L'Oiseau qui boit des larmes - Lee Young-Do

L’Oiseau qui boit des larmes (tome 1, Le Cœur des Nagas) est un roman de Lee Young-Do, premier tome d’une tétralogie de fantasy. Son auteur serait « Le Tolkien coréen » si l’on en croit le sticker apposé sur la couverture. Diable ! Qu’en est-il ? Le monde imaginé par Lee Young-Do est divisé en deux par une Ligne imaginaire. Au sud de celle-ci vivent les Nagas. Ils s’y sont installés non sans violence dans un lointain passé. Au nord on trouve les autres « humains », qu’ils soient Standards, Rekkons, ou Tokkebis. Les Nagas sont petits. Ils ont le corps couvert d’écailles. Ils entendent mal, ce qui fait qu’ils parlent beaucoup moins qu’ils ne nilhent (une forme de communication par la pensée) . Ils voient en revanche très bien, notamment les différences de température. Ils vivent dans une société matriarcale, sous la domination de matrones qui traitent les mâles comme un cheptel reproducteur – à l’exception des Protecteurs qui ont épousé la déesse et la servent dans un...

Les Esseulées - Victor LaValle - Retour de Bifrost 116


1915, Californie. Adelaide Henry quitte pour la dernière fois la ferme familiale de la Lucerne Valley. Cette jeune femme noire d’une trentaine d’années y vivait jusque-là avec ses parents Glenville et Eleanor, deux pionniers qui avaient choisi de suivre l’appel de l’African Society à « coloniser » le sud de la Californie et donc accepté d’occuper les terres californiennes que le gouvernement fédéral mettait à disposition des volontaires, fussent-ils noirs. Mais ceci, c’était il y a longtemps. Aujourd’hui, des décennies de dur labeur plus tard, Adelaide part, laissant derrière elle une ferme à laquelle elle met le feu et deux cadavres qui brûleront dedans. Il n’y aura plus que vingt-six familles noires dans la Lucerne Valley.


C’est vers le Montana que la jeune femme se dirige, décidée à profiter de l’Homestead Act de 1862 (révisé en 1912) qui permettait à toute personne, quelles que soient ses caractéristiques, de revendiquer la propriété d’un terrain de 130 hectares qu’elle aurait mis en valeur et fait fructifier.

Un nouveau départ, une nouvelle vie peut-être, avec beaucoup de courage et autant de chance. Car, en 1915, le Montana, un État glacial l’hiver, est chichement peuplé et peu pourvu en infrastructures essentielles. Tenir trois ans est difficile, beaucoup abandonnent ou meurent, au point que l’État abrite quantité de villes fantômes.  C’est pourtant là qu’Adelaide va tenter de cacher le double secret qu’elle porte : d’abord ce qu’il s’est passé dans la ferme familiale, ensuite et surtout ce que cache l’énorme et très lourde malle qu’elle transporte et dont elle prend grand soin.

C’est dans le Montana qu’elle pourra s’établir si elle parvient à résister à la rudesse des terres septentrionales, à s’intégrer assez pour faire partie d’une communauté, et à solder les dettes d’un passé qui met en péril ses espoirs comme la vie de ceux qui l’entourent.


Les Esseulées est le dernier roman – fantastique – de Victor ‘Black Tom’ Lavalle.

Commençons par dire que c’est un texte très joliment écrit. On trouve au fil de ses pages quantité de belles phrases, de belles images, une forme de poésie justement traduite par S. Vanderhaeghe. « Elle le regarda s’éloigner. La lumière de sa lampe resta visible un bon moment, tant le paysage était plat. Toutefois, ne distinguant plus les contours du bonhomme, elle eut l’impression que seule cette source de lumière se déplaçait sur ces plaines, un esprit en quête de repos. »

Continuons en disant que Lavalle décrit finement et en détails la vie rude des pionniers du début du XXe siècle et qu’il place son récit dans un contexte original autant que méconnu, tant des Américains qu’à fortiori des Français. On gagne donc à lire Les Esseulées.


Néanmoins, le roman ne tient pas ses promesses sur la longueur. Après un début captivant grâce au mélange réussi et intrigant d’un mystère qu’on pressent fantastique et d’une ambiance western âpre et rugueuse, Lavalle semble vouloir trop en dire pour le nombre de pages que contient le livre. Le récit devient, à partir de la moitié environ, plus décousu et pas toujours logique (la bascule a lieu lors d’un épisode de lynchage de bandits parfaitement incongru). Il y a des sauts temporels, certaines scènes ont lieu backstage et ça obscurcit le propos plus que ça ne le fluidifie, certains tropes (les villes fantômes par ex.) sont effleurés mais sous-exploités, certain trait caractéristique de tel ou tel personnage paraît parfaitement artificiel (la femme chinoise qui cherche la tombe de son père, le garçon trans, etc.). Toute la fin est prise dans une sorte de frénésie d’événements qui nuit à l’architecture et à la crédibilité d’ensemble ; et ne parlons pas du happy end nunuche, ni de la manière très « free hug » de la réconciliation entre Adelaide et son secret.


La critique US a voulu voir dans ce roman un bon roman car elle a voulu croire qu’il adressait ses obsessions récurrentes. Sauf que ce n’est même pas le cas. Le racisme et le sexisme qu’elle a voulu y voir ne sont que superstition, bigoterie et bêtise. Et d’explication à tout ce fatras, finalement, il n’y a pas.


Les Esseulées, Victor LaValle

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