Something is Killing the Children t1, Tynion IV, Dell’Edera, Muerto

Juste quelques mots (et cette fois vraiment pas plus) sur le TPB 1 du Something is Killing the Children de l’énorme James Tynion IV, illustré par Dell’Edera et Muerto. Commençons par donner le résumé éditeur : Lorsque les enfants de la petite ville d'Archer's Peak se mettent à disparaître les uns après les autres - certains sans laisser la moindre trace, d'autres dans des circonstances extrêmement violentes - la peur, la colère et la suspicion envahissent l'entourage des victimes et laissent la police locale dans le plus grand désarroi. Aussi, quand le jeune James, seul témoin oculaire du massacre de ses trois camarades, sort de son mutisme pour parler de créatures terrifiantes vivant dans la pénombre, le coupable semble tout trouvé. Son seul espoir viendra d'une étrange inconnue, Erica Slaughter, tueuse de monstres capable de voir l'impensable, ce que l'inconscient des adultes a depuis longtemps préférer occulter. Something is Killing the Children est l’

A Haunting on the Hill - Elizabeth Hand


Ici et maintenant, à l’extérieur de New York, non loin de ces petites villes boboïsées que décrivait déjà excellemment Sam J. Miller dans The Blade Between.

Holly Sherwin est une dramaturge qui vient d’obtenir une bourse pour travailler sur sa nouvelle pièce, une sombre histoire de sorcellerie qui implique une femme accusée faussement de sorcellerie et un démon vengeur. Elle emmène avec elle, pour deux semaines d’écriture et de répétition, une petite troupe composée de Nisa, son amante qui écrit et chante d’une voix divine les chansons sinistres de la pièce, Stevie, son meilleur ami, acteur, preneur et façonneur de son, et Amanda, une actrice plus âgée qui fut grande et dont l’étoile a pâli.

Pour vivre et créer en commun, la troupe prend ses quartiers dans la grande maison qu’a louée Holly. Une vieille bâtisse impressionnante dont les ouvrants semblent être yeux et bouche, Hill House.


Oui, tu as bien lu, lecteur, Hill House. Elizabeth Hand a obtenu des ayants-droits de Shirley Jackson la permission d’utiliser Hill House pour A Haunting on the Hill, un nouveau roman de hantise, plus de soixante ans après la visite qu’y fit Shirley Jackson en 1959. Et pas d’inquiétude si tu n’as pas lu The Haunting of Hill House, son illustre devancier. En dépit d’une grande fidélité au lieu d’origine et de quelques clins d’œil (vous voulez parler arbre ?), il n’est pas nécessaire d’avoir lu le premier pour apprécier celui-ci qui n’est pas une suite mais plutôt une nouvelle virée sur les mêmes lieux des décennies plus tard.


Que tu ais lu ou pas The Haunting of Hill House, tu imagines sans peine que la séjour studieux va rapidement mal tourner. Hill House est étrange, Hill House est folle, Hill House fait croire qu’elle répond aux attentes de ses occupants mais les retourne en fait contre eux.

Bruits incompréhensibles, verrous qui s’ouvrent sans raison, voix inquiétantes du passé, visions fugaces dans les bois, explosions sonores, froid glacial, ou pire, la maison « communique » avec ses hôtes de façon aussi bizarre qu’inquiétante. Ceci explique peut-être pourquoi le couple qui s’en occupe ne veut jamais y rester la nuit, pourquoi l’étrange femme qui vit non loin conseille aux visiteurs de partir le plus vite possible, pourquoi celle qui la possède et l’a louée à Holly semblait aussi mal à l’aise.

Mais, au début de leur très bref séjour dans la maison, ni Holly ni ses invités ne veulent croire à ces bêtises. Ils sont des new-yorkais, rationnels et éduqués. Fracturés aussi, et c’est ce sur quoi jouera la maison contre eux, jusqu’au déni d’abord puis à la fuite ensuite.


Holly fut une dramaturge prometteuse qui ne confirma jamais. Elle enseigne aujourd’hui et rêve d’une consécration possible avec sa nouvelle pièce, The Witching Hour, un texte qu’on peut dire plagié par Holly sur l’histoire d’une autre, comme une fois déjà dans le passé avec des conséquences tragiques. Son besoin de reconnaissance, le sentiment effrayant d’entendre tourner l’horloge, la rendent frénétique et en partie imperméable aux signaux inquiétants qu’envoie la maison.

Nisa, plus jeune, a sans doute le plus grand talent. Elle rêve, elle, d’être reconnue et de devenir une star. Les chansons qu’elle écrit et interprète pour la pièce le permettront peut-être, si Holly accepte de partager la gloire. Nisa n’en est pas sûre, elle a peut-être raison.

Stevie, fantasque et borderline, cherche la même reconnaissance même s’il ne se sent pas la même légitimité que Nisa. Il a un passé douloureux, un grand sentiment d’insécurité, et un sale petit secret qui implique les deux femmes.

Amanda enfin fut une actrice connue que les hauts et bas des carrières artistiques et la mort tragique d’un partenaire a fait sortir des radars de la notoriété. Pour elle, qui cite Macbeth à tout bout de champ, The Witching Hour est l’espoir d’un retour dans la lumière. A condition que les trois autres, plus jeunes, n’essaient pas de la cornériser. C’est sa crainte, presque paranoïaque.


Ce petit monde de morts de faim pour des raisons diverses et parfois antinomiques, auquel s’ajoutent les quatre protagonistes locaux, va mariner dans l’atmosphère délétère d’une maison imposante de l’extérieur et décrépite à l’intérieur. Une maison qui semble absorber toutes les énergies négatives qu’ils transportent avec eux et les utiliser pour rendre l’atmosphère encore plus toxique. Une maison à la géographie parfois variable qui paraît habitée par des échos d’un passé fait de drames depuis plus d’un siècle : « Some bad shit has gone down at Hill House over the years ».

Sans gore ni grands effets de manche – sache-le, lecteur, le roman n’est jamais grandiloquent ni même très spectaculaire – Hand installe une atmosphère de plus en plus méphitique entre les personnages. Effet des diverses frénésies de reconnaissance, les tensions s’exacerbent et, même quand il n’est plus possible d’expliquer les événements de façon prosaïque, la tentation de rester dans la maison pour utiliser ses bizarreries afin de nourrir la création est forte. Jusqu’à ce qu’il devienne impossible de se leurrer.


C’est un beau roman d’ambiance que livre Elizabeth Hand, un bel hommage aussi à la création la plus célèbre de Shirley Jackson. Dans le roman, Holly décrit sa pièce comme un palimpseste, ce roman en est un de celui qui l’a précédé.


A Haunting on the Hill, Elizabeth Hand

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