Chronique inquiète et, de fait, raccourcie (mon blog est resté 24 heures ni mort ni vivant, tel le Chat de Schrödinger, ce qui m’a perturbé un peu).
1593, Christopher Marlowe est un jeune Anglais qui cumule les rôles de poète et d’espion de la couronne anglaise. Pour fuir une vilaine affaire, il est emmené en mission secrète à Paris par son supérieur, protecteur et ancien amant, Thomas Walsingham, membre du Conseil privé et neveu du défunt maître espion Francis Walsingham. A peine arrivé à l’ambassade anglaise, le duo tombe sur le cadavre pendu du gardien de l’établissement, Olivier. Une coïncidence trop grosse pour être catholique. Il faudra donc enquêter sur cette affaire afin de voir en quoi elle peut interférer avec la mission des deux Anglais, d’autant plus que Thomas connaissait et appréciait Olivier.
Marlowe découvre une ville qu’il ne connaissait pas, habitée par la méfiance, la peur et le rigorisme de la Ligue, une ville pleine de mystères et de vieilles rancœurs.
La Dame de la Seine est le dernier roman (à paraître) de Claire Duvivier.
Il se passe en 1593, dans un Paris où Henri IV n’est pas encore entré, 21 ans après le massacre de la Saint-Barthélémy et juste après le siège de la capitale.
A travers une enquête qui se révèle vite aussi personnelle que diplomatique, Duvivier nous promène dans une ville toujours traumatisée par le massacre, parcourue par les nervis de la milice et soumise à la pression constante des plus excités des catholiques. Alors qu’Henri IV est toujours contesté, qu’il ne s’est pas encore converti au catholicisme pour gagner le royaume, les Ligueurs et leurs séides règnent encore en majesté dans la cité, rendant l’enquête et la mission des deux Anglais – dont au moins un qui est homosexuel – périlleuse.
La Dame de la Seine est un roman d’une très agréable lecture. On y retrouve le style limpide de Duvivier, au service cette fois d’une enquête politico-policière.
On peut le lire comme cela, comme un polar historique, et y prendre grand plaisir.
Mais La Dame de la Seine est aussi un roman érudit dont l’érudition ne s’interpose jamais entre le texte et le lecteur. Si on voit l’Easter Egg tant mieux, sinon ça n’est pas grave.
Duvivier y dresse un portrait d’une ville traumatisée, toute de noir vêtue, et remplie de fanatiques militants.
Elle raconte la Saint-Barthélémy au niveau du sol (utilisant pour cela l’excellentissime Tous ceux qui tombent, de Jérémie Foa, que j’eus la flemme de chroniquer il y a quelques années (et, de toute façon, sans plus de blog...) mais que je conseille très vivement à tous les lecteurs de cette chronique).
Elle montre donc la vilenie, la veulerie, la spoliation, les meurtres à la chaîne qui évoquent par anticipation les actions des Einsatzgruppen.
Elle montre aussi une ville en transition, entre Pont Neuf et ponts anciens, nouvelle et ancienne religion, nouvelles et anciennes pratiques, nouvelles et anciennes formes théâtrales (des femmes sur scène !!!).
Elle offre au lecteur un beau mystère bellement solutionné.
Elle clame l’arrivée du vers blanc, qui n'a rien à voir avec celui de Bram Stoker ;)
Elle prend une position balancée dans l’hypothèse Marlowe de Calvin Hoffman (faudra chercher, lecteur).
Elle explique même, par l’image, pourquoi ne restent aujourd’hui que quelques pages du Massacre à Paris de Marlowe.
C’est déjà pas mal, d’autant que le personnage de Marlowe, mauvais espion, mauvais combattant, globalement vrai loser est capable d’une constante autodérision qui le rend éminemment sympathique.
A lire avec plaisir.
La Dame de la Seine, Claire Duvivier

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