Francie (un prénom aussi vieillot et nostalgique que sa porteuse) est une jeune célibataire invitée au mariage de son ex-colocataire de fac devenue sa meilleure amie, Serena. Ce n’est pas la première fois que cette dernière s’amourache avec un gars bizarre au point de vouloir convoler, mais celle-ci est peut-être la bonne. Serena va épouser Russell, un ufologue patenté, ce qui explique que la cérémonie soit prévue à Roswell, capitale mondiale des cinglés de tous poils depuis le fameux crash de 1947. C’est donc dans cette ville du Nouveau-Mexique que Francie débarque. A peine le temps de croiser un ou deux illuminés que Francie est enlevée par un alien en allant chercher des guirlandes dans la voiture de Serena ; un alien qui, loin de ressembler aux petits gris de légende, a plutôt l’air d’un virevoltant muni d’une foultitude de tentacules aussi rapides que précis, des tentacules à l’aide desquels il enserre la jeune femme et l’empêche de fuir. La créature, qui ne s’exprime que par pressions tentaculaires, veut être emmenée hors de la ville vers une destination inconnue. Contrainte, Francie s’exécute.
Elle se lance alors dans un road movie délirant qui lui fera côtoyer « un charmant vendeur d’assurances, une adorable petite vieille accro aux casinos, un propriétaire de camping-car à la retraite passionné de westerns et un illuminé obsédé par les ovnis, persuadé que l’alien a l’intention de les sonder et/ou de conquérir la planète ».
Mais, depuis Roswell, l’ambiance a changé. Après avoir essayé en vain de s’enfuir, Francie se prend d’affection pour son ravisseur et comprend qu’elle doit aider l’extraterrestre – qu’elle a surnommé Indy en raison de ses tentacules/fouets – à accomplir une mystérieuse mission. Pas facile quand on ne peut presque pas communiquer avec la créature et que celle-ci, de surcroît, n’a pas l’air de savoir précisément où elle veut aller.
La Route de Roswell est le dernier roman en date de Connie Willis. La dame est célèbre pour Le Grand Livre (voyage dans le temps et peste noire) et Sans parler du chien (voyage dans le temps encore mais, là, le livre est drôle). Elle propose aujourd’hui un nouveau roman humoristique, teinté cette fois d’ufologie. Et c’est une belle réussite.
Ecrit à 100 à l’heure de la première à la dernière page, La Route de Roswell est une de ces comédies de SF comme le cinéma des années 50/60 en produisait beaucoup, et qui mettaient en vedette, entre autres, Jerry Lewis, Abbott et Costello ou les Trois Stooges. Ces films, très dynamiques, n’hésitaient pas à flirter avec l’absurde, à accumuler situations et dialogues plus improbables les uns que les autres, à faire interagir des personnages aussi contrastés que hauts en couleur.
Si tu aimes ce genre, lecteur, tu seras servi. Entre la demoiselle d’honneur en robe vert granité fluo, le hiker ténébreux et escroc, la vieille dame speed spécialiste des casinos, le retraité passionné de westerns et l’illuminé convaincu que l’extraterrestre est venu préparer une invasion, tous apportent une folie constante à des interactions qui rappellent autant ce cinéma dont je parlais que les dessins animés de Tex Avery. C’est la même rapidité, le même ping-pong verbal et situationnel, la même folie dans les idées et leur réalisation. Et sache, à titre d’information, que les personnages ne sont pas originaux seulement pour t’amuser, chaque particularité sera utile voire décisive à un moment ou un autre de l’aventure.
Enfin, si tu as l’œil aiguisé, tu pourras repérer des références, certaines évidentes d’autres plus discrètes, à MIB, X-Files ou Twin Peaks.
Et quel travail de recherche !
Connie Willis connaît, cite et réfute, par l’entremise de ses personnages, toutes les théories les plus farfelues sur les extraterrestres (je n’aurais jamais cru qu’il y en avait autant). Elle raconte aussi la folie de Las Vegas, de ses casinos, de ses strip clubs, de ses boites à mariage, sans oublier de dire la richesse patrimoniale du western américain et l’immensité vide du Sud-Ouest des USA.
Et elle se permet de conclure par une approche qui évoquera aux spécialistes les règles impératives de non interaction qui structurent les récits des Strougatski ou ceux de Iain Banks – bien mal respectées ici.
Mais rassure-toi, lecteur, tout finira bien, comme dans ces comédies d’un temps plus simple et moins anxieux.
La Route de Roswell est le livre d’été parfait ; le seul risque est de ne pas pouvoir le lâcher, comme si Indy, d’entre ses pages, t’avait aussi capturé.
La Route de Roswell, Connie Willis

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