Spectres - Thomas Gunzig

Futur pas trop lointain. Léa est une physicienne brillante, de ces esprits qui révolutionnent le monde en initiant ce que Kuhn nommait un changement de paradigme. Ces esprits sont extraordinairement rares ; ils ont façonné l’état de la science telle que nous la connaissons aujourd’hui. Poussée par un mandarin qui l’inspire avant de lui voler sa découverte, Léa met au jour une autre dimension, à côté de la nôtre. D’abord profondément déprimée, Léa est remise en selle par une autre physicienne avec qui elle va travailler à « envoyer » de la matière de notre dimension dans le Plan Dimensionnel Secondaire. Financée à hauteur de plusieurs milliards de dollars par un milliardaire démesuré, l’expérience réussit au-delà de toutes les espérances. On peut envoyer et ramener de la matière entre les plans, on peut aussi le faire avec des êtres vivants sans conséquence négative. Il devient alors temps de rentabiliser l’investissement par l’envoi d’un complexe d’extraction minière lancé da...

Que faire ?


Dans une société médiévale en cours de passage au totalitarisme, des observateurs humains d'origine extra-planétaires, aux pouvoirs immenses, observent, témoignent, tentent de valider des lois historiques empruntant autant au marxisme qu'à la psychohistoire.
Réédition d'un classique de la littérature russe (ou soviétique) ; et ce fascinant roman a le gout de ce qu'il est. Roman russe, il donne à voir une galerie de personnages haut en couleurs s'affrontant dans des dialogues où l'emphase et parfois l'absurde règnent en maitres. Impossible de ne pas penser à Dostoïevsky, par exemple dans "L'Idiot", en ce qui concerne le style des conversations/déclamations. Russe aussi par l'évocation de la forêt, mystérieuse et omniprésente, par la cruauté des nobles dans une société ultra-hiérarchisées, russe enfin par le sens de l'absurde des situations et de la galerie de personnages secondaires incongrus qui peuplent le roman. Soviétique, "Il est difficile d'être un Dieu" l'est par de multiples références à la Russie communiste, les quelques références à Hitler comme Némésis mythique, et le "fascisme" comme archétype de la dictature totalitaire. La société décrite par les auteurs a beau ressembler à celle de Staline, qu'ils connaissent par ailleurs bien mieux, l'ennemi ne peut qu'être fasciste.
Au-delà de la description, déjà vue mais originale par son côté slave, d'une société totalitaire (ici naissante) anéantissant la culture, "Il est difficile d'être un Dieu" vaut par une description fouillée du dilemme de l'observateur. Comment observer sans intervenir ? Comment laisser les lois supposées de l'Histoire écraser des hommes au nom d'un évolutionnisme théorique ? On pense à la Culture de Ian Banks, on pense aussi au cycle de Fondation d'Asimov. Peut-on, doit-on manipuler le développement des sociétés, et si oui, comment le faire ? Comment supporter la vision des lâchetés et des compromissions de ceux qu'on est sensé aimer et qui se conduisent comme des merdes pour sauver encore quelques temps leur misérable vie ? Seuls les plus froids survivront à cette épreuve. Les plus humains meurent ou deviennent fous. Le destin de combien de journalistes ou de casques bleus ?
Il est difficile d'être un Dieu, Arkadi et Boris Strougatski

Commentaires

Efelle a dit…
Encore un qui est dans la pile, au vu du sujet j'ai en effet pensé à la Culture, découverte récemment en ce qui me concerne.
Gromovar a dit…
Bonne lecture prochaine. C'est un livre exotique et agréable (et en plus vite lu).