La Dame de la Seine - Claire Duvivier

Chronique inquiète et, de fait, raccourcie (mon blog est resté 24 heures ni mort ni vivant, tel le Chat de Schrödinger, ce qui m’a perturbé un peu) . 1593, Christopher Marlowe est un jeune Anglais qui cumule les rôles de poète et d’espion de la couronne anglaise. Pour fuir une vilaine affaire, il est emmené en mission secrète à Paris par son supérieur, protecteur et ancien amant, Thomas Walsingham, membre du Conseil privé et neveu du défunt maître espion Francis Walsingham . A peine arrivé à l’ambassade anglaise, le duo tombe sur le cadavre pendu du gardien de l’établissement, Olivier. Une coïncidence trop grosse pour être catholique. Il faudra donc enquêter sur cette affaire afin de voir en quoi elle peut interférer avec la mission des deux Anglais, d’autant plus que Thomas connaissait et appréciait Olivier. Marlowe découvre une ville qu’il ne connaissait pas, habitée par la méfiance, la peur et le rigorisme de la Ligue, une ville pleine de mystères et de vieilles rancœurs. La Dame d...

Du pain sur la planche


Lausanne, 2035. Un tueur en série assassine les membres les plus éminents de Grown Assurances, géant du secteur et promoteur des implants cérébraux IMProve. Ces implants accélèrent de manière importante capacités cognitives et computationnelles. Ce faisant, ils creusent une fracture s’élargissant entre implantés et « indigènes », et même entre possesseurs de générations successives. Qui assassine les pères de la puce IMProve ? Comment fait-il pour déjouer tous les moyens de surveillance ? Et pourquoi ces meurtres ? Sur la trace du tueur, un couple de flics au bout du rouleau, et deux agents privés de la compagnie.

Dans "33ème itération", le premier roman vraiment publié d’Yvan Bidiville, il y a une bonne idée. Très bonne même. Une idée qui, bien que différente, n’est pas sans rappeler celle de Gevulot développée dans le Voleur quantique. C’est donc une vraie belle idée de polar SF qu’a eu l’auteur.

Malheureusement, elle n’est pas mise en valeur par le roman.

D’une part, elle n’est pas assez utilisée, ni durant l’enquête, ni une fois que l’inspecteur a compris ce qu’il en était (ne pas spoiler signifie rester cryptique). L’auteur aurait pu imbriquer les poupées gigognes des indices incohérents jusqu’à la folie, il ne l’a pas fait.

D’autre part, elle se présente sur un background qui n’est guère plus qu’un décor alors qu’il y aurait eu matière à l’utiliser pour enrichir l’histoire (ne serait-ce que dans le cas des mercenaires musulmans par exemple et des intrications que ce cas pouvait présenter).

Enfin, et surtout, le style écrit a élevé un véritable mur entre l'histoire et moi. Le début est terriblement décevant sur le plan de l’écriture, presque rédhibitoire. Maladroit, convenu, on sent la volonté d’utiliser tout le vocabulaire du dégout, mais il manque le haut-le cœur stylistique de la révulsion. On est très loin du Lovecraft de « Horreur à Red Hook ». Le problème est identique lors des descriptions des hallucinations : volonté de bien faire, mais résultat décevant. Lausanne n’est visiblement pas l’Interzone. Par la suite, ça s’améliore un peu mais le style reste très appliqué, grammaticalement correct, et n’approche jamais la nervosité requise par ce type de récit. De plus, l’accumulation des métaphores, la plupart malheureuses, et certaines presque puériles, joue aussi contre un texte qui aurait mérité beaucoup de corrections.

Je ne doute pas que le contexte décrit (Suisse fasciste, islamophobie, corporation ordurière, flics anti-émeute abrutis et shootés, enquêteur noir au grand dam des racistes, gentils indignés pacifistes, il y a même un couple de lesbiennes, ne manque que le raton laveur) ait participé à l’accueil plutôt favorable qu’a reçu le roman, tant toutes les stations du calvaire vigilantiste ont été parcourues. Il m’en faudra plus.

Stylistiquement très imparfait, "33ème itération" a pour lui une idée originale. Ce n’est pas le cas de tous les romans publiés. A suivre donc. Mais avec grande prudence.

33ème itération, Yvan Bidiville

L'avis (plus positif) du Traqueur Stellaire

Commentaires

Je me le suis pris en numérique, je vais y jeter un oeil prochainement.
Gromovar a dit…
Tu me diras.
Alias a dit…
Ta chronique me refroidit un peu, du coup, mais je vais quand même me le lire un de ces quatre, ne serait-ce que par solidarité patriotique (encore que... c'est un Vaudois). ;)
Gromovar a dit…
Si tu regardes la chronique de Noosfere, elle est moins tranchée mais va dans le même sens.