Exquisite Corpses t3 - Tynion - Walsh - Bellaire

Suite et fin de la série Exquisite Corpses (avant une saison 2 déjà annoncée) . La fin du jeu approche. Les morts se multiplient, tant parmi les civils piégés d'Oak Valley que parmi les tueurs en compétition. Ils ne sont plus que cinq au début du TPB et, tu le sais, lecteur, il ne peut en rester qu'un. Tu te prépares donc à une conclusion attendu dans laquelle se vérifiera le caractère inhumain du jeu et de ses organisateurs (l'élimination du garde-chasse est significative) . Mais Tynion, aussi brillant que d'habitude, nous réserve deux nouveaux rebondissements (si ce n'est plus, tout dépend comment on compte) , après celui qui concluait déjà le volume précédent et surprenait par l'identité du concurrent éliminé. C'est donc à un roller-coaster épique, tant émotionnel que polémologique, que l'auteur et ses dessinateurs (!) convient ses lecteurs pour un final en feu d'artifice. Viens, lecteur ! Ne rate pas ce grand spectacle. Exquisite Corpses TPB3, Ty...

Roture ennoblie


Dans "Les millionnaires de la chance", les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, ces spécialistes traditionnels des classes dominantes, s’intéressent à ces gens, très peu nombreux, qui entrent dans la richesse par le biais d’un coup du sort, un gros lot au Loto ou à l’Euromillion.

Comment vivre un événement qui change de manière drastique et définitive la vie ? Comment gérer une rupture, un passage sans retour du même type que celui qui fait la Noblesse d’Etat ? Comment gérer une situation rêvée, mais improbable, qu’aucune éducation n’a pu préparer (alors que les Héritiers sont préparés toute leur vie à hériter et à légitimer l’héritage) ? Lorsqu'on s'enrichit autant, devient-on un riche ou un pauvre qui a de l'argent ?

L’enrichissement, colossal et soudain, change tout ce qui faisait l’univers des gagnants. Lieu d’habitation, mode de vie, activité professionnelle, loisirs, relations, familles et amis, tout ou presque change après le gain. En partie de manière volontaire, en partie de façon subie. Le gagnant change, la manière dont les autres, tous les autres, interagissent avec lui aussi (les banquiers notamment se métamorphosent de manière irrésistible).

Les sociologues montrent combien il est difficile de « devenir riche » dans la plupart des cas. Ils montrent que ça prend du temps, et que le changement ne sera jamais complet. Comment évoluent les rapports avec la famille, les amis ? Quelles sont les « obligations » de don ? Comment gérer aussi les contradictions entre ses valeurs et sa situation ? On voit bien qu’une intégration réussie dans son milieu social facilite la transition et qu’une générosité de bon aloi, mais qu’il est nécessaire de calibrer au millimètre, aussi.

Le capital économique acquis permet bien des choses mais n’amène avec lui ni capital culturel ni capital social. Comment aller dans le grand restaurant ou le palace qu’on peut s’offrir lorsqu’on ne connaît pas les codes de ces lieux, et que la timidité sociale, pendant de la violence symbolique, incite à les éviter ? Y aller en groupe ou les éviter, le plus courant. Ou s’insérer progressivement dans un autre topos. En sachant néanmoins qu’on sera toujours décalé et « visible » ; l’habitus langagier est presque invincible. Une constance néanmoins, la volonté de transmettre et donc de commencer à faire lignée (le « gène égoïste » est plus fort que tout).

Beaucoup de questions intéressantes, et des réponses qu’apportent les deux sociologues. Ce livre n’est néanmoins pas vraiment satisfaisant. D’une part, pour le lecteur habitué des thèses de Bourdieu, rien ici ne va au-delà de la validation basique de quelques-unes de celles-ci. On aurait aimé du nouveau, il n’y en a pas, et la cible étant grand public, on est bien en dessous de ce que les Pinçon écrivent d'habitude.

D’autre part, et quelle que soit l’attente du lecteur, on y trouve beaucoup de redondances ou d’informations superflues. On a parfois l’impression que les auteurs tirent un peu à la ligne ou qu’ils ont lié plusieurs articles.

Enfin, et c’est un détail, la tendresse manifeste qu’éprouvent les auteurs pour la classe populaire donne lieu à quelques phrases d’un lyrisme qui prête à sourire tant elles sont des odes naturalistes aux vertus des petites gens.

Les millionnaires de la chance, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot

Commentaires

Voilà pourquoi je ne lirai pas ce livre : pour les "odes naturalistes aux vertus des petites gens", qui m'apparaissent comme autant de jets de moraline. Or la moraline me devient de plus en plus indigeste avec le temps. Si je comprends qu'elle puisse faire partie de la nature de certains, elle ne fait définitivement pas partie de la mienne. Bref, le message des auteurs, au contraire de celui de Bourdieu, est au fond très moralisant, car ils entendent plus dénoncer que faire comprendre.
Gromovar a dit…
Ca ne m'a pas autant mis la rate au court bouillon. Ca m'a plutôt amusé.

Le problème majeur de ce livre pour un pratiquant de sciences sociales est qu'il est bien trop grand public.