Blacktail - Scott Hawkins

Blacktail est le nom d’un loup sauvage qui, à la suite d’une tragédie personnelle, se lance dans l’incroyable quête de détruire l’humanité pour rendre aux animaux leur place et rétablir l’ordre naturel. Blacktail est le nouveau roman de Scott Hawkins. Onze ans après l’impressionnant The Library at Mount Char , Hawkins revient avec une nouvelle histoire entre fantastique et vision métaphysique. Car, en effet, comme dans son précédent roman, Hawkins n’hésite pas à faire intervenir des divinités et des puissances cosmiques, dans ce que les joueurs de ADD nommeraient le Premier plan matériel (autrement dit, ici-bas) . Mais là où The Library at Mount Char prenait aux tripes, Blacktail , assez rapidement, donne le sentiment d’être un conte pour enfants sur lequel Hawkins aurait déversé du gore et des larmes. C’est de l’épopée d’un loup qu’il s’agit ici, un loup grand et fort mais solitaire. Blacktail est le fils d’une mère morte ( tuée volontairement par des humains) , le compagnon d’une ch...

Un chant de Noël - Munuera d'après Dickens


Long story short.

José-Luis Munuera – assisté de Sedyas aux couleurs – propose une version BD du célébrissime Chant de Noël de Charles Dickens.

Particularité de cette version : Ebenezer Scrooge, le vieil avare atrabilaire et solitaire qui reçoit, une nuit de Noël, la visite des trois esprits des Noël passés, présents et futurs qui lui montrent l'impasse qu'est sa vie jusqu'à l'amener à s'amender et à changer radicalement est ici remplacé par une femme, Lady Elizabeth Scrooge, qui partage les odieux traits de caractère, la dureté et l'insensibilité de son « modèle ».

Confrontée aux même esprits, Lady Scrooge résistera certes un peu plus que le héros de Dickens mais, globalement, elle changera aussi dans le sens d'une plus grande générosité, abandonnant les accents malthusiens qu'elle et Ebenezer partagent.


Si on ne connaît pas du tout cette histoire, on peut la découvrir ici. Pourquoi pas ?

Si on la connaît, on sera gêné par le sous-texte féministe explicite que Munuera ajoute ex nihilo à l'histoire, au point de la dénaturer en mélangeant les thèmes qu'elle aborde et en y ajoutant celui de la place des femmes dans la société du XIXe siècle. Même lancée sur des rails similaires, l'histoire devient autre, c'est donc une piètre adaptation. Il y a des choses, l'insensibilité et l'avarice par exemple, sur lesquelles le féminisme n'a rien à dire. Elles sont même très nombreuses, mais Munuera ne semble pas être au courant.


Enfin, pour conclure sur ce Trouble dans l'adaptation, signalons que Dominique Barbéris, qui préface, écrit qu'ici on change le genre du personnage central et que ça change tout. Sauf qu'elle se plante. Ce qui est changé ici est le sexe 'biologique', le genre est le construct social associé au sexe, le faisceau des attentes sociales et des hiérarchies implicites liées au sexe biologique (voilà pourquoi un parle aussi de rapports sociaux de sexe), ce qui n'a rien à voir. Quand Elizabeth remplace Ebenezer on change de sexe et de rien d'autre, d'autant qu'Elizabeth ne se conforme pas aux attentes de son genre. Quant aux genres masculins et féminins, tels que définis au début du XIXe, ils ne sont pas modifiés par l’inversion de personnage. J'espère que la préfacière s'en souviendra.

Et l'erreur terminologique – qu'on attribuera à l'enthousiasme de l'emploi d'un mot qui enivre – est d’autant plus drôle qu'elle est contredite six lignes plus bas par la même : « Et pourquoi pas? L'égoïsme et la rapacité n'ont pas de genre. Les femmes sont des hommes comme les autres. » Alors à quoi sert l'inversion ? L'auteur, lui, semble penser qu'elle amène un surplus d'âme. Chacun parasite l'autre.


Un chant de Noël, Munuera d'après Dickens

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