Ithaque - Livre Premier - Laurent Mantese

Pour un non-antiquiste, L’Odyssée commence vraiment au chant IX du poème d’Homère. C’est le récit du voyage de retour d’Ulysse vers son foyer d’Ithaque auprès duquel l’attendent, depuis dix ans et son départ pour la Guerre de Troie, son trône, sa femme Pénélope et son fils Télémaque. Un voyage long et tourmenté, plein de merveilles et d’effroi, de périls et de monstres. C’est cette partie aussi que Laurent ‘old Conan’ Mantese a choisi de redire dans son roman Ithaque , dont le Livre Premier vient de sortir. L’histoire, tous la connaissent, ou au moins en ont une idée. Ulysse, le Rusé, est parti pour les rivages de Troie à la tête d’une flotte de douze vaisseaux. Joignant les troupes grecques assemblées autour d’Agamemnon, il est allé reprendre Hélène, la plus belle femme du monde, enlevée par Pâris fils de Priam, et venger l’honneur de son mari Ménélas, et par extension celui de tous les Grecs. Guerre gagnée après dix ans et pléthore de hauts faits, d’aristies et de massacres, Hélèn...

Les femmes d'un coté, les hommes de l'autre


"Micromotives and macrobehavior" est le livre qui a apporté la célébrité à Thomas C. Schelling, quelques années avant qu'il obtienne le prix Nobel d'économie pour son analyse des situations conflictuelles et de la théorie des jeux. Il y décrit longuement et précisément les nombreux mécanismes qui président à l'apparition des effets pervers ou effet émergents dont la sociologie et l'économie sont friandes. Ces expressions désignent toutes les situations dans lesquelles une multitude de décisions prises individuellement forment, en s'agrégeant au niveau global, un résultat collectif qui était non attendu, non voulu, et qui peut même être néfaste ou opposé aux objectifs de ceux qui ont pris les décisions individuelles qui en sont à l'origine.
Tout le monde connait maintenant le dilemme du prisonnier, mais Schelling montre aussi comment des effets émergents sont à l'origine, à partir de règles de décision très simples et non coordonnées, de la valeur d'un actif (voila qui va passionner les financiers), du positionnement d'une audience dans une salle, du taux de remplissage d'un restaurant, de la place que choisissent les convives à table, de l'âge moyen des membres d'une association, etc...
Sa simulation la plus connue, et aux implications absolument fascinantes par leur ampleur, concerne les processus ségrégatifs (entre ethnies, sexe, etc...). Il montre comment l'application, décentralisée individuellement, de règles de décision concernant l'acceptation ou la non-acceptation du voisinage (conduisant au déménagement) aboutit à créer des ghettos mono-ethniques, même à partir de personnes plutôt tolérantes concernant la proportion de personnes différentes qu'elles acceptent dans leur environnement immédiat. Ainsi, lentement, sans plan préétabli ni volonté collective, l'arrivée de voisins différents fait dépasser des seuils locaux de tolérance, ce qui a pour conséquence le déménagement de certains. Cet acte, parce qu'il abaisse la proportion des "nous" et augmente celle des "eux" fait que le seuil de tolérance de personnes plus tolérantes se trouvent dorénavement localement dépassé. Celles-ci vont donc déménager, modifiant encore la proportion, faisant donc passer des seuils et provoquant de nouveaux déménagements, etc... L'aboutissement de ce processus est la ségrégation sur deux zones distinctes des populations considérées.
Une fois ce fait établi, Schelling réalise un certain nombre d'autres simulations pour étudier comment se forment des zones d'habitation uniques ou scindées, comment apparaissent des habitats concentrés ou éparpillés, et toujours comment se regroupent et se séparent spontanément (comme de l'eau et de l'huile dans un verre) les ethnies ou les groupes sociaux (j'ai un ami qui fait les mêmes simulations en finance avec des programmes en Logo (seuls les vieux comme moi et lui se souviennent de ce langage informatique)).
Il y a encore quantité d'autres choses que j'oublie mais soyez assuré que la lecture de ce livre est passionnante et très enrichissante (et ça ne va pas forcément ensemble).
Micromotives and macrobehavior, Thomas C. Schelling

Commentaires

Anonyme a dit…
Il me semble qu’un de mes profs en a parlé , un prof friand de TPE . J’avais entendu parler de schelling, enfin du point de schelling.
Bon il faut que je me raisonne je ne peux pas acheter tous les livres dont vous parlez sur votre blog…non !ce n’est vraiment pas raisonnable…pourquoi je n’arrive plus à être raisonnable.

Ps : le titre de l’article plaira beaucoup à Eric Zemmmour :)
Gromovar a dit…
"Les femmes d'un coté, les hommes de l'autre" c'est la topologie standard des tables de repas de fête dans le Sud de la France ;-)
Anonyme a dit…
non, chez nous les hommes mangent dans la cuisine.
tiberix a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
tiberix a dit…
Pour ceux qui n'ont pas le temps ou la motivation de lire Schelling, je vais vous donner deux prétextes pour tromper votre sens commun et le lire, ce livre.

1. Le type de raisonnement parfaitement non orthodoxe de Schelling, est typiquement ce qui différencie le discours du bar du commerce, d'une vraie recherche de sens. Face à une situation posée et une solution évidente (des habitants isolés par origine ethnique et le racisme), nos certitudes immédiates, directes, évidentes, s'en prennent plein la figure. Du coup on suit Schelling, on admet, on s'éclaire, on se demande quelles autres proportions de nos savoirs tellement automatiques qu'ils en sont reptiliens, sont prêts à se reconfigurer, dans la lumière de ce type de littérature.

2. L'introduction, où Schelling nous explique comment le fait que lors d'une de ses conférences les étudiants se retrouvèrent tous assis dans la moitié du fonds d'un amphithéâtre, est une plongée directe dans l'esprit de ce monsieur. Autour d'une anecdote un tantinet banale, nous avons droit à un Space Mountain (tm) intellectuel passionnant.

Donc globalement : miam !
Celvec a dit…
Et en français, quelqu'un a une idée de son existence ?

Adrien.
Gromovar a dit…
"Les macroeffets de nos microdécisions" chez Dunod, 19 €.