Focus Sworn Soldier - T. Kingfisher

Après Ce qui réveille les morts , la novella de T. Kingfisher qui ressuscitait la tragique Maison Usher, arrivent, ce mois-ci et le prochain, Ce qui dévore la nuit et Ce qui rôde dans les ténèbres , les tomes 2 et 3 de la trilogie Sworn Soldier . Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 125, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…). Je peux au moins donner le résumé du tome 2 car celui-ci est disponible partout (pour le t3, tu n'auras qu'à chercher toi-même, lecteur) : Après les terribles événements survenus au manoir Usher, Alex Easton a l’impression d’avoir survécu à une nouvelle guerre. Ka n’aspire désormais qu’au calme, à la routine et à quelques rayons de soleil. Mais à la demande d’Angus et de Miss Potter, Alex prend la direction du pavillon de chasse familial, niché au coeur des forêts froides et humides de Gallacie. En théorie, même les automnes les plus sombres de Gallacie peuvent être propi...

Marginal


Brian Hodge est un auteur de fantastique américain, proche de Poppy Z. Brite, assez peu connu en France. C’est dommage.
"Musiques liturgiques pour nihilistes" est un recueil, publié il y a une dizaine d’années par Gilles Dumay pour Bifrost, regroupant cinq de ses nouvelles, une courte mais éclairante préface, et un entretien final avec l’auteur. Parmi les nouvelles, certaines contiennent des éléments clairement fantastiques, dans d’autres c’est la simple étrangeté de la situation qui crée un sentiment d’anormalité. Dans les deux cas c’est réussi, et Hodge sait créer des ambiances qui déstabilisent le lecteur et le sortent de la sécurité de son milieu familier. Ses histoires captivent, happent le lecteur, et ne le lâchent qu’une fois lessivé.
Auteur résolument rock, il décrit des perditions dans un style dur et cru. Perditions d’individus brisés par la vie et en fuite loin d’eux-mêmes, perdition de la misère et de l’errance des enfants pauvres, des mendiants, des déviants, des parias. Il y a toujours des cassures dans la trame biographique des personnages de Hodge, une désadaptation à la norme, ou un décalage d’avec le monde de la lumière. Ses antihéros rodent dans l’ombre, dans les terrains vagues, dans les bidonvilles, dans les ruelles sombres et coupe-gorges, dans un abattoir désaffecté même. Ils font ce qui effraie le commun, dont il n’a même pas connaissance. Ils vont au-delà de la surface des choses, et savent enlever les lunettes obturantes de l’occidentalité pour voir les racines païennes de notre monde.
Les villes sont le second acteur clé des récits de Hodge. Tentaculaires, toujours en croissance, protectrices ou étouffantes, elles recouvrent le monde ancien de leur prosaïsme bétonné. Elles sont le biotope de l’homme moderne, et simultanément ce qui coupe l’humain de sa nature première. C’est sur leur scène déchiquetée que les tragédies contemporaines se jouent.
Le Paradis en voie d’extinction, et son journaliste endeuillé qui découvre une force antique sous la crasse des favélas, Un autre moi, et son histoire étrange de deuil et d’amitié dans le quart-monde, Cénotaphe, où on croise dans l'abime du temps un Homme Vert tellement plus convaincant que celui que James Lovegrove avait malencontreusement placé dans Royaume Désuni, Tendres holocaustes, faustien et post atomique, et le magistral Musiques liturgiques pour nihilistes, dans lequel un cadavre en odeur de sainteté est le point d’ancrage d’un culte dévoyé, sont autant de manifestations de la cassure, du besoin de sécurité et de communauté, de l’affleurement de l’étrange sous le banal. On referme l’ouvrage à regret, en manque d’autres pépites. "Prototype", l’un des romans de Hodge, est d’ailleurs disponible pour Kindle, et il sera sous peu dans le mien.
Musiques liturgiques pour nihilistes, Brian Hodge

Commentaires

Efelle a dit…
Je suis tenté.
Gromovar a dit…
N'hésite pas. En plus ça videra un peu les stocks de Bifrost. Imagine toi que le prix est en franc sur la couverture.