Something is Killing the Children t1, Tynion IV, Dell’Edera, Muerto

Juste quelques mots (et cette fois vraiment pas plus) sur le TPB 1 du Something is Killing the Children de l’énorme James Tynion IV, illustré par Dell’Edera et Muerto. Commençons par donner le résumé éditeur : Lorsque les enfants de la petite ville d'Archer's Peak se mettent à disparaître les uns après les autres - certains sans laisser la moindre trace, d'autres dans des circonstances extrêmement violentes - la peur, la colère et la suspicion envahissent l'entourage des victimes et laissent la police locale dans le plus grand désarroi. Aussi, quand le jeune James, seul témoin oculaire du massacre de ses trois camarades, sort de son mutisme pour parler de créatures terrifiantes vivant dans la pénombre, le coupable semble tout trouvé. Son seul espoir viendra d'une étrange inconnue, Erica Slaughter, tueuse de monstres capable de voir l'impensable, ce que l'inconscient des adultes a depuis longtemps préférer occulter. Something is Killing the Children est l’

L'Initiation - Octavia Butler


L'Initiation est le tome 2 de la trilogie Xenogenesis, il faut directement suite à L'Aube.

La Terre reconstruite commence à être repeuplée à l'initiative des Oankalis. Sur cette Terre fix-up cohabitent des Oankalis et ceux des humains qui ont accepté de vivre aux cotés de ces aliens qui les ont sauvés de manière ambiguë. Avec eux, et c'est le plus important, les enfants hybrides des deux espèces, dans un nombre élevé de combinaisons identitaires selon que la mère est humaine ou oankali et selon l'identité des parents qui ont participé à la conception. Séparés d'eux mais éloignés seulement, hélas, par des distances franchissables à pied vivent les humains naturels (kind of) qui refusent tant l'hybridation que les contacts avec les Oankalis. Ces « naturels » ont été rendus stériles par les aliens après avoir été autorisés à choisir leur mode de vie séparé. Une amputation source d'un ressentiment qui ne cesse de s'infecter depuis le retour sur Terre et qui s'amplifiera tout au long des pages d'un roman qui s'étend sur deux décennies environ.


Akin est le premier hybride mâle né d'une mère humaine – en l’occurrence l'héroïne du premier roman, Lilith. Doté de capacités exceptionnelles s'il n'était qu'humain, d'apparence humaine au moins jusqu'au jour de sa métamorphose nonobstant une longue langue grise qui lui sert à « goûter » les êtres jusqu'au niveau moléculaire, Akin est enlevé enfant par un groupe de maraudeurs qui le vendent, peu ou prou, à un couple stérile d'une petite ville naturelle nommée Phoenix. Akin vivra des années au milieu d'humains qui le craignent et le méprisent autant qu'ils peuvent l'aimer. Il apprendra à les connaître vraiment, jusque dans leurs innombrables contradictions, et jusqu'à finir par plaider leur cause auprès des Oankalis.


Dans L'Initiation, Butler fait montre d'encore plus d'intelligence que dans L'Aube qui plaçait déjà la barre très haut.

Les questionnements du tome 1 – libre-arbitre, droit d'opt-out, mélange explosif entre intelligence et hiérarchie, légitimité du sentiment de surplomb des aliens – sont toujours présents, atténués simplement par le passage du temps et les preuves évidentes de bienveillance – fut-elle intrusive – que donnent quotidiennement les Oankalis qui vivent à côté des humains et sont coparents de leurs enfants.

S'y ajoutent de nouvelles thématiques, qui sont des développements des précédentes.


Enlevé, Akin est forcé de connaître les humains. Des humains dont certains l'aiment vraiment et dont l'amour se manifeste tant dans la protection et l'éducation qu'ils lui donnent que dans la séparation sans vergogne qu'ils infligent au jeune garçon en le coupant de son adelphe dont il aurait pourtant besoin pour développer une relation oankalie complète. Amour et étouffement, les deux sont liés, surtout dans les relations parents/enfants.

D'autre part, Akin vit dans une ville humaine, dans laquelle certains veulent le protéger, d'autres s'en méfient, et d'autres enfin, qui l'ont toujours regardé avec dégoût – ne surnomme-t-on pas les Oankalis les Vers ? –, veulent couper les tentacules sensitifs (mutiler donc) des deux jeunes femelles oankalies du village pour qu'elles aient l'air plus humain. Pas de pitié de leur côté, les Oankalis sont leurs choses, qu'ils ont achetées à des maraudeurs, et ils entendent en disposer à leur guise. Si la relation d'Akin avec ses « parents » de fortune ressemblent à celles – d'amour méfiant – qui se créent à la suite des vols d'enfant, celle des deux jeunes femelles avec les humains s'apparente bien plus à de l'esclavage, l'esclave étant celui à qui ont peut tout faire car il n'est pas une personne (détentrice de droits) mais une chose (sur laquelle les personnes ont des droits). Pour mémoire, la manière dont ces humains parlent des Oankalis, comme complément d'objet direct en leur présence, est celle qu'utilisent les propriétaires d'esclaves mais aussi certains parents parlant de leurs enfants;)


