Revue Tina IA - Collectif

  Je ne suis guère partisan de l'autopromo mais, la revue étant collective, je veux signaler ici la sortie du numéro de  la revue Tina  consacrée à l'IA. Je ne citerai personne pour n'oublier personne (sommaire ci-dessous) , je dirai juste ici que les 190 pages de la revue sont bien remplies de fictions autant que de non-fictions, qu'on y croise Ian Soliane ( qui commence à être bien connu des lecteurs de ce blog ) , qu'on y lit de la poésie et qu'on peut même y écouter une bande-son. Le sommaire complet de la revue est disponible là. Allez y jeter un oeil, voire les deux.

Le propre de l'Homme


Wolfgang Sofsky est un professeur de sociologie allemand à l'Université de Munich. Son "Traité de la violence" rassemble huit cours, légèrement remaniés. De ce fait, il n'y a pas d'unité structurelle à l'ouvrage. Huit chapitres, largement indépendants, se succèdent, et c'est le thème abordé, la violence, qui sert de fil conducteur.
Sociologue sans donnée, Sofsky écrit un peu comme un philosophe et c'est à une anthropologie de la violence qu'il nous convie. Chaque chapitre constitue une causerie sur un point précis, proche de ce que ferait un universitaire en petit comité. De ce fait, l'ouvrage est assez inhabituel, ni vraiment un texte académique, ni vraiment un essai. Le style de l'auteur rappelle fortement le Norbert Elias de "La civilisation des moeurs" ou de "La dynamique de l'Occident". Sofsky débute chaque partie par une fable ou un exemple historique pour introduire le propos qu'il va développer dans les pages suivantes, reprenant en cela une méthode utilisée par certains philosophes du passé, notamment Hobbes auquel Sofsky fait implicitement référence.
L'absence de but affiché de l'ouvrage, son aspect fragmenté, déroutent au début. Puis, les pages défilant, on se retrouve happé par la clarté de sa pensée, passionné par son sujet et la maitrise qu'il en étale sous les yeux du lecteur. En huit textes courts il analyse les rapports entre violence, ordre, révolution, arme et violence, violence et passion. Il décrit et distingue les mécanismes de torture, d'exécution, de massacre de masse. Il montre comment ceux qui sont victimes sont changés à jamais (on pense à La jeune fille et la mort de Roman Polansky), et quels sont les processus qui président aux actes violents. Enfin, dans un final lumineux, Sofsky pose se thèse : Culture et Violence ne sont pas antinomiques, au contraire la Culture fournit outils et justification idéologique à ce qui est le propre de l'Homme.
Profondément pessimiste, hobbesien dans l'esprit, le travail de Sofsky remplit une fonction de dévoilement. Après Turner, il n'était plus possible d'ignorer le fog londonien et ses multiples aspects ; après Sofsky, la violence devient une réalité perceptible et compréhensible.
Traité de la violence, Wolfgang Sofsky

Commentaires

arutha a dit…
j'aurais bien été tenté mais j'ai plein de trucs débiles à lire donc beaucoup plus urgents.
Gromovar a dit…
C'est ça le problème avec les livres, pas l'argent mais le temps. Ce qui prouve d'ailleurs que temps et argent sont équivalents.
Gromovar a dit…
Que faut-il en déduire ?
Munin a dit…
Qu'il faut que tu te mettes à bloguer aussi sur de la poésie ?...