The Tinder Box - MR Carey


The Tinder Box (Le Briquet en français) est un conte de Hans-Christian Andersen.

En voici un résumé :
Un soldat rencontre une sorcière qui lui demande de récupérer un vieux briquet caché dans un arbre creux. Au fond de l’arbre, il découvre trois coffres remplis de cuivre, d’argent et d’or, gardés par d’immenses chiens. Il s’empare de l’or et du briquet, puis tue la sorcière lorsqu’elle refuse de lui révéler le pouvoir de l’objet.
Arrivé en ville, le soldat mène une vie luxueuse jusqu’à ce qu’il ait dépensé toute sa fortune. Il découvre alors que le briquet permet de faire apparaître les chiens, qui obéissent à tous ses ordres. Il leur demande notamment de lui apporter une princesse enfermée par ses parents, car une prophétie annonce qu’elle épousera un simple soldat.
Le roi et la reine finissent par découvrir le soldat et le condamnent à mort. Au moment de son exécution, celui-ci utilise le briquet pour appeler les trois chiens. Ils le sauvent, renversent le roi et la reine, et dispersent leurs soldats. Le soldat devient alors roi et épouse la princesse.
Voilà.

M.R. Carey en propose aujourd’hui sa propre version, largement remaniée, avec ce Tinder Box récemment sorti.
Trigger Warning :) je dévoile une partie de l’intrigue du roman.

Dans The Tinder Box, Carey reprend le soldat, la sorcière et le briquet magique mais, de ce récit d’invocation qui ressemblait furieusement à l’histoire d’Aladin, il ne garde pas grand-chose d’autre.
Dans The Tinder Box, qui se passe dans une sorte de XIXe siècle alternatif, Mag, le soldat, rentre de la guerre après avoir été démobilisé suite à une blessure.
Il retrouve un pays appauvri que la guerre a privé de la plupart de ses jeunes hommes.
Cherchant un emploi alors qu’il n’a ni ami ni famille, il est embauché comme homme à tout faire par Jennae, une veuve qu’on dit, à juste titre, sorcière. Alors que les rapports des deux sont tout juste cordiaux, voilà que tombe du ciel un démon (oui !) qui meurt dans le jardin de la veuve. Celle-ci ordonne alors à Mag d’aller chercher sur le corps en décomposition rapide du démon tous les objets qu’il porte afin de les lui rapporter, elle-même ne pouvant pas approcher d’un cadavre protégé par des barrières magiques.
Mag donne, comme convenu, tout ce qu’il a trouvé mais décide de garder pour lui un briquet qu’il trouve à son goût. Peu après, sûr que la sorcière a découvert son larcin, il fuit le plus vite et le plus loin qu’il peut. Il découvre peu après que le briquet est magique et permet d’invoquer trois démons aux pouvoirs et aux personnalités bien particulières. Que faire de ce pouvoir ? D’autant que Jennae, revenue de sa surprise, s’est lancée à la poursuite de celui qui lui a dérobé l’objet le plus puissant de la collecte, avec la ferme intention de faire payer le voleur.

The Tinder Box est un bel roman pour belles personnes.
Parlons forme d’abord. Trois fils, dont un au moins mêle passé et présent. Un début un peu lent, qui peine à accrocher du fait, notamment, des changements de rythme et de fil. Puis une deuxième partie qui accélère et n’est pas déplaisante à lire. On n’y trouve néanmoins pas l’humour caustique qui caractérise une bonne part de l’œuvre de Carey.

Ceci, à mon avis, car ici – parlons fond maintenant – Carey veut faire œuvre sérieuse, dire des choses (importantes et belles). Il livre de ce fait un roman que j’ai trouvé regrettable dans son excès de bienveillance assumée qui vire parfois, imho, à la puérilité.
D’abord le personnage de Mag est d’une telle bonté et d’une telle honnêteté qu’il en est presque incroyable – Carey semble faire amende honorable de ses œuvres précédentes en livrant ici l’anti-Lucifer. Nietzsche écrivit « Au fond, il n'y a qu'un seul chrétien, et il est mort sur la croix. », j’ai rencontré le second, il s’appelle Mag.
Puis le récit, à l’avenant. Guerre éternelle déclenchée par le roi inepte du pays, guerre aux sorcières qui sont capturées puis brûlées vives, inégalités criantes entre haut et bas de la société, tout est souligné à si gros traits que c’en est presque gênant.

Il y a donc une guerre (c’est mal), une chasse aux sorcières (c’est mal), des inégalités de genre (c’est mal), des violences domestiques (c’est mal), un sorcier prêt à tout pour conquérir le pouvoir (c’est mal), les démons emprisonnés qui sont, de fait, des esclaves (c’est mal). Face à ces tombereaux d’iniquité, on trouve le bon Mag qui va régler tous ces problèmes puis la sorcière qui a beaucoup souffert et réalisera peu à peu qu’il vaut mieux faire le bien et s’ouvrir à l’autre, sans oublier des démons qui, en fait, sont aussi des rebelles en lutte contre la guerre éternelle dans les cieux et vont, peu à peu, devenir amis avec les mortels qui les ont, d’abord, subjugués – avant de les libérer, rassure-toi lecteur !

Il y aura donc une révolution qui mettra bon ordre à tout ça, dont, bien sûr, Mag, Jennae et les démons seront à l’initiative. Et après maintes péripéties, tout sera bien qui finira bien dans le meilleur des mondes, avec l’instauration d’un genre de république participative dont Jennae est l’une des animatrices. Le tout se termine par un bon repas entre amis, Mag et démons tous unis autour d’une bonne table.

J’oubliais, l’une des trois démons est la gardienne des bêtes infernales qui souffre avec elles quand elles souffrent, un autre est une sorte de colosse destructeur de murailles au grand cœur qui pleure quand il tue. Lui ne repartira pas avec ses deux compagnons pour le militantisme aux enfers (et oui!), il préférera rester sur Terre auprès des enfants qui l’ont adopté (oui!), le décorent de guirlandes de fleurs et l’ont surnommé Bergmönch, le bon géant qui protège les enfants.
Là, les bras m’en seraient tombés s’ils ne l’avaient déjà fait depuis un bon moment.


Voilà, lecteur, si tu ne crains pas de devenir diabétique en t’enfilant autant de sucreries, ce livre est fait pour toi. Moi, je n’en reprendrai pas une deuxième tranche.


The Tinder Box, M.R. Carey

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