Sept Vues sur les gorges d'Olduvaï - Mike Resnick

Les gorges d’Olduvaï en Tanzanie sont l’un des plus importants complexes préhistoriques du monde. Elles sont situées dans la vallée du Grand Rift , un lieu longtemps présenté comme le berceau de l’espèce humaine, celui où une petite bande de primates primitifs aurait mutée sous la pression des changements climatiques et environnementaux induits par la formation de la faille. A l’ouest du Rift, dans un environnement resté humide et arboricole, les primates primitifs auraient évolués en gorilles, chimpanzés et bonobos, alors qu’à l’est, sur une terre transformée en savane sèche, les premiers hominidés, mieux adaptés du fait de leur bipédie, auraient prospéré. Ils seraient donc nos très lointain ancêtres, premiers chaînons d’un modèle monocentrique qui résonne fort avec le darwinisme. Sept vues sur les gorges d'Olduvaï est une novella de Mike Resnick. Multiprimée (Hugo 95, Nebula 95, SF Chronicle 95, Premio Ignitus 96, Ozone 99) , la nouvelle est originale en ceci qu’elle présente u...

Evitez de manger, trop gras, trop sucré, trop salé

"Corpus delicti" est un roman qui avait tout pour me plaire et dont je sors déçu. Dommage. Ecrit par Juli Zeh, une jeune auteure (j’ai une sainte horreur des mots féminisés) allemande, "Corpus delicti" est récemment sorti chez Actes Sud. Dans cet ouvrage, Zeh s’attaque à l’hygiénisme contemporain et en fait l’idéologie politique dominante d’une dystopie proche de nous. Face à l'injonction de santé, une femme résiste, un peu par accident. Le système la broiera. Thème politique, société totalitaire, critique de l’hygiénisme (que je considère comme l'alliance incestueuse entre la forme la plus abjecte de l’idéologie contemporaine de la précaution et l'amour immodéré de soi), "Corpus delicti" aurait, a priori, du me ravir. Il n'en est malheureusement rien. Pourtant, le début s'annonce sous de très bons auspices. Le texte de Zeh amène rapidement de nombreuses références, pertinentes et plutôt intelligemment illustrées : Adam Smith et la théorie de la somme des biens individuels conduisant au bien collectif ; des immeubles communautaires où le contrôle social est permanent (on pense aux chefs d'immeubles des totalitarismes du XXème siècle) ; un système politique, contrôlant même l'intérieur du corps, que n'aurait pas renié l'Hannah Arendt des critères du totalitarisme, mais un totalitarisme soft qui rappelle celui prophétisé par Tocqueville, dans lequel un Etat omnipotent "immense et tutélaire" joue le père dévoyé en empêchant ses "enfants" de grandir ; la récupération des "martyrs" par les groupes terroristes ; le rôle des terroristes comme facteurs de cohésion sociale, rappelant le Goldstein de 1984 par exemple ; le cynisme de ceux qui contrôlent la propagande et qui peuvent se permettre d'expliquer à leurs victimes comment le procès stalinien se déroulera et quel rôle ils devront involontairement y jouer. Défendant son frère mort face à la société, jusqu'à la sienne propre, Mia, l'héroïne du livre, est une Antigone dystopique. Et tout ceci m'agréait. Il y a même des traces d'humour : on se salue en disant "santé" (mais pas au sens de "prost"), on boit des tasses d'eau chaude car le café est nocif. Alors, quel fut donc le problème ? C'est que, rapidement, la forme m'est devenue insupportable. "Corpus delicti" est moins un roman qu'une pièce de théâtre déguisée. 7 personnages, dont un mort et un imaginaire, 4 lieux, 3 voisines servant de choeur antique et 3 policiers comme les gardes de Créon. Aucune transition, aucun extérieur. Chaque chapitre est un acte situé dans un lieu fini et mettant en scène un ou plusieurs des personnages. Je n'ai rien contre le théatre mais j'espérais ici lire un roman. De plus, les personnages (esquissés à la truelle) ne sont pas attachants, ni même vraiment incarnés (paradoxalement l'un des plus vrais est la fille imaginaire avec laquelle converse Mia). On n'éprouve rien pour eux, ni peur, ni joie, ni peine. Enfin, les dialogues et les situations sont rapides, hachés, parfois grandiloquents voire proche du ridicule. Ils semblent être déclamés à la vitesse de l'éclair, comme si Zeh avait avalé une mitrailleuse. Juli Zeh, auteure (beurk !) de blanche, s'essaie à la dystopie avec beaucoup de bonnes idées mais une approche regrettable du genre. "Corpus delicti" est une preuve par l'absurde que la SFFF est un style à part entière, aussi difficile à maitriser que tous les autres. Corpus delicti, Julie Zeh

Commentaires

Cedric Jeanneret a dit…
navré qu'il n'aie pas été à ton gout.
BiblioMan(u) a dit…
Je voulais le lire mais ce que tu relates me reforidit un peu. Sans tomber dans le mélo, en général j'aime que les personnages me touchent aussi par leurs propres émotions. J'aime bien les sentir vivants, quoi !
Gromovar a dit…
@Cédric : Tu n'y es pour rien :-) C'est Juli Zeh qui sera châtiée.

@BiblioManu : Qu'ajouter à ce que j'ai déjà écrit. Ce n'est pas un mauvais livre sur le plan du fond, mais je n'ai vraiment pas apprécié la forme. C'est une vraie pièce de théâtre (tout les chiffres que j'ai cité sont les bons)