An Eye for Property - Tanya Fordwalker

« Le jeu n’en vaut pas la chandelle… mais empêcher qu’elle s’éteigne » R. E. Howard Dans un futur proche, la société Splice of Life offre à tout client proche de la mort et décidé à payer une forte somme (le Passenger) du temps de vie supplémentaire dans le corps d’un jeune bien vivant (le Driver) , qui lui servira de corps d’emprunt un certain temps par semaine ou par jour ; une version hi-tech des cavales de Damballa. Une puce insérée dans le cerveau du Driver contient la personnalité scannée du Passenger. A des jours et heures contractuellement décidés, la personnalité du Passenger est activée puis prend le contrôle du corps de son Driver dont la conscience s’éteint dans l’intervalle. A la fin de la période contractuellement convenue, la conscience du Passenger se remet en sommeil et c’est le Driver qui revient aux commandes. Mais que se passerait-il si quelque chose buguait dans la puce ? An Eye For Property est une nouvelle de Tanya Fordwalker lisible sur le site React...

Papillons de nuit - Jane Herrigan - Retour de Bifrost 113


Angleterre, futur proche, quarante ans après la catastrophe.

Mary, soixante-dix ans, est une aide-soignante d’un genre particulier. Elle s’occupe exclusivement d’hommes dans l’établissement d’État où elle travaille.

Il faut dire que des hommes, dans le monde de Mary, il n’en reste pas beaucoup. Ceci depuis quarante ans, depuis qu’une épidémie véhiculée par des papillons de nuit mutants a affecté sur toute la Terre les hommes et pas les femmes. Beaucoup sont morts très vite, les autres devenant – magie d’un micro-organisme s’installant en tel ou tel point différent du cerveau – des tueurs sanguinaires, non seulement meurtriers et violeurs mais aussi malfaisants au point d’éructer bruyamment leur haine des femmes quand ils ne pouvaient pas la mettre en actes. En quelques jours les sociétés se sont effondrées. Mais tout aussi vite des femmes se sont organisées et ont pris dans des mains armées à la fois leur sécurité et des tentatives souvent infructueuses de soigner les hommes les moins atteints.

La société dans laquelle vit Mary est maintenant stabilisée. Les femmes y représentent plus de 99 % de la population et les quelques hommes restants sont pour la plupart nés après la crise et ont été élevés depuis, à fin de reproduction et/ou de divertissement sexuel, dans des institutions spécialisées qu’ils ne peuvent quitter. La plupart des femmes, quant à elle, sont nées après aussi. Elles ne peuvent que difficilement imaginer autre chose qu’un monde sans hommes, ni penser les hommes autrement que comme des ressources et/ou des menaces. C’est ce qui les différencie de Mary qui se souvient avec amour de son mari et de son fils, perdus tous les deux dans le chaos. Et voilà que Mary rencontre une nouvelle soignante, Olivia, qui pense que les hommes devraient avoir les mêmes droits que quiconque et lui laisse entendre qu’elle n’est pas seule à agir en ce sens. Contre l’ordre établi et la puissante institution ministérielle de gestion des hommes.


Dans Papillons de nuit, entre temps présent de l’action (Y+40) et flash-backs nécessaires tant à l’explication historique qu’au rappel de nuances que la société Y+40 a oublié, Jane Hennigan inverse le trope du patriarcat, comme dans une réponse oblique au monde de La Servante écarlate. Hommes contrôlés, hommes infantilisés et invisibilisés, hommes « groomés » (au sens propre), hommes utilisés comme objets sexuels ou reproductifs, pouvoir politique fort et contrôle social imposé si nécessaire par la violence voire l’assassinat, en Y+40 la femme en situation de domination est un homme en situation de domination comme un autre. Quelle surprise ! Et, comme il y a des alliés féministes ici, il y a des alliées masculinistes dans le monde de Mary, que celle-ci va aider au prix d’une chose qui lui est très précieuse.

Guère original et peu époustouflant par son écriture, Papillons de nuit pose, à l’aide de situations trop simplement résolues et, Mary mise à part, de personnages un peu trop manichéens, la question de l’existence d’une domination légitime, fut-elle fondée sur le besoin de sécurité, et y répond par la négative. Honnêtement, on se demande comment il aurait pu être répondu autrement à cette question, et comme ce n’est pas pour son style qu’on se ruera sur ce roman, on se demande alors un peu pour quoi. Reste un texte pas désagréable à lire qui sortira sans doute assez vite de l’esprit. 


Papillons de nuit, Jane Hennigan

Commentaires