Les Frères Rubinstein 7 - Pour Klara - Brunscwhig - Le Roux


Voici qu’est arrivé Pour Klara, le tome 7 de la série des Frères Rubinstein (et que, contrairement à ce que je croyais, il ne conclura pas la série).


L’album suit, comme toujours depuis six ans, les destins croisés des frères Rubinstein, Moïse et Salomon. Nés dans le Nord de la France, au sein d’une famille modeste, les deux garçons connurent dès leur jeunesse les affres d’un antisémitisme qui, à l’époque, était vu comme presque acceptable tant il était banal.

Deux frères dont les vies sont emportées par les courants d’un temps mauvais contre lesquels ils n’auront cessé de lutter. Deux frères vite séparés, projetés dans des destins si divergents, mais si semblables aussi, tant ils portent conjointement le poids d’un antisémitisme qui, après avoir couvé à bas bruit pendant les premières décennies du vingtième siècle, s’embrase et détruit tout sur son passage, tel un maléfique feu grégeois (On attribue à Hitler cette harangue : « Oui, nous sommes des barbares, et nous voulons être des barbares. C'est un titre d'honneur. Nous sommes ceux qui rajeuniront le monde. Le monde actuel est près de sa fin. Notre seule tâche est de le saccager. » – hélas, il ne fanfaronnait pas).


Il y a une année entière dans ce volume, du Débarquement environ à la Conférence de Potsdam. Une année durant laquelle Sal, qui participe obliquement au Débarquement, documente les combats mais aussi les camps, les destructions, les avancées des troupes Alliées. Une année durant laquelle Moïse, irrémédiablement transformé par son passage à Sobibor et par les pertes qu’il y a subies, s’est engagé de plus en plus au sein de la Résistance communiste puis d’une Armée rouge qui vainc l’Allemagne nazie au prix, souvent, d’atrocités guère plus reluisantes que celles dont les nazis se rendirent coupables. Une année à l’issue de laquelle un monde en gestation était arrivé au stade où il pouvait accoucher de celui qui suivrait – et qui ne sera guère plus beau à voir (là, pour les distraits, je dévoile un peu les décennies suivantes).


Narration fluide et dynamique à la fois, scènes à la fois captivantes et émouvantes (dès la page 1 : l’album s’ouvre sur une première scène d’une très grande beauté scénaristique), la série (et singulièrement l’album) pourrait juste être une belle aventure ; ce serait déjà très satisfaisant. Elle est aussi un vrai et grand cours d’Histoire événementielle et politique, qui n’occulte pas les zones d’ombre qui subsistent toujours, même derrière les actes d’héroïsme et les grands idéaux (ce qui n’enlève rien à la grandeur et à la nécessité de ces derniers).

Et c’est toujours aussi joliment dessiné, avec une mention spéciale pour l’exceptionnel travail de mise en couleurs d’Elvire De Cock (ces ciels…).


Après tant d’années de séparation, les deux frères se retrouvent, peut-être pour peu de temps. Car, nazisme vaincu, le monde est divisé en deux camps irréductibles, et qu’on sait bien que les alliés d’hier seront les ennemis mortels de demain. Qu’adviendra-t-il du lien d’amour intense unissant les deux frères ? Comment Moïse et sa rage vengeresse s’accommoderont-ils de la bonhomie paisible mais courageuse de Salomon ?

Il faudra lire le tome 8 pour le savoir.


Les Frères Rubinstein t7, Pour Klara, Brunschwig, Le Roux, Chevallier, De Cock

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