The Will of the Many - James Islington


L’effet Streisand, tu connais, lecteur ? Et bien, il a fonctionné à plein récemment. The Will of the Many est un roman de fantasy à coloration romaine antique de James Islington. Lisant assez peu de fantasy, j’ignorais jusqu’à l’existence de ce roman qui, de fait, a bonne presse dans le monde anglo-saxon dont il est originaire.

Et voilà qu’il est traduit et publié en France par l’éditeur Elder Craft. Et voici que le fandom repart encore une fois dans une de ces polémiques picrocholines dont il a le secret – celle-ci est un peu amusante car elle réactive, peut-être sans même le savoir, la notion de mort civile qui était une des originalités du droit antique. Si tu ignores de quelle polémique il s'agit, sache, lecteur, que tu n’as rien perdu. Toujours est-il qu’ainsi j’appris l’existence de ce roman et que, le pitch m’ayant intrigué, je décidai de l’acheter en VO pour le lire. Détails ci-dessous.


Monde indéterminé de type terrestre.

Ce monde connut, plusieurs siècles avant le début du récit, un Cataclysme. Terrible apparemment au point de mériter une majuscule, mais on n’en connaît pas les détails.

Quand le roman commence, bien après donc, la République Caténane domine le monde. Ne cherche pas, lecteur, Caten c’est Rome. Avec ses patriciens et ses plébéiens, son Sénat et ses sénateurs, ses censeurs et ses prétoriens, ses villae, etc.

Et comme celle de Rome, l’histoire de Caten est celle d’une armée en marche qui conquiert, conquiert, conquiert, puis intègre comme le firent les Romains par l’Edit de Caracala.

Deditia, la capitale, est la plus grande ville du monde, le centre du monde, tout converge et part d’elle – ici par Transvect (un type d'énorme véhicule volant « magique »), quand c’étaient les Viae Romanae qui le permettaient dans la vraie Rome antique.

Pour parfaire le parallèle, il y a même à Deditia un cirque géant où se déroulent des Jeux, y compris des Jeux nautiques comme, dit-on, il y en avait à Rome.

Voilà pour le cadre, en gros.


Différence notable avec la Rome antique : par le biais de mystérieuses colonnes monumentales, les citoyens de rang inférieur transmettent une partie de la force physique et mentale – leur Will – aux citoyens de rang supérieur au leur. Cela s’appelle « céder » et cela se produit du bas en haut d’une pyramide qui comprend plusieurs niveaux jusqu’au Princeps : les octavii cèdent aux septimii qui cèdent aux sextii, etc. Ainsi, plus on est situé haut dans la hiérarchie sociale représentée par la pyramide, plus on reçoit de Will, ce qui donne une force et une résistance surhumaine, ainsi que des capacités quasi-magiques car il est possible de manipuler le Will comme une source d’énergie capable de mettre en mouvement des objets (les énormes Transvects entre autres) ou d’accomplir toute autre sorte de « merveilles » qui s’apparenteraient pour nous à de la magie.

Allant au-delà même du système des clients tel qu’il existait à Rome, Islington met ici en métaphore la pyramide qui était représentée – y compris en image – par les théoriciens marxistes ou anarchistes.


Dans ce monde radieux qui a peu ou prou atteint sa Pax Catenica, vit un adolescent presque majeur du nom de Vis. Dernier survivant d’une famille royale exterminée (no spoil, on le sait dès le début), exilé involontaire d’un petit royaume conquis et caténisé, Vis, sans famille, a été recueilli par un orphelinat où tous ignorent qu’il est en réalité le Prince Diago. Son refus obstiné de céder lui vaut mauvais traitements, mépris et coups de fouets. Mais Vis ne cède pas. Il hait ses conquérants même s’il est contraint à vivre en leur sein, et sa modeste révolte présente consiste à gagner un peu d’argent et beaucoup d’entrainement au combat en participant clandestinement à des combats de lutte.

Et voilà que Vis/Diago est repéré (par hasard ?) par Telimus, un patricien, quintus de l’ordre militaire, qui propose de l’adopter (ça se faisait beaucoup à Rome) dans le but de l’introduire, comme son fils, dans l’Académie la plus prestigieuse de la république pour y accomplir une mystérieuse et périlleuse mission. Le jeune garçon accepte et le voilà donc, toujours plein de sentiments de colère et d’idées de révolte, dans la villa de Telimus, où il subit un entraînement très dur qui doit le préparer aux épreuves plus rudes encore qui l’attendent à l’Académie. N’en disons pas plus, à part qu’un échec à l’Académie aurait des conséquences terribles pour Vis, dixit Telimus.


The Will of the Many est un roman de fantasy « magique » qui transpose un monde post-Cataclysme dans une Rome imaginaire.

Que fut le Cataclysme ? Qu’est-ce qui le provoqua ? Il faudra attendre le tome 2 pour en savoir plus.

Sur la Rome métaphorique, sache, lecteur, qu’elle ressemble énormément à celle que tu connais sans doute – et que, si jamais tu ne la connaissais pas, ça ne gênerait pas la lecture –, et qu’il y a donc quantité de parallèles amusants pour l’amateur d’histoire.

Si les personnages sont globalement bien développés et détaillés (Vis notamment doit sans cesse arbitrer entre ses tentations vengeresses et la plus facile pente intégrationniste), si l’action progresse à un rythme satisfaisant entre mystère et révélations, sache néanmoins, lecteur, que le plus gros du récit se passe à l’Académie. Autrement dit, même si les enjeux sont largement extérieurs à l’Académie – les ordres politiques caténiens étant engagés dans des conflits de moins en moins larvés, auxquels Vis participe à son corps défendant –, et même si le roman aborde, sans excès, des thèmes comme le colonialisme, la conquête, la domination, le terrorisme, l’éthique de conviction face à l’éthique de responsabilité au sens wébérien, voire la tension entre responsabilité collective et liberté individuelle telle que Sartre aurait pu la formuler (sans qu’il soit certain qu’Islington ait consciemment voulu tout cela), The Will of the Many demeure fondamentalement un roman de dark academia : inimitiés et amitiés, amours et trahisons, professeurs injustes, motivations opaques, coups bas et épreuves sabotées, avec Vis au centre de tout, comme il se doit.

Les tropes de ce sous-genre, répétitifs, me lassent personnellement – en dépit même des enjeux extérieurs dont on comprend qu’il s’agit d’un genre de révolution ou de coup d’État en préparation.

Si toi tu aimes ce genre, lecteur, The Will of the Many est certainement un bon livre. Moi, j’ai fini par m’ennuyer à moitié même si je l’ai terminé sans déplaisir excessif.


The Will of the Many, James Islington

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