le nain de Whitechapel - Cyril Anton

Londres, fin du XIXe siècle. Plus ou moins. Oscar est le fils cadet d’une famille de la bourgeoisie anglaise. Excellent pianiste, il a un aîné moins brillant que lui mais que ses parents préfèrent. Lui est le souffre-douleur. Il faut dire qu’Oscar est nain, objet de honte et d’opprobre dans un monde où la difformité est perçue comme le signe objectif d’une défaillance morale. Après des années de brimades et d’humiliations, Oscar est foutu à la porte, littéralement jeté aux chiens. Il est alors recueilli par Freddy, un noir veuf et pianiste qui l’emmène chez lui à Whitechapel et l’initie au jazz et à la blue note. Mais voilà qu’en ces temps un gang nommé Tabula Rasa assassine d’horribles manières ceux qu’il considère comme des indésirables, pauvres, handicapés, marginaux… Oscar, qui change alors d’identité, se lance dans la traque des membres du gang. Il initie aussi la construction d’une boule de neige géante destinée à protéger le quartier et ses habitants des agressions extérieures.

Supernatural Noir - Ellen Datlow anthologiste

 


Supernatural Noir. Deux termes qui m'agréent fortement. Sur la couverture d'une anthologie dirigée par Ellen Datlow, une anthologiste qui m'inspire – parfois à tort – confiance. A côté d'une liste d'auteurs dont beaucoup me plaisent. La méfiance me gagne néanmoins dès la première page de la très brève introduction. Datlow y définit ses termes en ces termes : « Noir », d'après Paul Duncan, « term used to describe any work, usually involving crime, that is notably dark, brooding, cynical, complex, and pessimistic ».


Dark, brooding, pessimistic, je vois. Usually involving crime, ce qui signifie que ce n'est même pas nécessaire. Avec cette définition, Sid et Nancy ou L'affaire Charles Dexter Ward sont Noir.

Et de fait, s'il y a du surnaturel dans toutes les histoires réunies – même si pour une on peut en douter – bien peu satisfont aux canons du Noir, y compris quand on dépasse les clichés avec Humphrey Bogart et Mary Astor dans un bureau mal éclairé de Downtown Winters. On est ici à la limite de le tromperie sur la marchandise.

Quand aux histoires, s'il est de règle de dire que les nouvelles d'anthologies sont de qualité variable, ici la moyenne est plutôt basse en dépit de quelques pépites. Et, plus souvent qu'à l'habitude, on a l'impression que la fin est rushée ou si ouverte qu'elle est insatisfaisante (je passe sur l'édition numérique bâclée).


Brève revue, dans l'ordre des envies, plutôt le bon d'abord :

  • The Absent Eye est une belle histoire de Brian Evenson qui parle de mort et de surnaturel même si on se demande ce que le Noir a à voir avec ce récit.
  • In Paris, in the mouth of Kronos, de Jonh Langan, met en scène deux private contractors déjà condamnés pour tortures sur des prisonniers de guerre. Langan y crée une belle ambiance étouffante et gore à l'aide de deux personnages détaillés par touches, qui en savent long sur la vérité du monde et de ce qui le sous-tend depuis aussi loin que l'Antiquité, et se trouvent engagés dans une étrange mission où ils risquent gros.
  • The Maltese Unicorn, de Caitlin R. Kiernan, est, au choix, un bon pastiche référencé, quasi-lovecraftien, et – étonnamment – presque comique du Faucon Maltais ou une pochade à vite oublier. Cela dépendra de ton humeur à la lecture, lecteur. Sache simplement qu'un immémorial  « godemiché maudit » y joue un rôle central et que la narration est solide.
  • Laird Barron offre, avec The Carrion Gods in their Heaven, une histoire dans laquelle deux femmes en fuite vont réaliser leur destin, loin des hommes, dans le wilderness, auprès des forces primordiales – Barron, quoi. Pas Noir mais réussi malgré une facilité scénaristique.
  • Little Shit, de Mélanie Tem, très dérangeante, tangente le weird. Il y est question de chasse aux prédateurs sexuels à l'aide d'une auxiliaire bien peu conventionnelle. Se termine un peu abruptement.
  • Comfortable in her Skin, de Lee Thomas, est Noir et surnaturelle. Femme fatale, vengeance, surnaturel de haut vol. On l'appréciera beaucoup pour son outrance, à moins qu'on trouve qu'elle saute le requin.
  • The Last Triangle, de Jeffrey Ford, est une belle histoire d'épouvante en petite ville avec deux personnages aux antipodes qui s'attachent l'un à l'autre et auxquels on s'attache aussi. Pas du tout Noir. On dirait du Stephen King.
  • Paul Tremblay raconte une fuite post-braquage qui vire au désastre. Le niveau de stress entre malfaiteurs nerveux est très bien rendu, mais le tout manque un peu d’explications et se termine abruptement.
  • The Dingus, de Gregory Frost, avec son boxer réduit en charpie, son mentor qui veut le venger, et sa prostituée de l'Est est Noir, assez prévisible, et se termine abruptement.
  • Dead Sister, de Joe R. Lonsdale, est un Noir particulier, l'histoire d'une détective engagé pour protéger la tombe de sa cliente. Profanation et goule, on vire vite au scénario de l'Appel de Cthulhu.


Le reste ne vaut pas l'effort, y compris une décevante nouvelle de Lucius Shepard intitulée Ditch Witch et la longue et ennuyeuse The Romance, d'Elizabeth Bear. On ne peut pas dire que Datlow ait vraiment brillé avec cette anthologie.


Supernatural Noir, Ellen Datlow

Commentaires

Thomas Day a dit…
En même temps le noir brille rarement.
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Gromovar a dit…
Clap clap clap ;)