Le cauchemar d'Innsmouth - Tanabe d'après Lovecraft

Quelques mots, encore une fois, sur le dernier volume paru de l'adaptation des œuvres de Lovecraft par Gou Tanabe. " Le cauchemar d'Innsmouth ", écrit en 1931 et publié en 1936, est de tous les écrits de Lovecraft le seul qui fut publié au format ouvrage (donc pas en revue) de son vivant, c'est aussi l'un des plus célèbres. Il sort aujourd'hui au format manga et rejoint une collection qui commence à devenir tout à fait intéressante par sa taille et sa sélection de textes. L'histoire de la ville d'Innsmouth et de son visiteur impromptu est connue ; on peut aussi la découvrir en cliquant ici (conseil : la version anglaise de la page est bien meilleure) , ou, mieux, en lisant le manga. Je ne reviens donc pas sur l'intrigue et parlerai ici de l'adaptation. Un seul mot : MAGNIFIQUE. Je me demande si ce n'est pas la meilleure de la série, alors même que le niveau de la compétition est très haut. Dans " Le cauchemar d'Innsmouth &qu

Que faire ?


Dans une société médiévale en cours de passage au totalitarisme, des observateurs humains d'origine extra-planétaires, aux pouvoirs immenses, observent, témoignent, tentent de valider des lois historiques empruntant autant au marxisme qu'à la psychohistoire.
Réédition d'un classique de la littérature russe (ou soviétique) ; et ce fascinant roman a le gout de ce qu'il est. Roman russe, il donne à voir une galerie de personnages haut en couleurs s'affrontant dans des dialogues où l'emphase et parfois l'absurde règnent en maitres. Impossible de ne pas penser à Dostoïevsky, par exemple dans "L'Idiot", en ce qui concerne le style des conversations/déclamations. Russe aussi par l'évocation de la forêt, mystérieuse et omniprésente, par la cruauté des nobles dans une société ultra-hiérarchisées, russe enfin par le sens de l'absurde des situations et de la galerie de personnages secondaires incongrus qui peuplent le roman. Soviétique, "Il est difficile d'être un Dieu" l'est par de multiples références à la Russie communiste, les quelques références à Hitler comme Némésis mythique, et le "fascisme" comme archétype de la dictature totalitaire. La société décrite par les auteurs a beau ressembler à celle de Staline, qu'ils connaissent par ailleurs bien mieux, l'ennemi ne peut qu'être fasciste.
Au-delà de la description, déjà vue mais originale par son côté slave, d'une société totalitaire (ici naissante) anéantissant la culture, "Il est difficile d'être un Dieu" vaut par une description fouillée du dilemme de l'observateur. Comment observer sans intervenir ? Comment laisser les lois supposées de l'Histoire écraser des hommes au nom d'un évolutionnisme théorique ? On pense à la Culture de Ian Banks, on pense aussi au cycle de Fondation d'Asimov. Peut-on, doit-on manipuler le développement des sociétés, et si oui, comment le faire ? Comment supporter la vision des lâchetés et des compromissions de ceux qu'on est sensé aimer et qui se conduisent comme des merdes pour sauver encore quelques temps leur misérable vie ? Seuls les plus froids survivront à cette épreuve. Les plus humains meurent ou deviennent fous. Le destin de combien de journalistes ou de casques bleus ?
Il est difficile d'être un Dieu, Arkadi et Boris Strougatski

Commentaires

Efelle a dit…
Encore un qui est dans la pile, au vu du sujet j'ai en effet pensé à la Culture, découverte récemment en ce qui me concerne.
Gromovar a dit…
Bonne lecture prochaine. C'est un livre exotique et agréable (et en plus vite lu).