Membre fantôme - Brian Evenson - Retour de Bifrost 119

En 2003, Brian Evenson frappait un grand coup littéraire avec sa novella The Brotherhood of Mutilation . Six ans plus tard, il donnait de ce texte une version longue avec le roman Last Days (sorti en français sous le titre La Confrérie des mutilés) . On y suivait les traces de Kline, un détective amputé du bras à la suite d'une affaire qui avait mal tourné, engagé pour trouver le coupable du meurtre du fondateur d'une secte inconnue jusqu'alors : La Confrérie des mutilés. D'investigations en interrogatoires (soumis à des contraintes aussi absurdes qu'invincibles) , Kline finissait par découvrir l'identité du meurtrier. Surtout, il se trouvait contraint de plonger dans un univers délirant et fanatique, un monde dans lequel les croyants amputent volontairement des parties de leur corps – le plus de parties étant le mieux, signe de foi et donc d'influence supérieures. Le monde clos des mutilés est religieux, paranoïaque, violent, organisé suivant une logique a...

Angle Mort 5


Angle Mort n°5 est disponible sur le site du webzine.
Je crois que le meilleur, encore une fois, c'est l'édito. D'une grande intelligence, il est passionnant.

Puis,

"Le punisseur", de Jean-Marc Agrati, est un très beau texte, mêlant passé, présent, futur, dans une ambiance oscillant entre "Le Roi des aulnes" et le splatterpunk. Manque une vraie tension narrative dans ce texte qui, du fait de sa brièveté évoque plus le kinétoscope que le cinéma. Je suis convaincu qu'il fait mieux dans les nouvelles qu'ils rassemblent en recueil.

"Porté disparu" de Lauren Beukes est un efficace texte de science-fiction militaire qui pêche néanmoins par la transparence symbolique de ce qu'il veut dénoncer.

"L’IA qui écrivait des romans d’amour", d'Olivier Paquet est un texte indigeste à force d'être démonstratif. Sur le thème de l'IA qui ne veut pas mourir, j'ai déjà lu bien plus émouvant, en particulier le Epoch de Cory Doctorow, sur l'IA tout court il y a le Chiang ou le Egan. Bon, on ne peut pas toujours être original. Mais la lourdeur redondante de la démonstration m'a tuer (!) et m'a donné les plus grandes inquiétudes sur l'opinion que Monsieur Paquet se fait de mon intelligence. Parler des commanditaires du labo de recherche dans lequel vit l'IA et de leurs objectifs économiques, de la bottom line du compte de résultat, ad nauseam, est pénible au point de m'avoir rappelé le théatre d'intervention des années 70.

Enfin, "Treize vues des bas-fonds", de William Gibson. Plaisir d'éditeur d'avoir un inédit de Gibson. Mais l'intérêt de cet inventaire à la Prévert en forme d'expo photo m'a un peu échappé. Je suis peut-être aussi con que les deux auteurs au-dessus ont l'air de le penser.

On achète Angle-Mort (c'est un ordre), et on l'achète pour l'édito et l'Agratti.

Commentaires

Gilles Dumay a dit…
J'ai bien aimé le texte de Gibson ; je ne sais pas si on peut appeler ça une nouvelle. Je trouve que ça vaut le coup de le relire : la seconde fois on n'est plus perturbé par la forme et on peut mieux se concentrer sur les "tableaux". C'est un choix audacieux, malgré le nom et l'aura de l'auteur.
Gromovar a dit…
Allez je la relis ce soir.