Something is Killing the Children t1, Tynion IV, Dell’Edera, Muerto

Juste quelques mots (et cette fois vraiment pas plus) sur le TPB 1 du Something is Killing the Children de l’énorme James Tynion IV, illustré par Dell’Edera et Muerto. Commençons par donner le résumé éditeur : Lorsque les enfants de la petite ville d'Archer's Peak se mettent à disparaître les uns après les autres - certains sans laisser la moindre trace, d'autres dans des circonstances extrêmement violentes - la peur, la colère et la suspicion envahissent l'entourage des victimes et laissent la police locale dans le plus grand désarroi. Aussi, quand le jeune James, seul témoin oculaire du massacre de ses trois camarades, sort de son mutisme pour parler de créatures terrifiantes vivant dans la pénombre, le coupable semble tout trouvé. Son seul espoir viendra d'une étrange inconnue, Erica Slaughter, tueuse de monstres capable de voir l'impensable, ce que l'inconscient des adultes a depuis longtemps préférer occulter. Something is Killing the Children est l’

Tolkien une biographie - Humphrey Carpenter


Sortie récente de la troisième édition de la biographie de Tolkien par Humphrey Carpenter, dont la v1 date de 1977. Juste quelques mots sur un texte qui a déjà été maintes fois commenté dans la presse ou sur des blogs.

Enrichi de photos, l’ouvrage raconte Tolkien de sa naissance à sa mort. Il raconte l’homme derrière l’auteur. Et, écrit par un biographe qui a rencontré son sujet et eu accès à pléthore de documents originaux, il est passionnant.


La vie de Tolkien est d’abord celle d’un homme de la toute petite bourgeoisie du début du XXe siècle. Né en Afrique du Sud où son père dirige une agence bancaire, Tolkien rentre en Angleterre avec sa mère et son jeune frère car le climat ne convient guère à la jeune femme ni, dit-on, à ses enfants. Son père, qui doit les rejoindre, meurt de maladie avant de pouvoir le faire. Tolkien sera donc élevé par sa mère – avec dans un premier temps un soutien familial –  jusqu’à la mort de celle-ci, des complications de son diabète.

Doublement orphelin à douze ans – une occurence pas si rare à l’époque – Tolkien et son frère vivent et étudient grâce à des aides matérielles successives de diverses sources, familiales ou paroissiales. Les frères Tolkien ne sont pas des damnés de la terre mais ils sont tout sauf à l’aise, et sans l'aide qu'il reçut il n’y aurait jamais eu de professeur Tolkien. Cette situation financière étriquée restera d’ailleurs celle de la maisonnée Tolkien durant la presque totalité de la vie de l’auteur, ce n’est que vers la fin de celle-ci qu’une relative aisance leur viendra.


Tolkien est aussi, sur les traces de sa mère qui fut en partie reniée par sa famille pour cela, un catholique convaincu et convaincant, ramenant même son ami CS Lewis au christianisme ou poussant sa future femme, Edith, à se convertir au catholicisme avant un mariage qui eut lieu malgré de nombreuses oppositions. La religion, qui s’invita dans son existence  du fait des tribulations familiales de sa mère, ne cessa jamais d’être centrale dans la vie de Tolkien et dans les amitiés qu’il lia ou les dettes morales qu’il contracta.


Tolkien est encore un universitaire à la carrière à la fois classique et influente. Classique car il ne fuse pas plus vite que quiconque dans les niveaux, influente car la réforme des programmes littéraires qu’il fait adopter  en 1931 contre l’avis de quantité de ses condisciples restera en vigueur pendant des décennies.


Tolkien est également un vrai family man. Aimant passionnément sa femme et ses enfants, Tolkien les place au centre de ses pensées, de son intérêt, de son affection.

Mais ceci n’implique pas qu’il les place au centre de ses activités. Tolkien est un intellectuel anglais à l’ancienne – ou une sorte de Grec antique. Il vit en compagnie d’hommes et au milieu des hommes. Son amour profond pour Edith ne signifie pas qu’il passe avec elle ses soirées les plus importantes à ses yeux. C’est avec ses amis, ses pairs universitaires que Tolkien passe son temps, développe sa brillance, partage ses intuitions et ses préoccupations intellectuelles. Pour lui, ces deux niveaux relationnels ne sont pas contradictoires. Il y a le Tolkien public et le Tolkien privé, les deux n’interfèrent guère et en cas de conflit d’allocation du temps disponible, c’est le Tolkien public qui l’emporte. Nous parlons bien ici de ses amis et de ceux qu’il a choisis comme ses pairs, car Tolkien n’a par ailleurs qu’une relation assez distanciée avec le milieu universitaire au sens large.

Et ne parlons pas des relations d’Edith avec les femmes des professeurs d’Oxford, presque inexistantes – ce qui, si on y ajoute sa relation particulière avec Tolkien, fit d’Edith une femme sincèrement aimée mais presque toujours esseulée voire isolée, comme victime d'un destin paradoxalement triste.


Tolkien est enfin – tu te demandais, lecteur, si j’y viendrais – l’homme qui écrivit toute sa vie, comme le résultat d’un choix réfléchi et volontaire. Lentement certes, mais sans cesse. Qui inventa des langues et des lieux imaginaires dont beaucoup référaient à ceux de son enfance ou à ses origines réelles ou fantasmées. Qui publia en 1937 Le Hobbit, qu’il avait créé pour distraire ses enfants et fut un grand succès. Qui mit dix-sept ans à donner à ses éditeurs une « suite » au Hobbit : Le Seigneur des Anneaux (GRRM est encore à cinq ans du record). Qui écrivit son grand oeuvre, le Silmarillion, durant toute sa vie, le retouchant toujours car n’en étant jamais pleinement satisfait au point que c’est son fils qui le publiera quatre ans après sa mort. Qui écrivit aussi quantité de textes académiques ou de poésie publiée dans des revues.


L’ensemble donne de Tolkien l’image d’un homme un peu inactuel, qui vécut une vie habitée par un monde imaginaire qu’il façonna patiemment, qui produisit une œuvre intellectuelle conséquente et une œuvre artistique qui ne l’est pas moins, qui vécut autour d’une famille et d’une religion qui formaient le centre de son être mais ne bouillonnait vraiment qu'au milieu d’amis et de pairs qui étaient les adjuvants de son plaisir et de sa réflexion.

Un Anglais de la campagne, de ceux qui s’engageaient dans les Pals battalioncomme il le fit peu ou prou en 1915 –, qui n’aimaient guère la modernité, à fortiori quand elle endommageait la nature, qui retrouvaient leurs amis autour d’une pinte pour partager passions et réflexions communes avant de rentrer dans la maison familiale qui était leur Havre Gris. Plus hobereau qu'oxonien, peu aventureux et terriblement casanier, moins curieux du monde réel que de l'imaginaire, attentif et indifférent à la fois comme si deux personnes vivaient en lui, Tolkien vécut une vie modeste qui, tout bien considéré, ressemble beaucoup à celle de ces hobbits qu’il inventa.


Cette biographie est un livre passionnant qui donne à rencontrer un homme charmant, passionnant et vraiment peu commun. Un livre aussi qui offre au lecteur une insider view sur le processus de création patient, laborieux et quasi-artisanal d'une oeuvre mémorable. A lire.

JRR Tolkien, une biographie, Humphrey Carpenter

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