Spectres - Thomas Gunzig

Futur pas trop lointain. Léa est une physicienne brillante, de ces esprits qui révolutionnent le monde en initiant ce que Kuhn nommait un changement de paradigme. Ces esprits sont extraordinairement rares ; ils ont façonné l’état de la science telle que nous la connaissons aujourd’hui. Poussée par un mandarin qui l’inspire avant de lui voler sa découverte, Léa met au jour une autre dimension, à côté de la nôtre. D’abord profondément déprimée, Léa est remise en selle par une autre physicienne avec qui elle va travailler à « envoyer » de la matière de notre dimension dans le Plan Dimensionnel Secondaire. Financée à hauteur de plusieurs milliards de dollars par un milliardaire démesuré, l’expérience réussit au-delà de toutes les espérances. On peut envoyer et ramener de la matière entre les plans, on peut aussi le faire avec des êtres vivants sans conséquence négative. Il devient alors temps de rentabiliser l’investissement par l’envoi d’un complexe d’extraction minière lancé da...

Marginal


Brian Hodge est un auteur de fantastique américain, proche de Poppy Z. Brite, assez peu connu en France. C’est dommage.
"Musiques liturgiques pour nihilistes" est un recueil, publié il y a une dizaine d’années par Gilles Dumay pour Bifrost, regroupant cinq de ses nouvelles, une courte mais éclairante préface, et un entretien final avec l’auteur. Parmi les nouvelles, certaines contiennent des éléments clairement fantastiques, dans d’autres c’est la simple étrangeté de la situation qui crée un sentiment d’anormalité. Dans les deux cas c’est réussi, et Hodge sait créer des ambiances qui déstabilisent le lecteur et le sortent de la sécurité de son milieu familier. Ses histoires captivent, happent le lecteur, et ne le lâchent qu’une fois lessivé.
Auteur résolument rock, il décrit des perditions dans un style dur et cru. Perditions d’individus brisés par la vie et en fuite loin d’eux-mêmes, perdition de la misère et de l’errance des enfants pauvres, des mendiants, des déviants, des parias. Il y a toujours des cassures dans la trame biographique des personnages de Hodge, une désadaptation à la norme, ou un décalage d’avec le monde de la lumière. Ses antihéros rodent dans l’ombre, dans les terrains vagues, dans les bidonvilles, dans les ruelles sombres et coupe-gorges, dans un abattoir désaffecté même. Ils font ce qui effraie le commun, dont il n’a même pas connaissance. Ils vont au-delà de la surface des choses, et savent enlever les lunettes obturantes de l’occidentalité pour voir les racines païennes de notre monde.
Les villes sont le second acteur clé des récits de Hodge. Tentaculaires, toujours en croissance, protectrices ou étouffantes, elles recouvrent le monde ancien de leur prosaïsme bétonné. Elles sont le biotope de l’homme moderne, et simultanément ce qui coupe l’humain de sa nature première. C’est sur leur scène déchiquetée que les tragédies contemporaines se jouent.
Le Paradis en voie d’extinction, et son journaliste endeuillé qui découvre une force antique sous la crasse des favélas, Un autre moi, et son histoire étrange de deuil et d’amitié dans le quart-monde, Cénotaphe, où on croise dans l'abime du temps un Homme Vert tellement plus convaincant que celui que James Lovegrove avait malencontreusement placé dans Royaume Désuni, Tendres holocaustes, faustien et post atomique, et le magistral Musiques liturgiques pour nihilistes, dans lequel un cadavre en odeur de sainteté est le point d’ancrage d’un culte dévoyé, sont autant de manifestations de la cassure, du besoin de sécurité et de communauté, de l’affleurement de l’étrange sous le banal. On referme l’ouvrage à regret, en manque d’autres pépites. "Prototype", l’un des romans de Hodge, est d’ailleurs disponible pour Kindle, et il sera sous peu dans le mien.
Musiques liturgiques pour nihilistes, Brian Hodge

Commentaires

Efelle a dit…
Je suis tenté.
Gromovar a dit…
N'hésite pas. En plus ça videra un peu les stocks de Bifrost. Imagine toi que le prix est en franc sur la couverture.