Seule sur Terre - Charles Yu - Retour de Bifrost 119

Seule sur Terre est un petit recueil de Charles ' Chinatown, Intérieur' Yu qui contient trois textes de longueur à peu près similaire. On y trouve d'abord Seule sur Terre , l'histoire de Jane, seule sur Terre en l'an 3020. Jane est une fille comme il y en a tant. Elle est étudiante, elle s'entend mal avec sa mère, elle doit rejoindre après les vacances la fac de Jupiter, et, pour le moment, elle a « un job d'été ». C'est la nature du job qui rend Jane extraordinaire : elle tient la boutique de souvenirs de la Terre, un monde qui est devenu un parc d'attraction touristique puis un musée puis une simple boutique après le départ de toute l'espèce humaine vers le système solaire puis les étoiles. La jeune fille, qui cherche à attirer le client, y raconte en accéléré l'histoire de la Terre et de l'humanité, puis les différentes tentatives de rendre bankable la planète défigurée par les conséquences de l'anthropocène. Au fil des pages et ...

Disneyland, Dysneyland


Sortie du tome 2 de la série Urban ; la qualité entrevue dans le premier volume est confirmée ici.
Après l’exposition, néanmoins déjà riche, de l’album précédent, l’affaire ou plutôt les affaires entrent dans leur vif avec cet opus intitulé "Ceux qui vont mourir".

Zach doit succéder à son collègue Isham, tué en mission. Il n’a pas plus de chances de survie que ceux qui l’ont précédé ; il le sait et a parfaitement conscience de n’être qu’une attraction de plus dans le monde de Montplaisir. Il tente de revoir Ishrat pour poursuivre (ou clore définitivement) un amour qui paraît voué à l’échec.
Un petit garçon riche se perd. Il est recueilli (ou c'est dans le sens contraire que ça se produit) par un magicien de rue au passé plus clinquant que le présent.
Un vieux flic bourru vient enquêter sur une affaire sordide d’ablation d’organes génitaux et honorer la mémoire de son jeune collègue assassiné.

Ces histoires, qui ne collisionnent pas encore, progressent à un rythme satisfaisant, permettent d’entrer dans des vies qui inspirent la sympathie et créent donc la relation personnage/lecteur qui fait qu’un destin imaginaire peut intéresser, mais ouvrent surtout pour le lecteur une fenêtre sur le monde infernal dans lequel se débattent les hommes dans et hors de Montplaisir.

On y voit l’esclavage pour dette (comme au meilleur de l’Antiquité), y compris par la vente d’enfants, le traitement « hygiénique » des SDF par la détection et la désintégration (Seek and Destroy, Iggy ?), le cynisme presque incroyable des dirigeants de Montplaisir qui permettent, par exemple, les paris sur la mort d'un passant innocent pendant une arrestation, le contrôle permanent de chaque individu par un système informatique très sophistiqué, l’indifférence (à la réalité cachée derrière le masque) de touristes par millions qui viennent se distraire et ne veulent pas savoir le prix que paient ceux qui les distraient (tiens, ceux-là, ils me rappellent les vrais).

Mais, même hors de Montplaisir, on voit l’enfer de la vie quotidienne, cette vie d’esclave qui s’impose à une humanité à la chinoise entre usine et dortoir. On voit donc l’inégalité, absurde à force d’être incommensurable, le contrôle de la société interplanétaire entière par des mégacorporations socialement régressives, les dortoirs collectifs dans lesquels vivent les travailleurs humains, les rations quotidiennes de nourriture distribuées comme au bagne ou dans les cuisines collectives de la Chine maoïste, les deux semaines de congés payés (dont la seule utilisation possible est d’aller à Montplaisir et éventuellement de s’y abimer), la vie d’un cadre de la police qui ressemble tellement à celle d’un prisonnier ou d’un ouvrier d’usine du XIXème siècle que le lecteur relit pour s’assurer qu’il ne s’est pas trompé.

Horreur explicite à l’extérieur, horreur dissimulée sous une épaisse couche de vernis clinquant à l’intérieur ; inégalités et déréalisations se complètent. Le monde semble graviter autour de Montplaisir.

Le dessin, d’une richesse rare, illustre, au sens le plus profond du terme, l’histoire et la description du monde. Le lecteur en tire au moins autant d’informations qu’il ne lui en vient du récit et des dialogues. Du bien beau travail.

L’histoire continue pour le mieux. J’attends avec impatience la suite.

Urban t2, Ceux qui vont mourir, Brunschwig, Ricci

Commentaires

Alias a dit…
J'ai dû y jeter un œil en passant il y a longtemps, mais il faudra que je m'y intéresse plus avant. Comme tu l'expliques, ça me fait méchamment penser à Transmetropolitan, scénarisé par Warren Ellis.
Gromovar a dit…
Ya une vraie proximité.
Gromovar a dit…
Après je suis un fan de Brunschwig depuis Le pouvoir des innocents.