L'Homme sans tête - Gene Wolfe

Dans le Bifrost 124 , il y a les rubriques habituelles. Critiques des nouveautés, scientifiction (dans laquelle Roland Lehoucq décortique le film Projet Dernière Chance ) , etc. Il y a un édito d'Olivier Girard qui parle de confiance dans le monde du livre, confiance entre les petites mains, par-delà la valse des généraux, confiance qui permet de travailler et de continuer à le faire en dépit des vicissitudes capitalistiques. Chroniquant le Trois Oboles pour Charon de Frank Ferric, j’écrivais « L’absurdité du conflit des hommes est le seul spectacle que l’éternité lui offre » . Je m’y tiens. Dans le Bifrost 124 , il y a un volumineux dossier sur le très prolifique et insaisissable Antoine Volodine. L’homme a ses fans, je n’en suis pas, je n’ai donc pas grand-chose à en dire si ce n’est que le dossier semble vraiment très complet, comprenant notamment une longue interview réalisée par Hugues Robert. Il y a aussi dans le Bifrost 124 , une très courte nouvelle de Gene Wolfe. L’H...

Haunted Mansion über alles


Parution en France du premier roman traduit de Cory Doctorow. "Dans la dèche au royaume enchanté", au titre inspiré de George Orwell, prouve de manière éclatante le talent visionnaire de son auteur. Ecrit en 2003, il est validé par l'évolution socio-technique des 5 années qui se sont écoulées depuis. A quoi ressemble le monde dans cet ouvrage ? La société a été radicalement transformée par deux innovations : les implants neuraux qui permettent d'accéder au réseau de quelque endroit qu'on soit et l'énergie gratuite qui assure un minimum vital confortable à tous sans travailler. C'est donc une société d'artistes et d'hédonistes où la poursuite de la réalisation personnelle est le seul objectif. Jusque là vous me direz, "Rien n'est validé par la réalité". Vous aurez raison. Mais j'y viens. Dans cette société égalitaire le surplus se mérite. Chacun a un score personnel de "whuff", accessible instantanément par tous, qui mesure sa popularité (pensez aux hits des blogs, au score de satisfaction sur Ebay ou autre choses du même genre). Ces points peuvent être consommés pour obtenir plus que son allocation normale. Il faut être populaire pour être riche (Pensez à la malheureuse Cindy Sander !). Il faut aussi être populaire pour avoir un poids politique dans les décisions qui sont prises démocratiquement dans les "adhocratie". Qu'est donc cet étrange régime politique ? Poussant au bout la prédiction de Tocqueville sur l'individualisme, Doctorow décrit un monde où plus rien de global n'existe et où les individus se regroupent dans de petits groupes dédiés à une cause, si futile soit-elle (ça évoque immanquablement les newsgroups ou les sites spécialisés). Le héros du livre par exemple appartient à une adhocratie dont la mission est de faire fonctionner et d'améliorer l'attraction de la maison hantée à Disneyworld. Ces adhocraties sont naturellement participatives à l'extrême (kikoo Ségo) avec l'inévitable défaut de la participation (5 ans pour tomber d'accord sur un projet de rénovation de la "Haunted Mansion").Elles sont également particulièrement versatiles, rien n'étant plus retournable que le sentiment général. Enfin Doctorow décrit de manière pertinente, par le biais d'une panne du système informatique du héros qui l'empèche de se connecter pendant plusieurs semaines au réseau global, la fracture qui existe de plus en plus entre ceux qui ont un accès facile aux réseaux et ceux qui en sont dépourvus.
Moins percutant que son recueil de nouvelles "Overclocked", "Dans la dèche au royaume enchanté" est particulièrement recommandé à ceux qui veulent lire du Doctorow en français, sauf s'ils sont particulièrement allergiques à la soft-SF sans grande rationnalité scientifique à la "Brave new world".
Dans la dèche au royaume enchanté, Cory Doctorow

La critique d'Efelle

Commentaires

Anonyme a dit…
Gromovar, il me tente bien ce bouquin, depuis le temps que je le vois traîner dans les piles des librairies.
Gromovar a dit…
La spéculation est passionante, l'histoire un poil moins, mais c'est le premier texte traduit de Doctorow alors c'est sans doute une bonne idée de l'avoir.