Butler revient aussi, par l'entremise d'Akin et des trois lieux qui furent ceux de sa vie – à savoir le village hybride, la ville humaine, et le vaisseau oankali où il apprend ce qui est strictement oankali en lui après avoir eu des années pour étudier les humains – sur la nécessité de l'hybridation (et donc du métissage) comme moyen de progresser vers plus de capacités et de capabilités comme dirait Amyarta Sen. Mais au nom du libre-arbitre aussi, et parce que les humains stériles sont rongés de l'intérieur par l'absence de choix qui leur a été laissé, il plaidera auprès des Oankalis pour l'établissement d'une colonie humaine sur Mars où seraient transportés les humains non modifiés à qui seraient rendu leur fertilité. Et ceci en dépit d'une violence interhumaine qui n'a cessé de croître tout au long du roman, validant la théorie oankali sur l'autodestructivité de l'espèce humaine, ou alors en raison même de celle-ci si on admet qu'elle est le produit de l'absence d’espoir et d'avenir auxquels sont condamnés ces humains destinés à être sans descendance.


Cette argumentation complexe, bi-face, Butler en fait le résultat de la biographie même d'Akin, lui qui a, seul parmi tous, vus toutes les faces de la pièce. Lui qui a connu des humains bons et d'autres malfaisants, des métissés généreux et inclusifs (tout humain réfractaire peut toujours les rejoindre et être bien accueilli) et aussi des métissé calculateurs et froids qui lui ont confié une mission sans lui demander son accord ni même l'en informer et l'ont mutilé dans sa tête comme certains humains voulaient mutiler dans la chair. Lui qui sait qu'à côté des Oankalis qui se métissent en existent d'autres qui ne le font pas. Lui qui a créé un lien peut-être plus fort avec sa « mère» humaine d'adoption qu'avec son adelphe de sang. Lui qui a compris qu'on peut aimer des deux côtés, à fortiori quand on est soi-même des deux côtés tant par le sang que par l'histoire, et qui a compris surtout qu'il faut savoir se mettre dans la tête de l'autre pour comprendre ce qu'il veut, ce qui lui manque, ce qui lui permettrait de s'accomplir, quand bien même on pense qu'il fait une erreur, que son choix n'est pas optimal, qu'il peut paraître absurde au consensus ; citons encore une fois Max Weber contre le own voice : « Il n'est pas besoin d'être César pour comprendre César » . Voir le monde par les yeux de l'autre, c'est ce qui est le plus difficile, même pour ces Oankalis qui perçoivent les autres jusqu'au plus profond de leur être.


Butler aborde donc ici des thèmes importants.

Elle y ajoute des formes de famille inédites et passionnantes, des relations interindividuelles d'une richesse inexistante dans notre monde, tant entre partenaires sexuels qu'entre adelphes. Ou plus surprenant encore entre un enfant à naître et le reste de sa famille, ascendants vivants, ascendants morts, entourage familial, des relations qu'elle initie alors que l'enfant est encore dans la matrice de sa mère. S'attaquant à la parenté, elle fait alors un travail d’ethnologue imaginaire qui n'a pas grand chose à envier à celui d'Ursula Le Guin – ici la référence n'est pas usurpée.

Elle y ajoute aussi la mise en évidence des impératifs biologiques de la sexualité qui, s'ils doivent être canalisés pour ne pas nuire, n'en sont pas moins des invariants qui meuvent les êtres sexués quel que soit leur degré de liberté.


Ce texte, c'est ce qui en fait la valeur, est encore une fois tout de nuances de gris, Butler étant bien trop intelligente pour croire que les choses ou les êtres sont blancs ou noirs seulement.

Elle développe donc son récit avec une grande finesse, une délicatesse de sentiments et d'explications qui convainc car c'est, dans L'Initiation, la raison qui donne à voir même lorsque ce sont les sentiments qui s'expriment. On peut, c'est rare, être d'accord avec Butler émotionnellement et intellectuellement à la fois.


L'Initiation, Octavia Butler

Commentaires

shaya a dit…
Roman fini cette semaine. Alors je suis totalement d'accord sur le côté intellectuel bluffant, par contre pour moi ce tome-ci a du mal à se suffire à lui-même, j'en suis ressortie frustrée. J'espère avoir mes réponses dans le troisième tome !
Gromovar a dit…
Bien d'accord.
Faut voir maintenant comment tout ça se termine - et qui a raison.
Brize a dit…
Ma bibliothèque vient de l'acheter... mais n'a pas le tome 1. Tu me confirmes que ce tome 2 ne peut pas se lire indépendamment ?
Gromovar a dit…
Il y a un résumé du t1 sur Wikipédia.
Mais clairement, pour comprendre de quoi il retourne il est vraiment préférable d'avoir lu le t1 d'abord.
Brize a dit…
Je vais voir avec la responsable des achats de la section imaginaire , elle n’a pas dû se rendre compte qu’il s’agissait d’une suite…