Painstaking - Rich Larson

Nous parlions ce matin de guerrier immortel, de facteur de régénération, de combats surhumains, dans une ambiance mythologique. On peut lire en VO un texte bien plus court de Rich Larson. Il s'intitule Painstaking et est lisible là . Autre salle, autre ambiance, autre origine du pouvoir, mais même genre de personnage. Un homme, modifié pour se régénérer sans limite, doit fuir ceux qui veulent sa mort dans une Namibie du futur. Il parcourt pour ce faire une ville que Larson décrit avec force détails, comme il le fait toujours, construisant un monde dont on sent la cohérence même si on n'en voit qu'une infime partie. Il donne aussi l'occasion, chemin faisant, de s'interroger sur l'identité potentielle d'un double bourgeonné. Qu'est donc le double pour moi ? Un jumeau ? Un frère ? Un fils ? Un clone ? Une copie carbone ou un individu doté dès son apparition d'une personnalité et d'un agenda propres ? Même si le texte laisse un peu sur sa faim, Lar...

Un chant de Noël - Munuera d'après Dickens


Long story short.

José-Luis Munuera – assisté de Sedyas aux couleurs – propose une version BD du célébrissime Chant de Noël de Charles Dickens.

Particularité de cette version : Ebenezer Scrooge, le vieil avare atrabilaire et solitaire qui reçoit, une nuit de Noël, la visite des trois esprits des Noël passés, présents et futurs qui lui montrent l'impasse qu'est sa vie jusqu'à l'amener à s'amender et à changer radicalement est ici remplacé par une femme, Lady Elizabeth Scrooge, qui partage les odieux traits de caractère, la dureté et l'insensibilité de son « modèle ».

Confrontée aux même esprits, Lady Scrooge résistera certes un peu plus que le héros de Dickens mais, globalement, elle changera aussi dans le sens d'une plus grande générosité, abandonnant les accents malthusiens qu'elle et Ebenezer partagent.


Si on ne connaît pas du tout cette histoire, on peut la découvrir ici. Pourquoi pas ?

Si on la connaît, on sera gêné par le sous-texte féministe explicite que Munuera ajoute ex nihilo à l'histoire, au point de la dénaturer en mélangeant les thèmes qu'elle aborde et en y ajoutant celui de la place des femmes dans la société du XIXe siècle. Même lancée sur des rails similaires, l'histoire devient autre, c'est donc une piètre adaptation. Il y a des choses, l'insensibilité et l'avarice par exemple, sur lesquelles le féminisme n'a rien à dire. Elles sont même très nombreuses, mais Munuera ne semble pas être au courant.


Enfin, pour conclure sur ce Trouble dans l'adaptation, signalons que Dominique Barbéris, qui préface, écrit qu'ici on change le genre du personnage central et que ça change tout. Sauf qu'elle se plante. Ce qui est changé ici est le sexe 'biologique', le genre est le construct social associé au sexe, le faisceau des attentes sociales et des hiérarchies implicites liées au sexe biologique (voilà pourquoi un parle aussi de rapports sociaux de sexe), ce qui n'a rien à voir. Quand Elizabeth remplace Ebenezer on change de sexe et de rien d'autre, d'autant qu'Elizabeth ne se conforme pas aux attentes de son genre. Quant aux genres masculins et féminins, tels que définis au début du XIXe, ils ne sont pas modifiés par l’inversion de personnage. J'espère que la préfacière s'en souviendra.

Et l'erreur terminologique – qu'on attribuera à l'enthousiasme de l'emploi d'un mot qui enivre – est d’autant plus drôle qu'elle est contredite six lignes plus bas par la même : « Et pourquoi pas? L'égoïsme et la rapacité n'ont pas de genre. Les femmes sont des hommes comme les autres. » Alors à quoi sert l'inversion ? L'auteur, lui, semble penser qu'elle amène un surplus d'âme. Chacun parasite l'autre.


Un chant de Noël, Munuera d'après Dickens

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