On verra bien - Christophe Siébert

Après le lumineux Mickey et le Roi des pirates dans lequel tout finit par s'arranger, redescente sur Terre avec On verra bien de Christophe Siébert. Nouvelle déjà ancienne de Siébert, On verra bien  s'est appelée Tu es une pute avant d'être mertvecgorodisée. Elle est publiée aujourd'hui par la maisonette d'édition Ours . On verra bien commence mal, se poursuit mal, finit mal. C'est triste, crade, et malheureusement pas spécifique à Mertvecgorod. 20 pages d'abjection où se croisent dissociation, acceptation, et une modeste révolte ; mais reprochera-t-on à quelqu'un de n'aller pas plus loin que le maximum de ce qui lui est possible ? Cette petite histoire (format A6) qui rappelle qu'il vaut parfois mieux n'être la princesse de personne est publiée dans une version amoureusement cousue main par les amicaux tenanciers de la maison Ours. Un joli petit écrin pour une bien vilaine histoire, et une maisonette d'édition très sympathique qui p...

Haunted Mansion über alles


Parution en France du premier roman traduit de Cory Doctorow. "Dans la dèche au royaume enchanté", au titre inspiré de George Orwell, prouve de manière éclatante le talent visionnaire de son auteur. Ecrit en 2003, il est validé par l'évolution socio-technique des 5 années qui se sont écoulées depuis. A quoi ressemble le monde dans cet ouvrage ? La société a été radicalement transformée par deux innovations : les implants neuraux qui permettent d'accéder au réseau de quelque endroit qu'on soit et l'énergie gratuite qui assure un minimum vital confortable à tous sans travailler. C'est donc une société d'artistes et d'hédonistes où la poursuite de la réalisation personnelle est le seul objectif. Jusque là vous me direz, "Rien n'est validé par la réalité". Vous aurez raison. Mais j'y viens. Dans cette société égalitaire le surplus se mérite. Chacun a un score personnel de "whuff", accessible instantanément par tous, qui mesure sa popularité (pensez aux hits des blogs, au score de satisfaction sur Ebay ou autre choses du même genre). Ces points peuvent être consommés pour obtenir plus que son allocation normale. Il faut être populaire pour être riche (Pensez à la malheureuse Cindy Sander !). Il faut aussi être populaire pour avoir un poids politique dans les décisions qui sont prises démocratiquement dans les "adhocratie". Qu'est donc cet étrange régime politique ? Poussant au bout la prédiction de Tocqueville sur l'individualisme, Doctorow décrit un monde où plus rien de global n'existe et où les individus se regroupent dans de petits groupes dédiés à une cause, si futile soit-elle (ça évoque immanquablement les newsgroups ou les sites spécialisés). Le héros du livre par exemple appartient à une adhocratie dont la mission est de faire fonctionner et d'améliorer l'attraction de la maison hantée à Disneyworld. Ces adhocraties sont naturellement participatives à l'extrême (kikoo Ségo) avec l'inévitable défaut de la participation (5 ans pour tomber d'accord sur un projet de rénovation de la "Haunted Mansion").Elles sont également particulièrement versatiles, rien n'étant plus retournable que le sentiment général. Enfin Doctorow décrit de manière pertinente, par le biais d'une panne du système informatique du héros qui l'empèche de se connecter pendant plusieurs semaines au réseau global, la fracture qui existe de plus en plus entre ceux qui ont un accès facile aux réseaux et ceux qui en sont dépourvus.
Moins percutant que son recueil de nouvelles "Overclocked", "Dans la dèche au royaume enchanté" est particulièrement recommandé à ceux qui veulent lire du Doctorow en français, sauf s'ils sont particulièrement allergiques à la soft-SF sans grande rationnalité scientifique à la "Brave new world".
Dans la dèche au royaume enchanté, Cory Doctorow

La critique d'Efelle

Commentaires

Anonyme a dit…
Gromovar, il me tente bien ce bouquin, depuis le temps que je le vois traîner dans les piles des librairies.
Gromovar a dit…
La spéculation est passionante, l'histoire un poil moins, mais c'est le premier texte traduit de Doctorow alors c'est sans doute une bonne idée de l'avoir.