Mickey7 - Edward Ashton - Retour de Bifrost 119

Mickey7 est le roman SF de Edward Ashton qui a inspiré le film Mickey17 de Bong Joon-ho. Il raconte l'histoire de Mickey Barnes et de ses clones successifs lors d'une mission de colonisation sans retour de la planète Niflheim. Clones successifs car Mickey Barnes est un Consommable, volontaire pour effectuer les missions suicides exigées par les imprévus de la colonisation. Un drôle de job certes, mais un job rendu possible par la certitude qu'après sa(ses) mort(s) presque certaine(s) il sera reconstitué, souvenirs intacts ou presque, à partir du stock de protéines de la colonie ; et s'il a demandé ce misérable emploi c'est qu'il doit fuir d’urgence son monde d'origine à cause d'une énorme dette impayée. Outre le caractère douloureux et un peu dégradant de la fonction, Mickey a de nombreux autres problèmes : d'abord la planète Niflheim se révèle bien moins hospitalière que prévu, ensuite la mission comprend un pourcentage non négligeable de « natali...

Mille et un jours


Il y a de bons livres et il y en de beaux. "Chroniques des années noires" de Kim Stanley Robinson fait partie des deux catégories.
Début du Moyen-Age, la peste noire élimine la totalité de la population européenne. De cette date à nos jours, Robinson dépeint le monde alternatif qui résulte de cette catastrophe. Deux civilisations dominent et progressent en parallèle, la chinoise et la musulmane. Aux côtés des plus modestes sociétés indiennes, améridiennes, mongols, et japonaises, elles créent une histoire différente de celles que nous connaissons. Les passages obligés sont similaires car le monde sur lequel vivent ces gens est le nôtre et que les lois physiques n'ont pas changé avec la mort de l'Europe, mais ils se produisent dans des circonstances autres, et dans des organisations politiques et des superstructures idéologiques qui ne sont pas celles qu'a créées, dans notre réalité, la civilisation européenne chrétienne.
Nous sommes donc ici dans l'uchronie et Robinson est loin d'être le seul à en écrire. Mais par delà le simple plaisir du "Qu'est ce qui se serait passé si..." qui est l'essence du genre, "Chroniques des années noires" est un roman fascinant. Sur le plan narratif d'abord, l'ouvrage se compose d'une série de tableaux situés à des époques différentes et de plus en plus proches de la nôtre. Pour coudre ce décousu, l'auteur a eu une idée que je trouve particulièrement réussie. Reprenant à son compte le principe bouddhiste des incarnations successives il fait visiter l'histoire du monde par le même groupe d'incarnations qui d'époque en époque se réincarnent dans des corps et des destins différents, y compris animal. Liant les tableaux, il y a donc une méta-histoire qui est celle du groupe des réincarnés (une sorte de jati) qui au fil des siècles prennent conscience de leur communauté de destin. Les positions changent, les rôles changent, mais l'essence des protagonistes reste la même, ce qui fait que, progressivement, ils parviennent à se reconnaitre, jusqu'à une "Grande Guerre" presque éternelle, inspirée de 14-18, qui se passe simultanément sur le plan de la réalité et sur celui des âmes dans un corps descriptif très onirique. D'une écriture très érudite et parfaitement documentée, Robinson passe en revue quantité de concepts philosophiques ou religieux par le biais d'illustrations concrètes ou de longs dialogues d'une grande pertinence et d'un intérêt certain. Sur le plan stylistique ensuite, ce roman est un beau roman. Il est magnifiquement écrit, à la manière d'un conte, sans souci excessif de réalisme formel, et avec des variations de style d'une époque à l'autre. On ne peut s'empècher de penser à la traduction classique des "Mille et une nuits" par Antoine Galland. Les phrases sont belles et donnent envie d'accélerer la lecture pour en profiter plus.
"Chroniques des années noires" est donc une réussite à la fois intellectuelle et esthétique qui enchante simultanément le coeur et l'esprit.
Chroniques des années noires, Kim Stanley Robinson

L'avis de Tigger Lilly

L'avis d'Arutha

L'avis d'Efelle

L'avis de Lhisbei

Commentaires

Anonyme a dit…
Ouep, une superbe uchronie, et peut-être même la meilleure que j'aie jamais lue.
Aigo a dit…
après vérification sur wikipédia: Ah! il me semblait bien que c'était le nom de l'auteur de Mars la Rouge. (par contre, "Kim", jusqu'à maintenant, m'avait faussement induit à penser que c'était une femme).

Eh bien, cette uchronie semble passionnante. Dommage que j'ai peu de temps pour lire des fictions ces temps-ci... peut-être que je pourrais l'acheter pour lecture ultérieure?
Gromovar a dit…
D'autant que ça fait plus de 1000 pages. Désolé.
Anonyme a dit…
Et une chronique digne de ce bel ouvrage. Félicitations.
Anonyme a dit…
Bonsoir
Tout à fait d'accord avec vous
Par contre la traduction du titre m'a laissé rêveur : comment est-on passé de "The years of rice and salt" à "Chroniques des années noires" ?
Un peu tendancieux non ?
Cordialement
Uglah
Gromovar a dit…
Il y a longtemps que je ne cherche plus à comprendre les traductions. Certes, traduire "years of salt and rice" par "années noires" peut être considéré comme insultants pour nos amis musulmans et chinois. Mais les traductions sont parfois tellement aberrantes qu'il est possible que ce soit simplement une référence ratée à la peste noire qui initie l'histoire.