Après un premier album déjà consacré à ressusciter un Universal Monster, en l’occurrence Dracula, James Tynion IV revient à l’exercice avec cet Homme invisible, réalisé avec Dani aux pinceaux.
Mais ici c’est une sorte de préquel au film de 1933 que propose Tynion, contrairement à ce qu’il avait fait pour son adaptation précédente.
Début du XXe siècle. Jack Griffin est un obscur chimiste. Il travaille comme assistant dans le laboratoire du docteur Cranley où il mène aussi, secrètement, ses propres expériences. Grâce à une substance appelée monocaïne, Griffin parvient à transformer profondément la physiologie de ses cobayes, les rendant plus intelligents et plus agressifs qu’ils ne l’étaient auparavant, et surtout invisibles.
Testant ses dosages sur des mammifères de plus en plus gros et proches de l’humain, Griffin avance à grands pas dans ses recherches, au prix d’arrangements de plus en plus grands avec la morale.
Au début du film de 1933, Griffin est déjà devenu invisible. Le sérum a en outre rendu passablement malveillant cet homme, à l’origine plutôt affable. Cette transformation par rapport au roman d’H. G. Wells répond à une demande du studio Universal (cf. entretien conclusif) dans l’objectif de rendre le personnage présentable en faisant de lui une victime de sa passion scientifique.
Tynion revient à l’esprit du roman en décrivant un chercheur psychopathe, paranoïaque et mégalomane. Griffin est un menteur et un manipulateur, convaincu que les autres le méprisent alors qu’il leur serait infiniment supérieur, et incapable d’empathie, possédé qu’il est par un auto-apitoiement constant qu’alimente son égocentrisme forcené. C’est à une lente dérive qu’assiste le lecteur de l’album, vers toujours plus de folie et d’immoralité, jusqu’à l’irréparable.
Si le scénario est très satisfaisant, le dessin est plus contestable. Il y a dans les graphismes de Dani de vrais moments marquants – à chaque fois que les traits de Griffin expriment la folie malfaisante qui l’habite – mais aussi une imprécision du dessin qui est toujours dérangeante lorsqu’elle conduit à s’interroger quelques secondes sur l’identité d’un protagoniste ou à reprendre une scène peu claire.
L’album est intéressant néanmoins. Les deux adaptations réalisées par James Tynion IV sont les meilleures des quatre parues pour le moment. Ce n’est guère étonnant.
L’Homme invisible, Tynion IV, Dani

Commentaires