La Dame de la Seine - Claire Duvivier

Chronique inquiète et, de fait, raccourcie (mon blog est resté 24 heures ni mort ni vivant, tel le Chat de Schrödinger, ce qui m’a perturbé un peu) . 1593, Christopher Marlowe est un jeune Anglais qui cumule les rôles de poète et d’espion de la couronne anglaise. Pour fuir une vilaine affaire, il est emmené en mission secrète à Paris par son supérieur, protecteur et ancien amant, Thomas Walsingham, membre du Conseil privé et neveu du défunt maître espion Francis Walsingham . A peine arrivé à l’ambassade anglaise, le duo tombe sur le cadavre pendu du gardien de l’établissement, Olivier. Une coïncidence trop grosse pour être catholique. Il faudra donc enquêter sur cette affaire afin de voir en quoi elle peut interférer avec la mission des deux Anglais, d’autant plus que Thomas connaissait et appréciait Olivier. Marlowe découvre une ville qu’il ne connaissait pas, habitée par la méfiance, la peur et le rigorisme de la Ligue, une ville pleine de mystères et de vieilles rancœurs. La Dame d...

Cantos


Imaginez un Robert Silverberg noir, homosexuel, et militant, et vous obtenez Samuel R. Delany. Si vous avez un tant soit peu d'amour pour la SF des années 60, vous ne pouvez pas passer à côté. Et, ça tombe bien, Bragelonne a publié récemment un beau recueil contenant deux romans et cinq nouvelles qui ont gagné, à eux tous, plein d'Hugo et de Nebula.
C'est du space-op classique, c'est à dire qu'il ne faut pas chercher une grande vraisemblance scientifique. La hard-science est encore loin, même si Delany préfigure les prises neurales du cyberpunk avec ce qu'il nomme les "douilles", et dont la fonction est d'interfacer les hommes avec des machines.
Pourquoi faut-il lire Delany alors ?
D'abord il est caractéristique de l'avenir tel qu'on le voyait dans les années 60 (en cela il ressemble beaucoup à Silverberg). Les mondes qu'il décrit pratiquent l'amour libre, les modes vestimentaires y sont chatoyantes, colorées et baroques, les fêtes sont nombreuses et baignées de sons et lumières psychédéliques, les prises de drogue ajoutent à la sauce. C'est un mélange de flower power et d'avant-garde qui a peuplé l'univers, ou au moins la frange la plus élitiste de sa population. On y rencontre des chanteurs, des musiciens ; certains se disent jongleur (Majipoor ?). On aime ou pas. Ce n'est pas kitsch, c'est vintage.
Ensuite, et là Delany est supérieur à Silverberg, les héros de ses récits sont souvent des intellectuels ou des artistes qui apportent un regard et un questionnement sur le monde et leurs actes. Ils sont dans le monde et y agissent, mais ils sont aussi simultanément en méta-position.
La conséquence logique des intérêts de Delany est l'importance fondamentale qu'il accorde aux dialogues. Les situations se comprennent et se résolvent d'abord par la conversation. Il y en a tellement, et de tellement longues, qu'on a parfois l'impression agréable de lire des pièces de théatre. Et pourtant, ceci n'enlève rien aux grandes qualités poétiques des descriptions qui plantent les décors. "Chants de l'espace" est bien écrit (et on peut l'imaginer bien traduit, malgré que chaque texte ait son propre traducteur).
Le langage et son pouvoir est au coeur de l'oeuvre de Delany. C'est le langage qui structure la pensée, c'est par le langage qu'on peut changer la réalité, au sens propre du terme. Le langage est à la fois le véhicule de la connaissance et l'outil de programmation de la machine cérébrale. On peut s'amuser à trouver plein de points communs avec "1984", avec la "Genèse", avec "Terremer", etc... Delany est un intellectuel qui pense que ce sont les intellectuels ou les artistes qui gouvernent le monde, même si c'est par des voies obscures, détournées, et de long terme (on pense à "Fondation").
Ce recueil est à la fois intéressant du point de vue de l'histoire de la littérature de SF, et souvent plaisant comme divertissement. Sautez sur l'occasion de joindre l'utile à l'agréable !
PS : Samuel R. Delany a plus tard écrit "Hogg". Par égard pour mes plus jeunes lecteurs, je vous laisse le soin de chercher, mais si vous cherchez du très (trop) original...
Chants de l'espace, Samuel R. Delany

Commentaires

Aigo a dit…
J'avais lu le premier tome du cycle de Toron quand j'étais au secondaire. Je ne me souviens plus très bien de l'histoire, mais ça m'avait laissé une telle impression de ridicule consommé et mal écrit que je n'étais pas allé plus loin. Étais-je encore trop jeune pour lire Delany? Ou j'ai juste des goûts différents concernant ce monsieur?
Gromovar a dit…
Pour le cycle de Toron, je ne sais pas.
Il est clair qu'il faut abandonner tout espoir de suspension d'incrédulité. Mais le monde décrit est baroque et flamboyant. Je me suis bien éclaté.
Pour un nouvel essai, "Nova" est IMHO le meilleur choix.