes orientent en sous-main les actions des protagonistes et les rassemblent par nécessité.

Quoi qu’il en soit, l’histoire est prenante, intrigante à souhait, et le curseur entre réalisme et ésotérisme tourne lentement mais sûrement vers le second terme, à un rythme qui permet au lecteur de s’installer sans difficulté dans l’explication la moins rationnelle. Corbeyran n’oublie pas cependant de montrer la réalité d’une Révolution Industrielle qui broie ses petites mains, et la dureté effroyable des années qui précédèrent ce qu’on nomma la Belle Epoque. Belle pour les rentiers comme Proust sans doute, pas pour les ouvriers d’usine. Cet ancrage historique accentue l’étrangeté de la confrontation avec le second niveau de réalité présent dans la série. Il est donc bienvenue.

Dans une ambiance qui rappelle fortement Le Prestige, Corbeyran raconte une histoire de malheur, de malveillance, d’ambition démesurée, et met en place les éléments d’un affrontement magique de haut vol. Il faudra attendre le tome 3 pour en voir plus mais le hors d’œuvre met en appétit. On aimera connaître la suite.

Dessins et couleur soutiennent à merveille le récit. Beaux et réalistes, ils offrent des vues superbes de Londres, Paris, New York à la fin 19ème siècle avec leurs rues animées et leurs bas-fonds sordides, et prennent toute leur ampleur dans le spectacle des nombreux bâtiments monumentaux montrés en plongée ou contreplongée. Couleurs, lumières, effets de brouillard ou de pluie sont très réussis, participant à un grand plaisir visuel.

Black Stone, t1 Les magiciens et t2 New York, Corbeyran, Chabbert, Malisan

Commentaires

Lune a dit…
On les a à la médiathèque, ils sont sur mon bureau :p
Gromovar a dit…
Premier Corbeyran que j'apprécie depuis un bon moment. C'est un signe :)