Ithaque - Livre Premier - Laurent Mantese

Pour un non-antiquiste, L’Odyssée commence vraiment au chant IX du poème d’Homère. C’est le récit du voyage de retour d’Ulysse vers son foyer d’Ithaque auprès duquel l’attendent, depuis dix ans et son départ pour la Guerre de Troie, son trône, sa femme Pénélope et son fils Télémaque. Un voyage long et tourmenté, plein de merveilles et d’effroi, de périls et de monstres. C’est cette partie aussi que Laurent ‘old Conan’ Mantese a choisi de redire dans son roman Ithaque , dont le Livre Premier vient de sortir. L’histoire, tous la connaissent, ou au moins en ont une idée. Ulysse, le Rusé, est parti pour les rivages de Troie à la tête d’une flotte de douze vaisseaux. Joignant les troupes grecques assemblées autour d’Agamemnon, il est allé reprendre Hélène, la plus belle femme du monde, enlevée par Pâris fils de Priam, et venger l’honneur de son mari Ménélas, et par extension celui de tous les Grecs. Guerre gagnée après dix ans et pléthore de hauts faits, d’aristies et de massacres, Hélèn...

In medias tenebras


"Furor" est un roman d’histoire alternative de Fabien Clavel. Sur la quatrième de couv’ on peut lire : « Il emprunte autant à Conrad qu’à Sénèque… ». Conrad et Sénèque, je me suis dit que je ne pouvais pas laisser passer ça.
"Furor" raconte la fin des légions perdues de Varus, englouties par la forêt germaine en 9 avant JC, en y ajoutant un élément science-fictif que je ne dévoile pas ici pour ne pas spoiler, bien que la couverture (très laide) soit assez explicite.
"Furor" n'est pas un simple récit de guerre. On y décrit la déréliction d’hommes perdus dans un milieu qui leur est absolument étranger, qu’ils ne comprennent pas, qui leur est résolument hostile, et la déliquescence qu’engendre leur marche funèbre vers leur propre inévitable fin. Voyage intérieur autant que spatial, les légionnaires marchent, sous les assauts brutaux des tribus germaines soulevées, vers un camp, une sécurité qu’ils n’atteindront jamais. Mal dirigés, ils cèdent au désespoir ou à la folie, avant que la mort ne les prenne. Le lecteur partage leur anéantissement car, dans le roman, les monologues intérieurs sont aussi présents que les passages classiques de description et de dialogue. J’aurais du aimer, j’aurais vraiment voulu.
Mais ça n’a pas fonctionné. Plusieurs raisons à ça.
D’une part (et c’est l’essentiel), le lecteur ne voit et ne sait que ce que voient et savent les protagonistes du récit, et même il ne voit et ne sait que ce qui fait sens pour eux. De ce fait, l’histoire n’est pas celle de l’expédition mais celle de la perception de l’expédition par ceux que l’auteur a choisi de suivre. Cela serait bel et bon si on parvenait à s’intéresser un tant soit peu à ceux-ci. Or ce n’est pas le cas. Qu’on me permette ici de citer Sénèque dans sa neuvième lettre à Lucilius : « Le sage, bien qu’il se suffise, n’en désire pas moins un ami, ne serait-ce que pour exercer l’amitié, pour qu’une si belle vertu ne reste pas sans culture. ». Clavel n’a pas réussi à faire de ses héros mes amis. Je n’ai ressenti aucune empathie, aucun sympathie. La faute à mon avis à une identité trop générique. On ne connaît pas ces hommes, on ne connaît pas leur vie, leur trajectoire, leurs espoirs. Du coup, ce qui peut leur advenir indiffère, et on finit par s'ennuyer ferme à les suivre. Quand des détails viennent, c’est vers la fin, trop tard et trop peu, la rencontre entre le lecteur et les personnages n’a pas eu lieu. Dans "Apocalypse Now", l’adaptation la plus connue de Conrad, les personnages ont une famille, font du surf, reçoivent des lettres, ils vivent, et leur malheur afflige par contraste. Ici rien de tout cela, même la « louve », concession faite à la compassion contemporaine, n’existe vraiment que dans l’espace-temps de la marche.
D’autre part, le prétexte science-ficitf ressemble un peu à cela justement, un prétexte, et on se dit que l’histoire fonctionnerait (ou pas) aussi avec une explication plus prosaïque du désastre. L’auteur dit avoir pensé aux Déportés du Cambrien de Silverberg. Euh, non. Il y a bien plus chez le grand Bob.
Enfin, et c’est de l’ordre du détail, moi qui apprécie (et pratique sans vergogne) le name-dropping, j’ai trouvé que là, par la voix de Caius Pontius, c’était quand même un peu trop, il y a une limite à l'étalement de l'érudition (les personnages s'en plaignent, mais le lecteur que je suis s'en plaint aussi). Et je ne parle pas du clin d’œil final.
Il est dommage de n’avoir pas su donner un peu de chair à ces soldats perdus, et un peu de plaisir au lecteur par là même.
Notons que, sur les légions de Varus et la révolte d’Arminius, on peut lire le très beau cycle des Aigles de Rome.
Furor, Fabien Clavel

Commentaires

Efelle a dit…
Dommage, Le Châtiment des Flèches m'avait bien accroché.