De boue et de bois - Olivier Caruso in Bifrost 122

Dans le Bifrost 122, il y a aussi  une nouvelle absolument stupéfiante d'Olivier Caruso. « La chercheuse, surprise, observe le spécimen dans la cave : il mange un porte-bouteille » . C'est sur cet incipit digne des premières phrases du Vieil homme et la guerre , de John Scalzi, que s'ouvre  De boue et de bois , un texte de 24 pages d'une richesse insigne. Epoque victorienne. Angleterre. La chercheuse vit seule avec une domestique dans sa grande maison de famille. Près d'elle, dissimulé, le « spécimen » . Il se nourrit de bois et dit bientôt ses premiers mots !!! Qu'est-il ? D'où vient-il ? Qui sont ces gens ? Quelle est l'histoire de cette femme et de cette famille ? Comment tout cela s'insère-t-il dans l'histoire britannique ? Et en quoi la transforme-t-il ? Ce sont quelques questions, il y en a d'autres dans cette riche nouvelle. On y croise, dans ce qui semblait être une histoire intime – et l'est assurément –, la théorie de l'évol...

Panache blanc


Jusqu’à présent, quand on voulait des informations détaillées sur les supplices appliqués en France aux condamnés, on devait lire Surveiller et Punir de Foucault. Passionnant mais ardu. Maintenant, on peut lire "Récits cruels et sanglants" de Jean d’Aillon, qui joint l’utile à l’agréable d’une manière qu’on peut qualifier de très graphique.
"Récits cruels et sanglants" rassemble trois longues nouvelles prenant place dans la France des guerres de Religion, autour de 1585. Henri III, « le roi bougre », est contesté de partout, Henri IV, déjà roi de Navarre, tente d’asseoir sa légitimité d’héritier réformé face aux manœuvres d’Henri de Guise et de ses Ligueurs catholiques. Comme dans l’Angleterre d’Henri VIII, catholiques et protestants s’affrontent dans une lutte à mort pour la suprématie politique ; contrairement à ce qui se passe en Angleterre, les Guerres de Religion françaises sont de vraies et longues guerres avec batailles et faits d’armes. On sait comment l’histoire se terminera, avec la conversion d’Henri IV, son règne, mythifié par l’historiographie, puis son assassinat par François Ravaillac, après de nombreuses tentatives organisées par des ultras catholiques qui avaient trop lu Saint Thomas d’Aquin. On pourra d’ailleurs retourner à « Surveiller et Punir » pour savoir ce qu’il advint de Ravaillac, coupable du crime le plus atroce qui se puisse imaginer à l’époque.
Dans "Récits cruels et sanglants", Jean d’Aillon, après ses écrits médiévaux, décrit une période charnière où la Renaissance n’a pas encore mis le Moyen-Age sous l’éteignoir. On porte épée et mousquet, armure et fraise. On croise un escroc et un assassin dans la première histoire, un machiavélique faussaire dans la seconde, et un bandit de grand chemin qui s’en prend aux pèlerins de Compostelle dans la troisième. D’Aillon est toujours aussi précis et documenté dans ses descriptions. Sans oublier de fournir un whodunit au lecteur avide d’intrigue policière, il brosse en quelques pages l’état de l’industrie textile confrontée aux désordres de la guerre civile ainsi que la situation des marchés et foires médiévaux, ou il décrit le marché des attestations de pèlerinage et le métier de quéreur de pardons, entre autres. Il le fait de manière détaillée, sans craindre la crasse, le sang, la gangrène, et la cruauté, caractéristiques de l’époque.
Après avoir guidé les lecteurs à travers le début du bas Moyen-Age dans ses trois romans sur Guillem d’Ussel, l’auteur les emmène dans ce qui en est la fin, avec ce recueil et les trois romans (sur la guerre des trois Henri) qui y sont associés. Alliant toujours plaisir et apport culturel, "Récits cruels et sanglants" ne peut que satisfaire l’amateur de policiers historiques.
Récits cruels et sanglants, Jean d'Aillon

Commentaires

Efelle a dit…
Ce n'ai pas la première fois que tu attire mon attention sur cet auteur, j'y viendrai, un jour. :)
Gromovar a dit…
Si tu décides d'y venir un jour, commence par les romans.
Ankya a dit…
Il se trouve dans ma PAL, acheté tout récemment.
Gromovar a dit…
Rapide et plaisant à lire.