Membre fantôme - Brian Evenson - Retour de Bifrost 119

En 2003, Brian Evenson frappait un grand coup littéraire avec sa novella The Brotherhood of Mutilation . Six ans plus tard, il donnait de ce texte une version longue avec le roman Last Days (sorti en français sous le titre La Confrérie des mutilés) . On y suivait les traces de Kline, un détective amputé du bras à la suite d'une affaire qui avait mal tourné, engagé pour trouver le coupable du meurtre du fondateur d'une secte inconnue jusqu'alors : La Confrérie des mutilés. D'investigations en interrogatoires (soumis à des contraintes aussi absurdes qu'invincibles) , Kline finissait par découvrir l'identité du meurtrier. Surtout, il se trouvait contraint de plonger dans un univers délirant et fanatique, un monde dans lequel les croyants amputent volontairement des parties de leur corps – le plus de parties étant le mieux, signe de foi et donc d'influence supérieures. Le monde clos des mutilés est religieux, paranoïaque, violent, organisé suivant une logique a...

Fables 5 - Willingham, Buckingham


Juste quelques mots pour signaler la sortie du tome 5 de l’Intégrale Fables en petit format chez Urban Nomad.


Après les préparatifs et les menaces du tome précédent, les Fables de Fableville décident de lancer la guerre sur le territoire de l’Adversaire afin de mettre un terme à un règne de terreur qui n’a que trop duré. C’est alors au bas mot 200 pages de conflit scénarisées par Bill Willingham et dessinées par Mark Buckingham qui sont offertes au lecteur.


On y voit tous les Fables sans exception (humains et non-humains) participer à l’effort de guerre, entre bombardements des portails transdimensionnels, combats au sol, protection d’un haricot magique changé en issue de secours et Fort Alamo à la fois. Alors que les combats font rage partout et que tous les acteurs importants des Fables sont à la manœuvre sur le terrain, Blue, assisté de sa cape magique de téléportation, sert de messager plénipotentiaire en faisant des centaines d’allers-retours entre les lieux et les protagonistes du conflit, chargeant, transportant, informant – un atout capital. Et donc peu à peu, pour la première fois depuis des siècles, l’espoir change de camp pour des Fables qui ont ajouté à leur magie la technologie découverte dans le monde des Communs et dont les Royaumes sont dépourvus.


Je ne veux spas spoiler plus mais disons que les stratégies mises en œuvre sont innovantes, que la victoire est amère à plus d’un titre, qu’à l’instar de GRRM Willingham n’hésite pas à sacrifier des personnages, que les vieux tyrans ne s’amendent pas plus facilement que les haines revanchardes ne s’éteignent, et qu’on y voit hélas que les effondrements politiques ont toujours des répliques nombreuses et parfois gravissimes.


Si on oublie les deux premières histoires du recueil qui n’ont guère d’intérêt narratif (même si une info importante est transmise de personnages à personnages dans la deuxième), le reste est passionnant, de la guerre totale à ses inattendues conséquences néfastes, de la Mission Impossible de Cendrillon aux problématiques exigences d’un transfuge, de la joie de la victoire à la tristesse du deuil.

On appréciera des images de guerre qui rappellent beaucoup Jack Kirby.

On verra l’inconstante Rose Rouge mise rudement face à ses problèmes et à sa responsabilité, et aussi – incroyable – Frau Totenkinder mise pour la première fois en difficulté.

On croisera – Willingham fait dans tout le recueil quantité de petites références amusantes – un tigre mécanique résister seul aux forces de l’Empire dans l’Inde magique de Mowgli ; un tigre appelé Lord Mountbatten citant le discours de Churchill pour exalter sa maigre troupe.

En guest, comme il y en a dans les séries télé, on rencontrera les invités Fafhrd et le Souricier Gris dont les malheurs navreront le plus endurci des lecteurs.


C’est lumineux, c’est vif, c’est toujours autant à lire pour ceux qui n’ont pas encore eu cette chance.

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