Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

Les Chrysalides - John Wyndham


Futur indéterminé, région du Labrador. Une guerre atomique s'est produite, qui a anéanti une bonne partie de l'humanité. Cette ère des Tribulations est maintenant loin derrière et, depuis, les communautés humaines se sont reconstruites comme elles le pouvaient. Notamment sur un mode ultra-religieux.

Dans la nation où vit David Strorm, le héros des Chrysalides, le niveau technique est grosso modo celui du XVIIIe siècle. On y travaille à la ferme, on y va à l'office, et surtout on y craint Dieu – au sens figuré du terme certes, mais aussi au sens propre lorsque Dieu est représenté par ses dévots et son administration autoproclamée sur Terre. En effet, dans la nation où vit David Strorm, on est convaincu que Dieu a puni les Anciens pour leur orgueil, et qu'il est indispensable, pour Lui être agréable, de respecter l'Image, autrement dit d'être, pour chaque être vivant, strictement conforme aux définitions écrites de l'espèce. Dans la nation qu'habite David Strorm, on éradique donc les mutants, tant humains qu'animaux ou végétaux, et on surveille avec crainte le taux de déviance des organismes biologiques.


Malheureusement pour lui, David Strorm est déviant. Heureusement pour lui, sa déviance est invisible, il est télépathe, comme sa cousine Rosalind et quelques autres jeunes de son voisinage.

C'est son amitié pour une jeune fille, hélas dotée d'orteils surnuméraires, qui lui fera prendre conscience de la réalité de l'ostracisme mortel que subissent des déviants dont tout ce qu'il savait jusque-là était qu'ils survivaient comme ils le pouvaient dans l'Orée, une zone sauvage aux limites de la civilisation.

C'est le don télépathique exceptionnel de sa jeune sœur Petra qui mettra David et ses amis en mouvement vers un avenir qui leur sera peut-être plus vivable.


John Wyndham est un auteur de SF britannique mort en 1969 dont je lis encore une fois avec plaisir l'une des œuvres.

Très classique dans sa narration comme dans son écriture, Les Chrysalides est à la fois un roman d'aventure, un roman d'apprentissage (même si ici une partie de l'apprentissage se fait par les histoires que d'autres racontent à David), et une réflexion sur l'évolution portée par des personnages développés et attachants.


Comme dans ses romans Le Village des damnés ou Chocky, il est question d'étranges étrangers qui « apparaissent » dans une communauté jusque-là homogène. Comme dans Le Village des damnés, c'est par les jeunes que le changement arrive.

Comme dans Le Jour des triffides, Wyndham montre comment les intentions idéologiques les plus affirmées cèdent face au pragmatisme de communautés qui cherchent plus que tout à survivre (ici ce sont les mégachevaux qui sont la preuve de ce pragmatisme devant lequel l'omnipotente religion cède).

La volonté d'éliminer ce qui est différent rappelle aussi fortement certains passages d'Octavia Butler dans Childfinder. Quant au plaisir de la liaison télépathique, ce sixième sens qui surpasse les cinq autres, tout lecteur de L'Oreille interne de Silverberg sait ce qu'il en est.

Enfin, il y a un côté X-Men par anticipation dans Les Chrysalides, les télépathes étant une forme d'homo superior au sens où le terme est employé dans X-Men. Le discours de la lointaine alliée de David et de ses amis rappelle par moments celui de Magneto, volonté exterminatrice en moins. Mais c'est clairement nous contre eux : « nous » étant les télépathes et « eux » l'humanité passée, appelée à disparaître car ayant fait la preuve de son inadéquation au monde (une vraie coopération, source de paix et de progrès, n'étant apparemment possible qu'entre télépathes).


Même si on peut regretter un Deus ex machina bien pratique mais assez justement intégré au momentum évolutionnaire, Les Chrysalides n'accuse guère son âge et se lit avec grand plaisir. Il demeure en effet étonnamment actuel dans ses préoccupations, tant dans la culpabilité inquiète qu'il impose aux femmes que dans les fondements et conséquences de l'eugénisme – à l’instar des Chrysalides, La Cinquième Saison de NK Jemisin, par exemple, ne traite guère d’autre chose que de la peur suscitée par la différence lorsqu’elle s’accompagne de puissance.


Les Chrysalides, John Wyndham

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