Quelques mots pour signaler la sortie de Batman Second Knight chez Urban Black Label.
Nous sommes en 1940, dans l’univers alternatif imaginé par Dan Jurgens et Mike Perkins. Après avoir vaincu des monstres morts-vivants dans l’opus précédent, Batman est confronté à deux redoutables adversaires.
D’abord, celui qu’on nommera le Bourreau commence une campagne de terreur qui lui fait assassiner de manière atroce et très graphique des civils innocents (dans une ville où, habituellement, les morts sont des mafieux, des policiers ou des politiciens corrompus). La peur se répand vite sur la ville car si des braves gens, et même de bons samaritains en l’occurrence, sont enlevés au hasard puis exécutés de sordide manière, alors nul n’est à l’abri. Le commerce se ressent rapidement de l’inquiétude grandissante car plus personne n’ose sortir seul ou tard ; même les prostituées perdent leurs clients, ce qui ne fait guère les affaires de Moxie, le proxénète indic de Batman déjà vu dans l’épisode précédent.
Comme si ça ne suffisait pas, à cette première menace engendrée par un homme qu’on dira violent et peu subtil, s’en ajoute une autre dont l’instigateur est loin d’être aussi basique. Jonathan Crane, dit L’Epouvantail, est un ancien scientifique spécialisé dans les gaz de combat qui s’est vengé de sa mise à l’écart par une armée US respectant les traités d’interdiction des armes chimiques en créant un gaz hallucinogène qu’il compte bien vendre à l’Allemagne nazie alors que la guerre a commencé en Europe.
Pour prouver l’efficacité de son invention, il la teste d’abord sur la population innocente alors que Noël approche, semant terreur et chaos, et faisant de nombreuses victimes.
Bruce ‘Batman’ Wayne doit affronter ces deux menaces pour protéger sa ville. Il le fait avec l’aide du commissaire Gordon, le soutien amical du rabbin Cohen (qui parvient même à « civiliser Batman ») et celui, amoureux, de l’actrice Julie Madison, sa camarade de couette qui tremble pour lui et l’incite vivement à arrêter des activités de justicier nocturne qui, de ce qu’elle en voit, finiront par le tuer (on retrouve ici la célèbre inquiétude de MJ Watson pour Peter Parker).
L’album est aussi l’occasion, dans cet univers alternatif, de rejouer une fois de plus la première rencontre entre Batman et Superman. De montrer le respect et la méfiance qui s’instaurent entre eux. D’introduire le personnage de Loïs Lane. D’opposer les approches des deux héros sur la question de l’implication des capés dans la guerre, de son utilité et de sa légitimité.
Il rappelle enfin les termes du dilemme qui se posa aux USA, entre interventionnisme et peur de replonger dans une guerre lointaine et meurtrière pour les boys. Un dilemme que les USA mettront deux ans à trancher. On entend pourtant bien les rappels et avertissements du rabbin Cohen sur l’antisémitisme toujours présent au cœur de la société, prêt, à la moindre occasion, à ôter son masque et à dévoiler sa face hideuse (tellement contemporain). Mais ses compatriotes sont-ils à l’écoute ?
L’ensemble donne un album nerveux, spectaculaire et plein d’action, servi par de très beaux dessins dans les tons sombres, sur des pages aux découpages variés jusqu’à de pleines pages de très belle facture. Et quelle couv' !
A lire.
Batman Second Knight, Jurgens, Perkins

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